Avec Meridian en 2021, puis Stasis en 2024, les Belges de Hippotraktor s’étaient déjà imposés parmi les formations les plus intéressantes de la nouvelle scène post-metal progressive. Leur troisième album, Annihilist, poursuit dans cette direction, avec ce mélange de riffs massifs et syncopés hérités du djent, de constructions progressives et de grandes envolées atmosphériques. Bien sur on pourra évoquer une parenté avec Psychonaut, autre excellent groupe belge avec lequel Hippotraktor partage son chanteur, Stefan De Graef.
Et quel chanteur ! C’est même pour moi l’un des principaux atouts du groupe. Stefan De Graef possède cette capacité assez rare à passer de hurlements puissants et viscéraux à un chant clair particulièrement expressif, sans jamais donner l’impression de juxtaposer deux approches artificiellement. Les mélodies vocales sont souvent magnifiques, et apportent une dimension émotionnelle qui permet aux compositions de dépasser le simple exercice de metal progressif technique. Le groupe sait également parfaitement gérer ses contrastes, alternant les riffs écrasants, les rythmiques complexes et les passages plus aériens sans jamais perdre le fil de ses morceaux.
Difficile de ne pas évoquer The Ocean, tant les deux formations partagent une approche similaire du post-metal, entre puissance et mélancolie. La filiation devient même explicite sur « Builder of Eden », qui accueille Loïc Rossetti, ancien chanteur de The Ocean, pour une intervention particulièrement réussie. Le morceau est un véritable rouleau compresseur, mais sait aussi ménager des moments de respiration qui rendent ses explosions de violence d’autant plus impressionnantes. Ailleurs, « I Breathe. I Am. » et « Courageous Apathy » illustrent cette capacité à développer des compositions complexes sans sacrifier l’efficacité des riffs ou l’accroche mélodique, qu’on retrouve égaleent chez le groupe écossais Dvne, tandis que « Everything Is Permissible » laisse entrevoir quelques affinités avec Karnivool.
Mais c’est surtout « A Different Now », le morceau qui conclut l’album, qui m’a particulièrement marqué. Quelle bombe ! Hippotraktor y rassemble tout ce qui fait sa force, des riffs monumentaux, une progression parfaitement maîtrisée et surtout des lignes vocales absolument irrésistibles. Le genre de morceau qui donne immédiatement envie de monter le volume et de chanter, voire de hurler à tue-tête avec Stefan De Graef. Une conclusion magistrale, aussi intense qu’émouvante, qui laisse une impression durable.
Mon principal reproche à Annihilist est finalement assez simple : il n’y en a pas assez ! Sept morceaux, c’est frustrant, surtout lorsque le groupe atteint un tel niveau de maîtrise et termine sur un titre aussi enthousiasmant. Hippotraktor ne révolutionne pas sa formule, mais la peaufine avec une efficacité remarquable, confirmant sa place parmi les meilleurs représentants actuels de ce post-metal moderne, technique et profondément mélodique. Un excellent album, dont on aurait volontiers repris une bonne vingtaine de minutes supplémentaires.
Hippotraktor
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