D’accord, commençons par le dire franchement : Squeaky Feet n’est sans doute pas le nom le plus inspiré de l’histoire du rock. On imagine plus volontiers un groupe de funk comique ou un dessin animé pour enfants qu’un quintette issu du prestigieux Berklee College of Music. Pourtant, derrière ce patronyme absurde (« pieds qui couinent ») se cache un ensemble de musiciens redoutablement talentueux, capable de marier la rigueur du prog à la liberté d’improvisation des jam bands.
Basée à Boston, cette école est sans doute la plus célèbre institution de musique moderne au monde. Un véritable vivier de virtuoses qui a vu passer John Mayer, Dream Theater, Esperanza Spalding, ou plus récemment les proggers de Bent Knee et Ok Goodnight. C’est là qu’une partie de Squeaky Feet s’est rencontrée avant de migrer vers Denver, dans le Colorado. La scène locale, bouillonnante de rock psyché, d’électro et d’improvisation libre, leur offre rapidement un terrain de jeu idéal.
Overview Effect, leur second album, affiche d’emblée plus de cohérence que Cause for Alarm (2023). Le groupe conserve la complexité propre au prog tout en privilégiant la fluidité d’un voyage sonore continu. Paradoxe intéressant : en studio, Squeaky Feet abandonne l’improvisation débridée qui fait leur réputation sur scène (allez voir leurs sets entiers sur YouTube, où ils n’interprètent généralement pas les morceaux de leurs albums) pour une écriture millimétrée. Chaque morceau est construit avec soin, alternant riffs acérés, passages planants et envolées instrumentales d’une grande clarté.
On y décèle des influences allant de Mahavishnu Orchestra à Porcupine Tree, en passant par King Crimson ou Umphrey’s McGee. Du complexe, du prog certes, mais toujours porté par un groove dansant qui ancre le tout dans une énergie communicative. Un équilibre rare entre virtuosité technique et accessibilité mélodique qui prouve que Squeaky Feet, malgré son nom ridicule, mérite qu’on s’y attarde.
Squeeky Feet
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire