Crippled Black Phoenix – A Love of Shared Disasters

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Style: dark folkAnnee de sortie: 2007Label: Invada

S’il est des projets dont on attend rien, ou si peu reconnaissons-le, les murmures et les effets d’annonce concernant Crippled Black Phoenix étaient d’une toute autre nature, à même d’aiguiser la curiosité et cette inavouable envie d’en finir, de pénétrer le secret des arcanes. C’est chose faite. Mais il en aura fallu du temps depuis 2004, date à laquelle Justin Greaves alors batteur d’Electric Wizard (mais aussi d’Iron Monkey, Teeth of Lions Rule the Divine), commence la composition de chansons qui prend vite la dimension d’un travail de rédemption. Du moins, thème aussi récurrent qu’il transpire au cœur de ces morceaux et de ces textes qu’il me semble opportun d’en lever le voile sans pour autant en connaître le teneur autobiographique. Le plus important étant que ces brides de chansons, d’idées, de sons trouvent enfin la voie du papier et des bandes magnétiques pour cet album qui constitue le premier volet d’une trilogie qui s’apparente déjà à un projet culte.

La genèse de ce projet prend vraiment forme avec l’arrivée et le soutien de Dominic Aitchison – bassiste chez Mogwai. Le duo finit par s’adjoindre les services d’autres compères pour finalement donner vie à un collectif nébuleux de musiciens façon Constellation records, dont on retient néanmoins la présence de Andy Semmens et Kostas Panagiotou de Pantheist, Nial McGaughey de 3D House of Beef et le chanteur folk Joe Volk également connu pour son projet stoner Gonga. Les fans de stoner doom salivent certainement. Ils en seront pour leurs frais. Oubliez de suite les guitares fuzz, les rythmiques plombées et l’odeur du sable chaud. Ici ce serait plutôt ambiance feu de camp dans les tranchées du désespoir, le froid, la flotte et les braises d’un matin blême comme uniques compagnons d’un parcours rédempteur, un face à face tragique d’une conscience en lambeaux. Produite et enregistrée par Geoff Barlow de Portishead, la musique dark folk de Crippled Black Phoenix se nourrit de ce spleen pour nous conter des histoires plus ou moins sordides d’amours, de perditions, de tragédies humaines mais surtout de salut de l’être, de survie au cœur d’un monde crépusculaire. En témoigne « The Northern Cobbler », conte du poète Alfred Tennyson datant du 18ème siècle, déclamé dans l’authentique argot du comté du Lincolnshire sur fond d’instrumentation aux réminiscences post-rock où les thèmes du piano et du violon instaurent une ambiance mélancolique, la guitare une tension dont Godspeed You Black Emperor ne se départirait pas. Histoire de désengagement, de fuite en avant d’un cordonnier soumis aux pressions familiales d’un mariage et d’une paternité non désirée, il sombre dans l’alcool, le tabassage en règle de sa promise et finit par courir les chemins, poursuivit par la rage et la honte. Il y trouvera finalement la rédemption à laquelle confier sa vie.

Thème récurrent donc de cet album qui se lie à une trame dramatique portant le sceau de cette quête de salut. Cette trame donne lieu à des morceaux assez différents, une alternance de morceaux folk portés par une voix fragile et saisissante et de longs instrumentaux où des ambiances au psychédélisme sombre comme sur « The Whistler » à la fois contemplatif et introspectif peuvent prendre des atours plus funestes – « I’m almost home » et ses cuivres puant la mort. On pense alors au Floyd (sans jamais en atteindre sa puissance universelle), au Earth de l’abum «Hex: Or Printing in the Infernal Method » ou à Anathema seconde époque. D’ailleurs le rock reprend ces droits lors du névrosé « Suppose I told the truth » donnant à voir un autre visage du combo, une autre dynamique, un sentiment sous-jacent de colère nous effleurant alors. On oubliera juste le premier morceau « The Lament of the Withered Mercenary», qui bien que posant le décors avec ces enregistrements de vents et de bourrasques glaciales, ne constitue pas franchement la meilleure des accroches. Son chant étrange, ses murmures et ses déclamations incantatoires intriguent mais finalement rebutent. On l’oublie bien vite et on pénètre facilement cette alliance de styles et de morceaux qui navigue entre classicisme et modernité avec ces influences folk 70’s, americana ou post-rock. Ils dépeignent des paysages désertiques, la solitude, l’errance, crée une ambiance cinématographique, une atmosphère propice au voyage, à l’introspection, bref la bande son idéale d’un road movie au travers du miroir…

  1. the lament of the withered mercenary
  2. really, how’d it get this way?
  3. the whistler
  4. suppose i told the truth
  5. when you’re gone
  6. long cold summer
  7. goodnight, europe
  8. you take the devil out of me
  9. the northern cobbler
  10. my enemies i fear not, but protect me from my friends
  11. i’m almost home
  12. sharks & storms/blizzard of horned cats
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4 Commentaires

  1. jonben jonben says:

    Je n’ai eu le temps de ne l’écouter que 2 fois, et j’ai entendu de très bonnes choses, surtout en fin d’album mais aussi de moins bonnes, en particulier ce 1er morceau en guise de gros n’importe quoi : un enregistrement d’un mec bourré tentant d’aligner quelques phrases ce n’est effectivement pas le plus propice pour commencer cet album.

  2. guim says:

    Très bon disque,un des bons cru de cette année

  3. wandering star says:

    très belle découverte… c’est profondément beau…

  4. Silenius says:

    Oui c’est vraiment un album profondément touchant qui draine des larmes dans le sillage de son écoute.Et dire que c’est juste le premier tableau d’une trilogie.L’estomac gargouille comme jamais en attendant le plat suivant.

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