Crippled Black Phoenix – Ellengæst

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Style: Dark Gothic Rock/Metal ProgressifAnnee de sortie: 2020Label: Season of Mist

Ça fait déjà un bon moment que je vois passer ce nom de Crippled Black Phoenix, et pour cause ce groupe anglais existe depuis 2004 et s’est montré particulièrement actif et très productif puisque ce nouvel opus Ellengæst est déjà son 8ème album et ce sans même compter son album de reprise du « Echoes » de Pink Floyd. A noter que Justin Greaves, à l’origine de la création du groupe, est loin d’être un illustre inconnu ou un débutant puisqu’il s’était jusque-là illustré en tant que batteur de groupes de sludge/doom comme Iron monkey ou Electric Wizard pour les plus connus.

C’est sans grande surprise, maintenant que le nom de Pink Floyd a été lâché, que vous apprendrez si vous ne le savez déjà, que le groupe semble naviguer entre les eaux du prog, du post-rock, et du rock depuis ses débuts et que son line-up a considérablement varié d’un album à l’autre dans un esprit semble-t-il collaboratif ou axé collectif.

Je ne me lancerai pas dans une analyse rétrospective du groupe et de ses œuvres passées puisque j’en serais totalement incapable, n’ayant été jusqu’ici jamais particulièrement estomaqué ou eu envie de m’arrêter suite à l’écoute distraite de quelques titres par-ci par-là. Ellengæst est donc en réalité mon premier contact approfondi avec le groupe et il s’agit d’une vraie et belle révélation, car c’est un album absolument magnifique qu’ont sorti les anglais. Pour ce cru 2020, le noyau dur du groupe constitué de Justin Greaves (qui se charge de la plupart des instruments, en tout cas en studio) et Belinda Kordic (chanteuse dans le groupe depuis 2012), s’est entouré de grands noms de la scène rock/metal, pour venir les accompagner notamment en prenant en charge le chant masculin. Ce chant masculin vient parfois seconder le chant féminin de Kordic, ou carrément prendre l’ascendant et dominer les débats selon les morceaux.

On a ainsi droit à Vince Cavanagh (Anathema), en tant que lead sur le premier morceau « House of Fools », et en renfort sur « Lost ». Un peu plus loin c’est Gaahl qui vient poser sa voix grave très éloignée de son registre black metal d’origine (puisqu’il fut le chanteur de Gorgoroth et oeuvre toujours dans un registre sombre/extrème avec son projet Gaahls Wyrd), sur un « In the Night » d’abord intimiste (façon balade au coin du feu dans le grand-ouest américain) avant que l’ombre de Pink Floyd vienne s’en mêler. Vient ensuite sur « Cry Of Love » Ryan Patterson qu’on connaît surtout pour son groupe punk/rock Coliseum qui a cessé ses activités en 2017, et qui officie depuis dans un groupe de post-punk qui s’appelle Fotocrime. Enfin, Jonathan Hulten (guitariste de Tribulation qui œuvre aussi en solo et a d’ailleurs sorti un très bel album cette année sur lequel il nous faudra revenir) vient poser sa voix délicate sur le très planant « The Invisible Past » qui s’étire sur plus de 11 minutes. J’en termine là avec ce name-dropping fastidieux mais néanmoins nécessaire, vous conviendrez qu’on n’a pas ici affaire aux premiers venus… Et ce casting alléchant donne vie à un album passionnant et varié, à l’image des registres des intéressés qui vont fortement venir colorer et apporter leur patte à la musique de CBP toujours très progressive et qui prend son temps (les morceaux, à l’exception de « She’s in Parties » et de l’interlude « (-) » , s’étalant très largement autour de 8 minutes et même au-delà). Ainsi « House of Fools »  et « Lost » sentent bon le Anathema des grands jours, le second étant en particulier une belle et grosse tuerie, sur laquelle le duo Kordic/Cavanagh fait merveille. « Cry of Love » est un joli tube également sur lequel on perçoit les influences post/punk et gothiques qui sont présentes également sur le conclusif « She’s in Parties » (et pour cause, on y revient dans un instant), sur lequel le timbre particulier de Patterson fait merveille (évoquant d’ailleurs celui du chanteur de Major Parkinson).

En plus de ces collaborations sur 5 des 8 morceaux que compte le disque, on trouve un interlude (avec un spoken word qui semble tiré d’un film?) sur lequel on ne s’attardera pas (« (-) »), mais aussi 2 reprises sur lesquelles Belinda Kordic prend la main et que CBP s’approprie magistralement : « Everything I Say » de Vic Chesnutt d’abord, moins criard que l’original mais sur lequel on retrouve cette montée en puissance caractéristique et ces changements de rythme saisissants. Le registre de Kordic, qui est loin d’être celui de « la voix féminine parfaite » à laquelle on pourrait s’attendre, présente justement cette petite imperfection à la limite de la fausseté qui apporte le charme nécessaire. Encore un grand moment sur le disque. La deuxième reprise « She’s in Parties » est cette fois empruntée aux corbeaux de Bauhaus cette fois, et s’avère assez fidèle tout en étant bien « modernisée » par CBP, apportant cette touche gothique qu’on ressent à plusieurs endroits sur le disque sans qu’on sache toujours dire d’où elle vient exactement.

On pourrait penser qu’un tel mélange de saveurs pourrait s’avérer indigeste ou dénué de personnalité, mais il se dégage de cet album une cohérence d’ambiance, à la fois sombre et progressive qui s’avère rapidement saisissante et qui donne envie d’y revenir.

Et cet album de s’imposer peu à peu au gré des écoutes successives comme un indispensable de l’année…

Tracklist :
01 – House of Fools
02 – Lost
03 – In the Night
04 – Cry of Love
05 – Everything I Say
06 – (-)
07 – The Invisible Past
08 – She’s in Parties

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

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