Tortoise – Millions Now Living Will Never Die

Tortoise – Millions Now Living Will Never Die

jonben
jonben
Auteur
17 septembre 2026
il y a 21 heures
1,570 vues
Année de sortie
1996
Note
Cet album culte n’impose pas un son Post-Rock bien défini mais un refus de séparer Rock, Jazz, Dub, Kraut, électronique et minimalisme, et il ouvre déjà plusieurs futurs du genre en utilisant les instruments du Rock sans se sentir obligé de faire du Rock.
Tortoise – Millions Now Living Will Never Die

Tortoise vient de Chicago, mais musicalement le groupe semble surtout venir d’un endroit où personne n’aurait jugé nécessaire de séparer Rock, Jazz, Dub, Krautrock, musique électronique et minimalisme. Leur deuxième album, sorti en 1996, en est probablement la meilleure démonstration.

Et pour être certain que le principe soit compris, ils commencent par « Djed », vingt et une minutes qui occupent presque la moitié du disque. Le morceau avance sur une ligne de basse répétitive et une pulsation tranquille, puis mute sans arrêt. Il reste les instruments classiques du Rock, guitare, basse et batterie, mais aussi xylophone, électronique, manipulations de bandes. Des éléments entrent et sortent sans qu’on ait véritablement l’impression de passer d’une partie à une autre. Ça ressemble davantage à un organisme qui modifie progressivement sa forme qu’à une composition construite autour de thèmes clairement identifiables.

Tortoise ne cherche pratiquement jamais l’effet spectaculaire pour autant. Il n’y a pas le fameux moment où tout explose. La satisfaction vient du déplacement lui-même, de la manière dont un motif se transforme avant même qu’on réalise qu’il a disparu.

Et contrairement à ce que pourrait laisser penser « Djed », le reste de l’album ne consiste pas simplement à refaire la même chose en plus court. « Glass Museum » ramène une guitare presque conventionnelle, « The Taut and Tame » privilégie le travail rythmique, « Dear Grandma and Grandpa » bascule franchement vers l’électronique, alors que « Along the Banks of Rivers » termine l’album dans quelque chose de plus ample, presque cinématographique.

C’est là que Millions Now Living Will Never Die est passionnant pour l’histoire du Post-Rock, et j’écris cette chronique en prévision d’un dossier sur le sujet. En 1996, le terme ne désigne toujours pas vraiment un son. Tortoise peut être qualifié de Post-Rock précisément parce que le groupe refuse d’en choisir un.

On est assez loin de ce que deviendra le genre dans les années 2000. Pourtant le principe est exactement celui formulé deux ans auparavant autour de Bark Psychosis : utiliser les instruments et les musiciens du Rock sans se sentir obligé de produire du Rock.

Ce qui rend d’ailleurs le disque presque plus moderne aujourd’hui que beaucoup de ses descendants. Les frontières entre musique électronique et instruments acoustiques qu’il s’amuse à brouiller sont devenues banales, mais Tortoise le faisait à une époque où cette hybridation constituait encore une proposition esthétique en soi.

C’est aussi ce qui rend Millions Now Living Will Never Die particulièrement important : Tortoise ne se contente pas d’ouvrir une multitude de directions, le groupe contient déjà plusieurs futurs possibles du post-rock sur un seul disque. « Djed » représente la branche expérimentale, électronique et profondément hybride qui correspond encore à la définition originelle du terme ; « Glass Museum », lui, annonce beaucoup plus directement le post-rock instrumental qui va se cristalliser quelques années plus tard.

Pour un album associé à la naissance d’un genre, c’est probablement la plus belle réussite possible : avoir ouvert énormément de portes.

Millions Now Living Will Never Die est leur second album et le groupe est toujours en exercice, ils ont sorti leur huitième album après 10 ans d’absence en 2025 et continuent de faire des concerts de par le monde.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Post Rock

Famille/Genre

Tags Styles

jonben

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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