Rammstein – Zeit

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Style: Indus Metal Annee de sortie: 2022Label: Universal Music

Le retour de Rammstein en 2019 s’était avéré tout à fait remarquable, avec un album éponyme vraiment très réussi, mais on n’était pour autant pas certain que les allemands poursuivent l’aventure et on se demandait à l’époque si ce RAMMSTEIN serait ou non leur dernier album studio. Il n’en sera finalement rien, puisque Zeit est sorti le 29 avril 2022, et constitue évidemment l’un des évènements de l’année dans le monde des musiques saturées.

Le premier single diffusé, le titre éponyme « Zeit », m’avait pourtant semblé terriblement insipide, et je craignais personnellement le pire pour cet album. La surprise n’en a dès lors été que meilleure, et au final point de déception mais au contraire une confirmation de la bonne santé du groupe et de sa capacité retrouvée à écrire des bons (voire même de grands) morceaux. Dès la première écoute on se rend en effet compte qu’on a affaire à quelque chose à la fois de très reconnaissable, du pur Rammstein en somme, mais l’oreille se lève à plusieurs reprises, tant certains titres s’avèrent immédiatement intéressants et réussis, au point d’ailleurs que plusieurs pourraient se retrouver sur un futur best-of du groupe. Et puis ce nouvel album apparaît comme remarquablement homogène, sans temps faible ou morceau qui pourrait faire office de « filler » (un écueil dans lequel le groupe est régulièrement tombé dès l’après Mutter) et distille une atmosphère sombre très prenante, flirtant par moments avec le gothique, avec notamment le recours régulier au clavier qui s’avère judicieux. Même le mélancolique « Zeit » se révèle dans le contexte global du disque entier, bien que je maintienne que ce choix de single était peu judicieux (à cet égard « Angst » s’avère un meilleur choix) et qu’il eut été préférable de mettre en avant des titres plus séduisants même pris isolément (au hasard « OK », bordel quel titre!).

Mélancolique et sombre (davantage que son prédécesseur qui contenait pas mal de morceaux « légers ») l’album l’est donc, « Armee der Tristen » nous met d’ailleurs dans l’ambiance dès le démarrage en donnant le ton : Rammstein nous invite à être triste avec lui, à partager notre mélancolie. Zeit contient en effet pas mal de titres mid tempo, mais là où je n’ai pas toujours adhéré aux balades à la sauce Rammstein (les peu inspirés « Ohne Dich » ou « Ein Lied » m’ayant refroidi il y a quelques années déjà), je dois dire que les allemands ont cette fois trouvé le juste ton à mon avis entre sensibilité et muscles et qu’ils ont su mettre à chaque fois le petit truc en plus pour que ça fonctionne. Et ça fonctionne vraiment parfaitement comme sur « Armee der Tristen » donc, mais aussi sur « Meine Tränen », de même sur « Schwarz » (et sa superbe mélodie de piano très gothique) ou encore sur le très bon « Lügen » (je ne reviens pas sur le cas de « Zeit » déjà évoqué plus haut). « Lügen » mérite d’ailleurs qu’on parle de lui, et pas seulement pour ses qualités de ballade mais aussi parce que Till y chante à grand renfort d’autotune, et qu’on voit déjà que ce titre fait beaucoup parler de lui pour cette raison (sachant qu’il y a également un petit peu d’autotune sur « Giftig » même s’il passe plus inaperçu si on n’y prête pas attention). On connaît nos amis teutons et on se doute pourtant qu’il s’agit d’une satire et d’une façon de susciter une fois encore la controverse. Et honnêtement passée la surprise de la première écoute, l’autotune ne choque pas, il est même plutôt bien intégré au titre, qui constitue au final un des moments forts de l’album.

Parmi les autres vrais bons moments du disque on mentionnera « Zick Zack » (et son clip dégueu et assez énorme comme souvent avec Rammstein), « Giftig », « Schwarz » et surtout « OK » (pour « Ohne Kondom » -sans capote-, scandé sur un refrain irrésistible) probablement mon morceau préféré de l’album. Plusieurs de ces titres nous rappellent l’époque Sehnsucht avec une électronique légèrement plus en avant que sur le précédent album mais avec une sophistication et des arrangements conformes à ce que Rammstein s’emploie à faire depuis plusieurs albums avec plus ou moins de succès. Et puis outre sa capacité à pondre des refrains irrésistibles toujours portés par un Till Lindermann qui paraît toujours parfaitement en forme vocalement, le groupe reste capable de balancer ces gros riffs martiaux caractéristiques. Il n’y a qu’à écouter « Angst » pour s’en convaincre, un titre qui sonne comme du pur Rammstein, de même que la très réussie demie balade qui clôture l’album « Adieu » qui évoque presque « Mutter » avec ces grosses guitares bien plombées.

Et puis il y a « Dicke Titten » (soit « Gros Seins »… pourquoi faire compliqué pour choisir les titres de ses morceaux ?) qui démarre sur une musique qui sonne comme une musique d’archive très années 40/50, qui se tait quand surviennent les riffs martiaux caractéristiques du sextet mais qu’on retrouve à mi-morceau porté par ces cuivres datés pour un effet surprenant mais une fois encore maîtrisé à la perfection. Rammstein sait toujours surprendre, malgré le classicisme formel de ce nouvel album : 11 titres, 44 minutes, le format classique par excellence pour le groupe.

Il y a donc tout lieu d’être satisfait une fois justement arrivé au bout de ces 44 minutes : on a en effet qu’une envie, rappuyer sur la touche « play » et reprendre sa dose. On espère maintenant que le dernier titre de l’album n’est qu’un « adieu » marquant simplement justement la fin de… l’album et pas celle du groupe. Si tel devait pourtant être le cas, les allemands n’auraient en tout cas pas à rougir de leur huitième et ultime livraison qui pourrait bien, une fois que le temps aura fait son œuvre pour le confirmer ou pas, faire partie des meilleurs albums du combo (et peut-être bien le tout meilleur depuis Mutter).

Tracklist :
01 – Armee der Tristen
02 – Zeit
03 – Schwarz
04 – Giftig
05 – Zick Zack
06 – OK
07 – Meine Tränen
08 – Angst
09 – Dicke Titten
10 – Lügen
11 – Adieu

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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