Årabrot, le couple (à la ville comme à la scène) formé par les norvégiens Kjetil “Tall Man” Nernes et Karin “Dark Diva” Park, est déjà de retour à peine deux ans après Of Darkness and Light, dont la pochette était d’ailleurs très proche de la pochette de ce nouvel album.
Premier constat, si Norwegian Gothic sorti en 2021 était un peu trop dense et long (16 titres), le couple semble avoir décidé d’alléger ses albums puisque le suivant Of Darkness and Light donc, ne contenait « que » 10 titres, comme ce nouvel album.
Et malgré la proximité esthétique et formelle entre ce cru 2025 et le précédent, il y a aussi quelque chose qui a manifestement changé chez Årabrot : une approche moins électrique et agressive/noisy, plus calme, avec une dominante cette fois presque « folk » mais toujours ‘gothique’, sombre en tout cas. Cela peut décontenancer, mais pour qui (comme moi) qui n’est pas forcément attardé (faute de temps probablement) sur Of Darkness and Light, on peut trouver cette nouvelle approche à la fois rafraîchissante et fort séduisante. Je ne suis pas suffisamment familier de la carrière d’Årabrot pour m’avancer à parler de revirement, d’exploration ponctuelle, ou de retour à des sonorités déjà connues auparavant (sachant que Rite of Dionysus est le 11ème album d’Årabrot et même le 13ème si l’on prend en compte deux albums collaboratifs), mais le changement est en tout cas assez frappant dès le début du disque avec ce « I Become Light » presque ritualiste/shamaniste. Et c’est d’ailleurs cette coloration ritualiste qu’on va retrouver tout au long de l’album (en résonnance avec le titre de l’album).
Ce changement est d’abord musical, avec moins de guitares électriques ou des guitares en tout cas plus en retrait (même si on les entend tout de même sur l’excellent « A Different Form » ou « The Devil’s Hut »), plus d’électronique et des arrangements et tempi plus atmosphériques également, ce que l’on peut entendre dès l’introductif « I Become Light » mais aussi sur « Rock’n’roll Star », ou plus loin sur le magnifique « Pedestal » qui fait presque penser à du Dead Can Dance par moments avec ces percussions, ce tambourin, ce violoncelle et d’autres instruments exotiques. Mais il est aussi vocal, les parties de Kjetil, toujours fréquemment soutenues par son épouse, sont plus uniformément incantatoires ou déclamatoires qu’agressives désormais, les chœurs de Karin apportant toujours un plus non négligeable, comme sur « A Different Form ».
Paradoxalement, ce ralentissement général du tempo et cette mise en retrait de l’agression sonore primale, ne viennent aucunement atténuer le caractère menaçant et manifestement blasphématoire, voire -lachons le mot- sataniste de la musique d’Årabrot, au contraire même, tant un titre comme « Satantango » distille plus que jamais cette aura maléfique ou a minima inquiétante (à grand renfort de synthétiseur vintage à la Tangerine Dream, mais aussi avec ces sonorités de guitares qui évoquent des voix presque Ennio Morriconiennes, étonnantes et inquiétantes). Et lorsqu’Årabrot ne verse pas dans le registre ritualiste, c’est le désespoir qui semble prendre le pas, comme sur « Death Sings his Slow Song » sur lequel Kjetil semble évoquer la mort d’un proche et malgré les « la la la » de Karin apportant un peu de légèreté en fin de titre, faisant aussi le lien avec le plus « guilleret » « Of Darkness and Light » et son beat électro, et le plus apaisé « Lunar Menses ».
Rite of Dionysus est à la fois saisissant, intriguant et subjuguant de beauté, il s’écoute d’une traite sans lassitude à l’instar d’un voyage sur des terres inquiétantes mais magnifiques. Parfait pour se rafraîchir au cœur de l’été en somme!
Tracklist :
1. I Become Light
2. A Different Form
3. Rock’n’roll Star
4. The Devil’s Hut
5. Pedestal
6. The Satantango
7. Mother
8. Death Sings his Slow Song
9. Of Darkness and Light
10. Lunar Menses
Årabrot
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