Encore un groupe qui ressurgit du slience. Quatorze ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour voir réapparaître Ram-Zet, formation norvégienne aussi fascinante qu’imprévisible, menée par l’inépuisable Zet. Un retour presque inespéré pour ceux qui, comme moi, avaient été marqués par Escape puis surtout Intra, 2002 et 2005 quand même, ça date.
Leur concentré de metal schizophrène et avant-gardiste capable de mêler violence extrême, mélodies théâtrales et expérimentations électroniques avec une personnalité immédiatement reconnaissable est de retour, et dès les premières minutes de Sapien, une évidence s’impose : Ram-Zet n’a rien perdu de sa folie créative.
“Zerocane” ouvre l’album de manière magistrale. Le morceau concentre à lui seul tout ce qui fait l’identité du groupe : riffs industriels écrasants, cassures rythmiques imprévisibles, violon rampant, passages atmosphériques presque progressifs et cette manière unique de faire cohabiter chaos et cohérence. La musique semble constamment au bord de l’implosion mais finit toujours par retrouver un axe mélodique. SfinX y est particulièrement impressionnante, alternant voix claires théâtrales, hurlements abrasifs et passages plus graves avec une fluidité remarquable. On retrouve ce contraste si caractéristique entre brutalité et élégance qui faisait déjà le charme des anciens albums.
“Cranium” surprend ensuite avec une introduction presque glam rock avant de replonger dans un metal alambiqué où les guitares de Zet et le violon de Sareeta servent de fil conducteur au milieu d’un véritable labyrinthe musical. Comme à la grande époque, Ram-Zet refuse obstinément les structures conventionnelles et préfère accumuler les idées, parfois jusqu’à l’excès. Mais lorsque cela fonctionne, le résultat reste captivant.
Musicalement, difficile de ne pas penser à des formations comme UnexpecT, Stolen Babies ou Sleepytime Gorilla Museum dans cette façon de mélanger extravagance théâtrale, metal extrême et expérimentations progressives sans jamais réellement rentrer dans une case précise. Plus récemment, certains passages peuvent aussi évoquer les Canadiens de Sanguine Glacialis, notamment dans le contraste entre violence moderne et excentricité mélodique portée par une forte présence féminine. Mais Ram-Zet garde malgré tout une identité très particulière, notamment grâce à ce son de guitare massif et ces arrangements de violon qui servent souvent de colonne vertébrale aux compositions.
Car c’est probablement ce qui frappe le plus sur Sapien : tout paraît étonnamment naturel. Les transitions entre passages folk, déflagrations death/black modernes, envolées progressives et ambiances quasi circassiennes se font avec une fluidité qui évite au groupe de tomber dans la démonstration gratuite. Ram-Zet conserve cette capacité rare à créer une musique extrêmement chargée tout en gardant une vraie identité émotionnelle.
“Sleepers” fait également partie des grands moments du disque avec son énergie plus directe et ses motifs accrocheurs, tandis que “Bozzadevill” ou “Hangman’s Jazz” rappellent à quel point le groupe aime injecter une dimension théâtrale et presque grotesque dans son metal extrême. Cette approche outrancière fait partie intégrante de l’ADN de Ram-Zet depuis toujours, et le groupe continue ici d’assumer pleinement son côté grand-guignol progressif.
Mais là où Sapien trébuche un peu, c’est dans sa durée. Avec plus de 72 minutes et des morceaux dépassant presque systématiquement les sept minutes, l’album finit par souffrir d’un évident manque d’élagage. En 14 ans, Zet a accumulé beaucoup trop idées, ça en devient indigeste. Certaines compositions, comme “Psychosis”, donnent l’impression de tourner sur elles-mêmes plus longtemps que nécessaire, et même les interludes plus atmosphériques peinent parfois à relancer l’attention. Là où Intra parvenait à maintenir une tension quasi permanente malgré sa richesse, Sapien se montre plus inégal et moins percutant sur la longueur.
Cela n’empêche pourtant jamais l’album d’être passionnant. Même dans ses moments les plus brouillons, Ram-Zet conserve cette personnalité hors norme qui manque cruellement à une scène metal moderne souvent trop formatée. Là où tant de groupes progressifs donnent l’impression de cocher des cases techniques, les Norvégiens continuent de composer comme des savants fous, guidés par leurs instincts plutôt que par une logique de marché.
Sapien n’est donc probablement pas l’album le plus maîtrisé du groupe, ni le plus immédiat. Mais il marque le retour d’une formation toujours aussi singulière, capable de produire un metal extrême ambitieux, théâtral et profondément habité. Et dans une époque où tant de groupes semblent interchangeables, retrouver une musique aussi excessive et imprévisible a quelque chose de franchement réjouissant.
Ram-zet
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