The Ocean – Solaris
Chronique du Moment Post-Metal Progressif

The Ocean – Solaris

jonben
jonben
Auteur
24 septembre 2026
il y a 19 heures
85 vues
Année de sortie
2026
Note
Solaris réussit l'improbable : renouveler presque entièrement The Ocean et pousser plus loin que jamais ses ambitions progressives sans rien perdre de son identité, avec un résultat dont la cohérence et la qualité m'ont franchement surpris.
The Ocean – Solaris

Qu’est-ce qui aura provoqué l’éclatement du line-up de The Ocean après plus de dix ans de relative stabilité ? Quelques interviews nous permettent d’en savoir un peu plus. Ce n’est pas vraiment Robin Staps qui a décidé de faire table rase : après des années de tournées particulièrement intensives, certains membres n’avaient simplement plus envie de continuer à ce rythme intensif (j’ai même pu les voir à Bangkok en 2024 pour la tournée mondiale de l’album Holocene).

Une page s’est donc tournée, mais The Ocean était sans doute mieux armé que la plupart des groupes pour survivre à ce genre de bouleversement. Robin Staps en est le fondateur, le principal compositeur et, depuis le début, la véritable constante. Le nom de The Ocean Collective n’a d’ailleurs jamais été totalement usurpé : les musiciens ont changé au fil des années, même si le groupe avait fini par trouver, à partir de Heliocentric en 2010, une stabilité inhabituelle qui aura duré jusqu’à Holocene en 2023.

Collectif, certes, mais avec un autocrate derrière. Robin Staps reste le fondateur, le principal compositeur et la véritable constante de The Ocean depuis vingt-cinq ans. Et rétrospectivement, sa présence explique sans doute la constance qualitative du groupe : il a toujours su particulièrement bien s’entourer, mais surtout écrire des morceaux capables de rester en tête tout en évoluant dans des formes souvent complexes.

On suit The Ocean depuis ses débuts chez Eklektik Rock. On retrouve dans nos archives des live reports vieux de près de vingt ans dans lesquels on sortait déjà assez ébahis de leurs concerts (la mythique prestation au Batofar à Paris avec pyrotechnie, disqueuse et étincelles), puis d’autres beaucoup plus récents avec un line-up presque entièrement différent mais une impression finalement assez similaire. La dernière incarnation de The Ocean était devenue une véritable machine de guerre sur scène, tout en maintenant un niveau discographique remarquablement solide. Holocene, en 2023, marquait même à mes oreilles un net regain après quelques albums que je trouvais légèrement moins marquants.

Cette nouvelle incarnation ne manque d’ailleurs pas de personnalités. Il y a désormais un duo de chant masculin et féminin, et The Ocean accueille désormais trois guitaristes, dont le fondateur et tête pensante d’Hypno5e, autre groupe qui n’a jamais vraiment eu peur des morceaux à rallonge, des constructions labyrinthiques et des détours acoustiques. Staps ne s’est clairement pas contenté de recruter des musiciens chargés de reproduire l’ancien line-up.

Pour préciser sur le nouveau duo de chanteurs, Enrico Tiberi remplace Loïc Rossetti avec une aisance assez déconcertante. Il possède des inflexions suffisamment proches pour que la transition paraisse presque naturelle, aussi bien dans le chant clair que dans les passages hurlés. L’arrivée de Lane Shi apporte quelque chose de beaucoup plus neuf : une voix capable de passer d’un chant aérien à des cris plus abrasifs, parfois presque black metal, et surtout une deuxième couleur vocale que The Ocean n’avait jamais exploitée de cette façon. Le contraste et les harmonies entre les deux chanteurs deviennent rapidement l’une des particularités du disque. Lane Shi a un chant féminin qui emprunte parfois à Lisa Gerrard (Dead Can Dance) ou Enya, et, de manière générale, davantage aux musiques rituelles qu’aux habituelles voix féminines du metal, même si elle peut basculer sans prévenir vers des cris beaucoup plus abrasifs.

En fait, si beaucoup de choses ont changé, ce n’est certainement pas au point de rendre The Ocean méconnaissable. La nuance est d’ailleurs importante puisque les bases de la plupart de ces compositions existaient déjà avant le départ de l’ancien line-up. Staps avait commencé à travailler sur ce matériau dès 2021, parallèlement à ce qui allait devenir Holocene. La rupture n’a donc pas provoqué l’écriture de Solaris ; elle semble plutôt avoir modifié la manière dont ces morceaux ont été terminés, arrangés et surtout incarnés.

Si Holocene présentait une facette plus électronique et apaisée du groupe, Solaris revient à une musique plus organique. Si The Ocean a changé de visages, il semble aussi avoir profité de l’occasion pour pousser encore plus loin une dimension qui existait depuis toujours dans sa musique. Le changement peut presque se résumer en un mot : progressif.

The Ocean l’a évidemment toujours été. Mais rarement le groupe aura autant assumé le terme au sens presque classique du genre. Solaris approche les soixante-dix minutes, avec plusieurs morceaux qui avoisinent les dix minutes et un monumental « Simulacra » proche des dix-huit. Structures étirées, longues montées, passages acoustiques, piano, arrangements orchestraux, cuivres, électronique : le groupe prend son temps et semble beaucoup moins préoccupé qu’auparavant par l’idée de condenser ses morceaux.

Cela ne signifie pas que The Ocean ait abandonné son post-metal. Les riffs massifs, les explosions rythmiques et ce sens très particulier de la montée en tension restent immédiatement reconnaissables. « Belligerence », notamment, porte particulièrement bien son nom et rappelle que le groupe sait toujours devenir extrêmement lourd. Mais Solaris passe beaucoup plus volontiers de cette puissance à des sections presque contemplatives, parfois pendant plusieurs minutes.

Seul le dernier tiers du disque est celui où la filiation avec Holocene se fait le plus sentir. Les derniers morceaux sont reliés par des motifs électroniques récurrents et forment presque une longue séquence continue. Les synthétiseurs prennent alors beaucoup de place, mais de manière plus organique que sur Holocene, intégrés aux guitares et aux voix plutôt que posés au-dessus. La présence de Thorsten Quaeschning de Tangerine Dream sur le très électro « Milk Of My Dream » n’est évidemment pas anodine.

Malgré tous ces changements, le résultat reste donc très clairement du The Ocean. C’est même peut-être ce qui surprend le plus : on peut remplacer presque toute une équipe sans perdre l’identité du groupe lorsque cette identité repose depuis le départ sur l’écriture d’un compositeur bien précis.

Pour autant, Solaris n’est pas simplement un disque rassurant destiné à prouver que The Ocean existe encore. Son intérêt vient justement du fait que cette nouvelle incarnation profite de l’occasion pour élargir davantage encore son vocabulaire. Il y a plus d’espace, plus de respiration, davantage d’instrumentation acoustique et orchestrale, et surtout une volonté de laisser les compositions suivre leur propre logique plutôt que de les ramener systématiquement vers des formats relativement contrôlés.

Tout ne fonctionne pas nécessairement avec la même intensité sur près de soixante-dix minutes. Certaines sections atmosphériques s’étirent davantage que nécessaire et Solaris n’a peut-être pas encore la force immédiate d’un Precambrian. Mais après un changement de line-up de cette ampleur, le résultat impressionne surtout par sa cohérence.

The Ocean a tout simplement du goût, et même quand ils s’éloignent de leur cœur, ils ne versent jamais dans le kitsch, et encore moins dans la facilité. Cet album est indéniablement une réussite. Et j’en suis franchement surpris.

Artistes / Groupes

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Genre selon le Chroniqueur

Post-Metal Progressif
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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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