Dernier album avant la séparation du groupe en 1999, Sounds of the Animal Kingdom arrive en 1997 comme un uppercut dans la gueule de tous ceux qui pensaient que Brutal Truth allait se ranger après Need to Control et Extreme Conditions Demand Extreme Responses. Les New-Yorkais décident au contraire de pousser le délire expérimental encore plus loin, au risque de perdre une partie de leurs fans accrochés au grind pur et dur.
L’album s’ouvre sur « Dementia » qui dure plus de dix minutes, autant dire une éternité pour du grind, et qui alterne entre passages doom ultra-lents à la Eyehategod et déflagrations grind classiques. C’est la marque de fabrique de cet album : refuser de choisir entre la vitesse pure et la lourdeur écrasante, préférant tout mélanger dans un chaos contrôlé qui doit autant au sludge qu’au grindcore. Kevin Sharp continue de hurler comme un possédé, passant du growl caverneux au hurlement aigu de dément en l’espace d’une mesure, pendant que la section rythmique balance des tempos qui ralentissent jusqu’au quasi-arrêt avant de repartir à 200 à l’heure.
Ce qui distingue Sounds of the Animal Kingdom du reste de leur discographie, c’est cette volonté d’incorporer des éléments noise et industriels, des samples chelous, des passages ambient même, transformant ce qui aurait pu être un simple album de grind en quelque chose de beaucoup plus tordu et imprévisible. On est loin du grind formaté à la Nasum, là c’est du grind qui a fumé trop de joints et décidé que les structures traditionnelles c’était pour les faibles. Les morceaux dépassent régulièrement les cinq minutes, durée inhabituelle pour du grind, et se permettent des digressions doom, des ralentissements sludge, avant de tout péter à nouveau.
La production crade renforce cette impression de chaos organisé, Dan Lilker à la basse sonne comme s’il jouait à travers un ampli défoncé trouvé dans une poubelle, et c’est exactement ce qu’il faut. Brutal Truth n’a jamais cherché à sonner propre ou professionnel, préférant cette esthétique sale qui colle parfaitement à leur approche nihiliste et défoncée du grind. Les textes de Sharp continuent de tacler le système, la société de consommation, l’abrutissement généralisé, avec cette rage cynique qui les a toujours caractérisés, mais cette fois enrobée dans des structures musicales qui refusent de faciliter la tâche à l’auditeur.
Sounds of the Animal Kingdom reste un album difficile, même pour les fans de grind. C’est pas du grind facile à digérer comme du Terrorizer, c’est du grind qui te fait bosser, qui nécessite plusieurs écoutes pour commencer à capter où le groupe veut en venir. Certains y verront un chef-d’œuvre expérimental qui pousse le genre dans ses derniers retranchements, d’autres un album trop ambitieux qui se perd dans ses digressions. Ce qui est sûr, c’est que Brutal Truth a claqué la porte en beauté avant de se séparer, refusant de se répéter et préférant risquer de se planter plutôt que de sortir un Need to Control 2. Respect.
Brutal Truth
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