Mi-juillet 2026 et l’année est déjà bien chargée au niveau des sorties musicales. Plutot que de tout mélanger, j’ai choisi, comme il y a 2 ans, de construire trois playlists consacrées à mes meilleurs morceaux de la demi année qui vientd e s’écouler.
Faire cohabiter les morceaux de ces 3 playlists aurait été un peu poussif.
L’une exigeait du sang, de la précision et de la dissonance.
L’autre voulait de l’espace, de l’air et de longs arcs mélodiques.
La troisième tirait vers le groove, le toucher et le feeling.
La première moitié de 2026 s’impose comme une mine d’or pour les musiques qui refusent de rentrer dans des cases bien définies. Les musiques lourdes mutent, les structures progressives gagnent en charge émotionnelle et la musique instrumentale continue de se tailler une place massive dans le paysage actuel.
Ces trois playlists — Dissonnance, Progression et Groove — forment donc moins un classement qu’un triptyque sonique qui décalque les gouts musicaux de l’auteur de ces lignes. Trois filtres pour traverser les six premiers mois de l’année. Trois manières différentes d’aborder l’intensité musicale.
Dissonnance, pour la confrontation. https://www.eklektik-rock.com/2026/07/playlist-mi-2026-dissonance/
Progression, pour l’espace. https://www.eklektik-rock.com/2026/07/playlist-mi-2026-progression/
Groove, pour le mouvement. https://www.eklektik-rock.com/2026/07/playlist-mi-2026-groove/
I. Dissonnance : l’agression comme langage
L’ambiance : metal moderne dissonant, mathcore, death metal technique et musiques extrêmes qui accordent autant d’importance au poids émotionnel qu’à la vitesse pure.
C’est la playlist que je mets quand j’ai besoin que la musique me rende les coups.
Technique sans être froide, violente sans être bête, dissonante d’une manière qui reste profondément humaine. Cette première moitié de 2026 appartient en partie aux artistes qui manient la technicité comme une arme et la dissonance comme une toile.
On commence avec quelques morceaux de Metal/Hardcore. No Cure ouvre avec Slowly Turning Blue, et l’on comprend immédiatement les règles : rien n’a le droit de rester en place. Les riffs semblent vouloir s’échapper de leur propre peau. Ce groupe aura vraiment percé avec ce premier album modèle du genre.
One By One de Guilt Trip poursuit dans la même tension nerveuse, mais de façon plus resserrée, plus frontale, c’est tout aussi bas du front et bien léché, perfectionné pour le pit. Puis Converge arrive avec Bad Faith et rappelle pourquoi le groupe compte toujours autant avec un riff qui restera dans les annales. Jacob Bannon donne l’impression de mâcher du béton pendant que le reste du groupe tente de le distancer.
Poison The Well, avec Thoroughbreds, renvoie à une époque où le hardcore, le metal et la vulnérabilité pouvaient cohabiter sans devenir prévisibles. Ce n’est pas un simple exercice de nostalgie. La chanson s’intègre à une scène actuelle qui a absorbé vingt ans d’évolutions sans abandonner l’impact émotionnel.
Un morceau de MIRE ensuite, un groupe qu’on apprécie de longue date sur ce site, du Metal/Hardcore mélodique mais groovy et puissant, avec un chant expressif et une personnalité remarquable.
La technicité comme arme
Le centre de gravité de cette playlist penche alors du côté du death metal technique qui est un de mes genres de prédilection et qui voit cette année le retour de plusieurs pontes.
Archspire, avec Red Goliath, atteint une forme d’absurdité jubilatoire : un morceau joué comme un speedrun, aux allures d’assaut cybernétique, mais qui parvient malgré tout à conserver une identité et une âme.
Psycroptic, sur Gathering a Venomous Herd, poursuit ce travail de précision chirurgicale. Beyond Creation, Inferi, The Zenith Passage et Gorod prolongent cette même idée : la virtuosité ne vaut que si elle crée de la tension, du vertige ou une véritable sensation de mouvement.
Ces morceaux rappellent que le death technique ne se résume pas à une accumulation de notes. Dans ses meilleurs moments, il devient une forme d’architecture instable, un chaos contrôlé qui semble toujours sur le point de céder.
At The Gates, avec The Dissonant Void, apporte une noirceur plus directe et incisive, tandis que Dissentient, Growth, Apogean, Ordh et Gutvoid développent des univers plus opaques, suffocants ou labyrinthiques. Ils ne cherchent pas seulement à écraser l’auditeur, mais construisent des espaces hostiles, avec leur propre logique interne.
La brèche émotionnelle
Le morceau de Warforged, A Bustle in Your Hedgerow, agit comme une véritable ancre émotionnelle au milieu de cette violence. Toujours brutal, mais plus ample, plus respiré, il rappelle qu’un morceau extrême peut aussi créer du poids par la durée, l’attente et la progression.
Loathe sur Revenant met en lumière une autre tendance importante : la fusion d’un metalcore abrasif, parfois industriel, avec une vulnérabilité presque shoegaze. Chez Loathe, les textures ne servent pas uniquement à adoucir la violence. Elles l’accentuent en créant un contraste entre l’écrasement et la fragilité. Le nouvel album vient de sortir et sera certainement un des phares de l’année.
Subhuman de Periphery, avec Will Ramos, joue lui aussi sur cette collision. Le morceau associe les constructions progressives complexes du groupe à une prestation vocale parmi les plus viscérales de la sélection. Une collaboration de titans, pensée pour produire autant de sidération technique que d’impact physique.
Exist et Hippotraktor, avec The Holding of the Horses et A Different Now, terminent d’ouvrir les frontières de la playlist. Ici, la brutalité devient progressive, mouvante, parfois presque cinématographique.
Ce que j’aime dans cette sélection, c’est qu’elle ne ressemble pas à un revival.
Ces groupes ne cherchent pas simplement à sonner comme en 2003 ou en 2012. Ils utilisent les outils aiguisés depuis quinze ou vingt ans pour dire quelque chose de plus laid, de plus instable et de plus compliqué sur 2026.
La scène heavy moderne est peut-être plus technique que jamais, mais elle est surtout plus poreuse. Elle emprunte au hardcore, au shoegaze, à l’industriel, au prog et à l’ambient sans perdre sa capacité à frapper.
Playlist Dissonnance
- No Cure – Slowly Turning Blue
- Guilt Trip – One By One
- Converge – Bad Faith
- Poison The Well – Thoroughbreds
- MIRE – Cultures of Violence
- Dissentient – Black Galactic
- At The Gates – The Dissonant Void
- Beyond Creation – Reverence
- Inferi – The Rapture of Dead Light
- Archspire – Red Goliath
- Psycroptic – Gathering a Venomous Herd
- The Zenith Passage – Fleshbound Reliquary
- Growth – Remember Me As Fire
- Apogean – Waste Where Life Begins
- Ordh – Apis Bull
- Gutvoid – Spell Reliquary
- Gorod – Remains
- Warforged – A Bustle in Your Hedgerow
- Exist – The Holding of the Horses
- Periphery, Will Ramos – Subhuman
- Hippotraktor – A Different Now
- Loathe, NOWHERE2RUN – Revenant
Apogean
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