Il suffira de relire nos chroniques d’Unfold the God Man et Violate Consensus Reality pour comprendre que nous avons depuis longtemps un faible pour Psychonaut. Les deux albums avaient été consacrés “album du moment” à leur sortie, et ce n’était pas un hasard. Le trio belge continue d’incarner ce que le post-metal européen a produit de plus inspiré ces dernières années : une musique à la fois puissante, spirituelle et profondément humaine.
Sur World Maker, leur troisième album, le groupe ne renie rien de son ADN – ces montées en tension hypnotiques, cette dualité entre voix éthérées et hurlements déchirants, cette approche presque chamanique du rythme et de la dynamique – mais choisit d’orienter son énergie vers quelque chose de plus intime, plus personnel.
“Je voulais écrire un album à mon fils, un disque qui lui montre ce qu’est la musique et à quel point elle peut être puissante comme expérience immersive”, nous confiait leur guitariste/chanteur Stefan de Graef lors de notre récente interview.
Là où Violate Consensus Reality s’imposait comme un exutoire dense et en colère, World Maker respire davantage. On y retrouve la narration fluide et l’arc émotionnel d’un album pensé comme un tout, à la manière d’albums de Pink Floyd ou bien sur The Ocean (ils sont signés sur le label du leader de ces derniers, Pelagic Records). L’ouverture, “Origins”, pose d’emblée ce cadre introspectif : un clavier d’inspiration seventies façon orgue Rhodes, des textures aérées, presque feutrées, avant que la guitare ne vienne doucement briser la quiétude. Le ton est donné – ce disque sera autant voyage intérieur qu’expérience sonore.
Les trois premiers morceaux dévoilés en avant-première illustrent parfaitement cette évolution. Les riffs en tapping s’entrelacent avec des lignes de basse profondes, les percussions tribales accentuent le côté spirituel de l’ensemble, et les harmonies vocales – marque de fabrique du groupe – trouvent un équilibre rare entre tension et apaisement. Les chants se répondent, se complètent, incarnant la lutte permanente entre la lumière et l’ombre. Et quand les cris bestiaux de Stefan se fond entendre, c’est une énergie qui semble venir du plus profond de la terre qui prend aux tripes.
Moins féroce que Violate Consensus Reality, World Maker est un album plus psychédélique. Sur “Everything Else Is Just the Weather”, le groupe s’autorise même un solo floydien. On sent dans ce disque une recherche d’équilibre : entre la rage et la douceur, entre le mystique et le terrestre, entre le besoin d’expression et l’envie de transmission. “Je voulais un arc narratif plus large”, explique Stefan. Mission accomplie : World Maker s’écoute comme une odyssée émotionnelle, traversée par la paternité, la perte et la présence.
La musique de Psychonaut a toujours pris un certain temps pour s’apprécier pleinement, leur approche de l’écriture de chansons réfléchies et profondes ne peut être capturée par une ou trois rotations décontractées. On pourra seulement peut être leur reprocher d’avoir fait un album plus consensuel, moins audacieux, mais c’est aussi un album d’aboutissement du style échafaudé sur les 2 premiers. Un album de la maturité comme on dit. Il confirme que Psychonaut fait aujourd’hui partie de cette génération de groupes – avec Dvne ou Hippotraktor (l’autre groupe de Stefan) – capables de repousser les frontières du post-metal en le teintant de poésie.
Un disque à écouter dans son intégralité, casque sur les oreilles, le cœur ouvert. Stefan nous disait : “Le plus important, c’est que ça rende les gens heureux et leur fasse apprécier la vie.”
Psychonaut
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