Sleep Token – Even in Arcadia
Chronique Pop/Metal

Sleep Token – Even in Arcadia

jonben
jonben
Auteur
11 mai 2025
il y a 1 an
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Année de sortie
2025
Label
Note
Le nouvel album du collectif masqué anglais, connu pour son mélange de metal progressif et de pop, semble marquer une rupture avec ses racines, privilégiant une esthétique surproduite et des compositions simplistes qui peinent à convaincre, laissant les auditeurs exigeants sur leur faim.
Sleep Token – Even in Arcadia

Le nouvel album de Sleep Token arrive avec fracas après leur Take Me Back to Eden d’il y a  2 ans, un album à la fois clivant et propulsé par le buzz, qui leur a offert un statut de tête d’affiche de festival plus rapidement que n’importe quel autre groupe metal. J’avais moi-meme adhéré au buzz meme si l’album ne m’avait convaincu qu’à moitié, voir ma chronique à l’époque.

Connu pour son mélange audacieux de metal progressif — parfois violemment agressif — et de soul et de pop, le collectif masqué anglais s’est bâti une base de fans fidèle grâce à son instrumentation sophistiquée et son univers sonore sensuel et démesuré. Pourtant, Even in Arcadia ressemble à une prise de distance volontaire avec les racines prog qui faisaient leur force, au profit d’une pop simpliste et d’une esthétique surproduite qui peinent à me convaincre sur ce nouvel album, et me rebute même par moments.

Les problèmes de l’album sont visibles dès les premières minutes. Là où Take Me Back to Eden parvenait à équilibrer ses explorations de genres avec des éclairs de brillance — comme le final funky irrésistible de “The Summoning” qui les a propulsés sous les projecteurs grâce à un buzz viral sur TikTok, ou la soul jazzy d’“Aqua Regia”, Even in Arcadia peine à proposer ne serait-ce qu’un seul morceau marquant. Certes c’est toujours varié, mais la même variété avec ici plus de beats trap et même des rythmes reggaeton. Le morceau d’ouverture, “Look to Windward”, n’est pas inintéressant, avec ses trois minutes de montée cinématographique et son explosion finale. Mais pour une intro, c’est attendu, et même ce titre perd son élan avec une chute dans un beat trap qui casse tout. Ensuite, la formule se répète, et l’album s’enlise dans une boucle monotone de morceaux lents, centrés sur un piano basique, des voix saturées d’effets et des structures gimmick où parfois des moments Metal moderne puissants arrivent, toujours trop tard — et quand ils daignent apparaître.

Des morceaux comme “Emergence” ou “Caramel” résument parfaitement cette formule : intros timides au piano, voix en falsetto noyées dans les effets, beats trap plaqués comme un clin d’œil forcé à la pop de boite de nuit actuelle. Quand les guitares arrivent enfin, elles sont prévisibles, sans impact. À des années-lumière de l’intensité viscérale d’un groupe comme Loathe, qui je trouve surclasse Sleep Token sur leur terrain. Pire encore, des morceaux comme “Past Self”, “Dangerous” ou le titre éponyme “Even in Arcadia” sombrent dans des paroles narcissiques, des lignes vocales paresseuses et des structures pop insipides qui n’aboutissent à rien. “Damocles” et “Gethsemane” touchent le fond avec leurs progressions au piano désespérément simplistes — des accords si élémentaires qu’ils deviennent insultants de la part d’un groupe mené par des musiciens pourtant capables de bien plus. Le dernier morceau, “Infinite Baths”, offre un semblant de rédemption avec ses drops de basse agressifs et ses hurlements en seconde moitié, mais c’est trop peu, trop tard, et même un peu incongru. Pourquoi l’amateur de musiques extrêmes doit-il subir des minutes entières de remplissage avant d’atteindre ces passages ? Les parties toute en puissance, même correctement exécutées, font pâle figure face à des groupes comme Deftones ou VOLA, qui savent allier accessibilité et profondeur sans perdre en intensité.

Je sais que je ne suis pas objectif, en tant qu’amateur de metal technique et de jazz, mais le batteur de ce groupe est exceptionnel et pourrait jouer n’importe quoi. Je ne comprends pas pourquoi la moitié de l’album repose sur des boîtes à rythmes paresseuses — sur certains morceaux, il est à peine présent, relégué à une minute d’apparition pendant que les machines font le travail en boucle le reste du temps.

Ce qui est le plus frustrant, c’est la sensation que Sleep Token a sciemment édulcoré son propre son. Ce n’est pas comme si il n’y avait pas déjà des centaines de groupes de metal mainstream aux mélodies sirupeuses, mais sur leur premiers albums Sleep Token sortait justement du lot avec une approche profonde et élaborée. Les paroles de “Damocles” — “I know I should be touring, I know these chords are boring, But I can’t always be killing the game” — sonnent comme un aveu lucide d’abandon créatif. Vessel, ce chanteur masqué énigmatique, compositeur et multi-instrumentiste semble désormais préférer les sonorités faciles façons Imagine Dragons ou Post Malone, choisissant l’accessibilité plutôt que l’ambition. Malgré un batteur phénoménal et une production luxuriante — il faut le reconnaître — l’ensemble manque cruellement de substance musicale. Sleep Token semble avoir confondu surproduction et créativité, empilant les couches studio pour masquer des idées inachevées.

L’album n’a ni l’étincelle soulful des meilleurs moments de Take Me Back to Eden, ni l’intensité des premiers opus du groupe, et son usage systématique des mêmes gimmicks et structures est pénible à la longue. Ceux qui espèrent être élevés ou transportés n’y trouveront que des paroles geignardes et une sensation de potentiel gâché.

Even in Arcadia n’est pas seulement un pas de côté par rapport à ce qui faisait l’intérêt de Sleep Token — c’est un pas en arrière, loin du risque, de la nuance et de la passion. Pour un groupe capable de tisser des passerelles entre les genres avec originalité et finesse, cet album sonne comme un repli vers la médiocrité, conçu pour ceux qui “aiment tout” (généralement une façon polie de dire qu’on aime ce qui est le plus radio-friendly de chaque genre, certains pourront dire « j’écoute de tout » – « et en métal? » – « euh Sleep Token »), mais qui laissera les auditeurs exigeants sur leur faim.

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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