Steve Von Till – As the Crow Flies

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Style: dark folkAnnee de sortie: 2000Label: Neurot Recordings

Que ceux qui ne connaissent pas Steve Von Till partent s’aligner contre le mur là-bas au fond. Oui oui, ce mur là, avec les traînées rouges et les impacts de balles. Voilà vous y êtes, ne bougez plus et souriez… Tacatacatacatacatacatacatac !!!!!! Qui d’autre ne connaît pas Steve Von Till ?

Bien, je présume donc qu’on est entre nous. Il ne reste plus qu’à s’installer confortablement et à laisser tourner ce disque pour bien sentir que l’on est placé en face de quelque chose de plus vaste qu’une petite infidélité à Neurosis. Co-maître de manœuvre des icônes du metal psychotique aux côtés de Scott Kelly, Steve Von Till a choisi d’empoigner sa guitare sèche et de s’épancher en solitaire au service de compositions qui sont bien davantage qu’un écho aux déviations les plus sages de son groupe principal, même s’il est impossible d’éluder tout à fait le rapprochement. On retrouve entre les lignes de As The Crow Flies la noirceur et le traumatisme sous-jacents dans l’œuvre de Neurosis, lorsque même les instruments au timbre limpide que sont le violoncelle et le piano demeurent prisonniers d’une camisole de désarroi et ne délivrent que leurs harmonies les plus contrites. Le concours de Kris Force (Amber Asylum) au violon n’est certainement pas étranger à la bulle de sinistrose qui encellule la musique, tant la demoiselle est experte en ambiances chauves et asphyxiantes avec son groupe. La guitare de Von Till parle de pertes et de ruines avec une constance poignante, une simplicité prédestinée qui ouvre une perspective très proche du personnage et de ses soucis.

Une musique qui ne prend que si on est disposé à ne pas se presser pour l’apprécier, à ne pas en attendre d’épanchements. Une musique qui possède le pouvoir de mettre mal à l’aise tout en gardant l’esprit de l’auditeur à distance, au chaud dans un écrin de confort relatif. Des fragments de partition déliés, sobres mais d’une rare élégance dans leur choix, qui s’entrecroisent pour former un fil fragile sur lequel ce chant caractéristique, tout à la fois douceâtre et terriblement usé, s’escrime à faire de l’équilibrisme nonchalant au nez et à la barbe de l’abîme, dans des sphères encore parcourues de chaleur, celle d’un foyer ou la vue réconfortante d’un enfant rieur.

L’album s’apparente à une procession presque statique, chaque station comme un nouveau promontoire en surplomb d’un souvenir grave, d’une douleur lancinante. La beauté à vif de titres comme « We All Fall », « Twice Born » ou surtout le final « Shadows In Stone » oblige à s’arrêter et à baisser la tête par pure empathie, à la recherche de ces vieilles photographies enfouies en notre intérieur et qui nous rendent toujours si mélancoliques, comme le trouble rémanent qui hante une pièce familière autrefois vivante, aujourd’hui fréquentée par les fantômes du passé.

Incarnation figée de l’honneur et de la tristesse d’un homme auquel chacun peut s’identifier à son propre degré, As The Crow Flies restera avant tout comme l’un des plus forts témoignages de la musique acoustique et intimiste.

  1. stained glass
  2. we all fall
  3. remember
  4. warning of a storm
  5. twice born
  6. midheaven
  7. shadows in stone
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4 Commentaires

  1. Silenius says:

    Trés bel hommage envers ce sublime album.

  2. Hallu says:

    Mouais autant Harvestman c’est génial, et celui de 2009 est un pur chef d’oeuvre, autant les albums solo de Steve Von Till ce sont « juste » de bons albums, au même titre que ceux de Scott Kelly.

  3. Rémi says:

    @Hallu: oui tu as raison en ce qui concerne les albums chroniqué ici, mais à mon avis il manque celui qui les surpasse, et de loin, « If I Should Fall to the Field ». Pour moi c’est THE album de Von Till.

  4. Neurofan says:

    Clair que If I Should Fall to the Field est vraiment énorme…comment résiter à des titres comme Breathe, To the fields ou encore Thirs rivers!
    Je vais voir Scott Kelly en solo jeudi prochain je me réjoui même si je susi moins fan que Von Till

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