Ovtrenoir – Fields of Fire

Pas de commentaires      166
Style: Post Machin de qualitéAnnee de sortie: 2020Label: Singularités

Le post machin n’aura clairement pas été mon genre de prédilection en 2020 ni avant d’ailleurs… Et peu de chances que ça change en 2021 mais ça ne m’empêchera pas ponctuellement de jeter une oreille aux sorties de qualité dans ce genre comme dans les autres, et de pouvoir apprécier et recommander quelques albums du genre.

Dernier en date (et unique album du genre que j’ai écouté en 2020 sauf erreur) le Fields of Fire d’Ovtrenoir, formation parisienne dans laquelle on retrouve le touche-à-tout ultraproductif Dehn Sora, venu en 2019 apporter son expertise à un projet qui était essentiellement instrumental à la base et qui avait sorti un EP en 2016. Tant mieux, car cela a permis à William de se consacrer au chant, la partie instrumentale étant ainsi renforcée et prise en charge comme il se doit, et son chant est un des atouts de l’album selon moi.

Mon premier contact avec cet album s’est fait comme souvent via la pochette : j’ai été en effet littéralement happé par cette œuvre fascinante et magnifique, l’attention portée à l’artwork et la recherche de cohérence entre visuel et expérience auditive n’étant pas forcément toujours prise en compte comme elle le devrait à mon sens et c’est un premier point fort à mettre au crédit d’Ovtrenoir.

Je parlais du chant de William, il fait partie des éléments forts de l’album je trouve, ses vocaux n’étant pas hurlés comme on peut en avoir la triste habitude dans le post-machin, ici on est plutôt dans un registre chanté (fort), qui permet de garder le contact avec les paroles qui restent intelligibles, même si son chant est parfois doublé par Dehn Sora qui vient ajouter quelques hurlements par-ci par là (sur « Phantom Pain » par exemple). J’ai parfois pensé au chant d’Antoine chez Cortez, même si la comparaison a ses limites, la musique de Cortez étant beaucoup plus explosive que celle d’Ovtrenoir.

Pour le reste l’ambiance est bien sombre, pesante, les grosses guitares sont évidemment de la partie, renforcées par un travail sur les machines qui reste certes discret mais s’avère important pour soutenir l’atmosphère propre au genre développé avec des nappes en fond de scène qui accentuent le côté sombre et inquiétant de l’atmosphère déployée par le groupe. Et Ovtrenoir réussit grâce à tous ces ingrédients à captiver là où bon nombre de ses pairs nous anesthésient ou nous endorment carrément. On ressent une tension (« Wires » par exemple fait particulièrement bien le job sur ce sujet) qui est aussi accentuée par quelques riffs dissonants qui établissent un lien avec la scène post-black (« Echoes » par exemple dont le final est magnifique).

L’instrumental « Kept Afloat » vient classiquement couper l’album en deux et alléger quelque peu l’atmosphère avant que le groupe remette en marche la machine à désespoir sur « Those Scars Are Landmarks ».

J’admets avoir du mal à m’enquiller la totalité de l’album en une fois et cette césure représente souvent le moment où mon attention vacille, malgré la durée très raisonnable (41 minutes) de l’album. Cela tient certainement davantage à mon manque d’intérêt primaire pour ce type de musique et mon besoin de sortir de ce type d’ambiance lorsque certaines répétitions inhérentes au genre commencent à se mettre en place (et c’est le cas sur « Those Scars Are Landmarks » qui est à mon sens un peu trop long et représente peut-être « le morceau de trop » sur l’album) mais aussi peut-être au fait que la deuxième moitié de l’album est à mon avis un peu moins prenante ou qu’elle met en tout cas un peu de temps à redevenir aussi passionnante que la première. C’est justement quand l’intensité monte d’un cran à mi-chemin sur « I Made My Heart a Field of Fire » et conduit à la fin de l’album sur un « Slumber » presque shamanique et intéressant (j’ai parfois pensé aux ambiances les plus mystiques sur les albums de Gojira d’autant que la voix de William peut évoquer celle de Duplantier à certains instants) que l’attention est à nouveau captée pour de bon pour en arriver à la conclusion de cet album puissant et intense.

Si un tel album a su me séduire malgré mon peu d’attirance pour ce genre, nul doute que les amateurs du genre devraient être plus que ravis de plonger et de se perdre dans les ténèbres d’Ovtrenoir.

Tracklist :
01 – Phantom Pain
02 – Wires
03 – Echoes
04 – Kept Afloat
05 – Those Scars are Landmarks
06 – I Made My Heart a Field of Fire
07 – Slumber

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 979 articles sur Eklektik.

Up Next

Groupes cités dans la chronique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *