Amanda Woodward n’est pas Aussitot Mort

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Style: screamo/post hardcoreAnnee de sortie: 2015

Un jour il y a des années j’avais vu Amanda Woodward dans un squat parisien. Pas la blondasse de Melrose Place, quoique ça aurait un coté surréaliste de la croiser en tailleur sur mocassins dans un repère de punks à chiens. Sous sol d’un lieu voué à démolition, on descend dans ce qui est plus proche du parking que de la salle de concert, un groupe joue à meme le sol, sur le béton. Autour un cercle de corps s’est formé, les gens sont obnubilés par le spectacle, par ces musiciens et par la musique qu’ils produisent en commun de façon brute, sans artifice, avec la fougue de la jeunesse, des guitares saturée, une rythmique rock, et un chanteur clamant des mots en Français mais on ne comprend à vrai dire rien. C’est un punk joué avec violence, mais une violence délayée dans les effets. A l’époque on disait screamo, mais Amanda Woodward on toujours été à part musicalement, avec leur touche à eux, un petit coté indie qui rehausse . A vrai dire rien de hardcore façon tough guy, rien de punk à roulette, plus émotionnel, tendu, plus cérébral aussi.

La voix hurle, et on suppose des choses intelligentes, en tout cas bien écrites, Amanda Woodward est un group à texte. Un des rares groupes français dont les textes m’aient jamais touché. Touché à la manière de ceux de At The Drive In, sans le coté farfelu et insaisissable des texans, c’est tout à fait intelligible, c’est sensé et ça développe des idées, des positions, du social, de la lutte, de la révolte politique.

Des paroles qui donnent envie de hurler en coeur. Une rage jusqu’alors contenue, libérée par la conjonction du message et d’une musique vive, entraînante, avec un coté hypnotique.

Etait-ce l’Alternation?

C’était au milieu des années 2000, le groupe venait de Caen, ils jouaient leur dernier album, La Décadence de la décadence, sorti en 2004. Je découvrais dans ces eaux là, alors que le groupe était sur la fin.

Sur leur dernier album justement, « ‘On’ est un con »:

Chacun peut bien se servir, je consens à donner ce qu’on attend de moi.
Des vérités connes à dire; pendant que t’es con, les autres y croient.

D’un monde à l’autre de mémoire, ça ne change pas, et de mémoire, de toute façon, on en a pas, on n’est pas riche de cette monnaie là, on touche à la grâce et on tutoie la crasse.

Chercher les gens dans leurs retranchements, là où ils se complaisent clandestinement, semer le trouble, juste de l’acharnement.

En parlant de fin, voici justement le dernier morceau de leur dernier EP, Meurt la Soif.

Les crevards ne savent que boire, et les crevés que faire, pour s’en defaire.
Faudrait parler tissu social.
Par manque d’étoffe, on s’égare un peu tard.
Avec un peu plus d’étoffe, on finirait mal ce soir.
Les nuits font les crevards, et les crevards sortent tard.
Les nuits produisent l’ennui, leur produit, des crève-tard, qui croisent des crève-tot, qui ne mâchent pas leurs mots, car oui maintenant c’est trop.
Et ça sème des dents, défoncé jusqu’à l’os, parmi les gravats, parmi les crève-tôt.

Au même moment apparaissait un groupe qui finalement ne partage qu’un membre avec Amanda Woodward mais qui pour moi a continué dans la lignée, dans une formule à la fois un peu plus rock et plus lourde façon post hardcore atmosphérique à la Neurosis, mais toujours aussi tendue d’émotions et de rage.
Ce membre en commun c’est le bassiste, qui portent parfois en eux l’étoffe d’un groupe, et là c’est le cas vu la continuité logique d’esprit entre Amanda Woodward et Aussitot Mort.

Là encore tout est bon chez ce groupe qui a multiplié les splits, et n’a finalement qu’un seul album à son actif, Montuenga, sorti en 2008. :

[bandcamp album=3006146251 bgcol=FFFFFF linkcol=4285BB size=venti]

Je profiterai de cet article pour mentionner d’autres groupes français de la meme scène, dont on a parlé, Gantz, Daitro, Sed Non Satiata, Mihai Edrisch et pourquoi pas Impure Wilhelmina pour les suisses.

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 509 articles sur Eklektik.

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