Sleep Token – Take Me Back To Eden

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Style: Alternative metal/prog/popAnnee de sortie: 2023Label: Spinefarm Records

Sleep Token est un groupe dont j’avais vaguement lu le nom quelques fois, j’avais écouté des morceaux en vidéo, mais je n’avais jamais approfondi. Surement à cause de leur look masqué et du coté surproduit de leur musique. C’est de toute évidence un groupe qui ne laisse indifférent à aucun niveau et pousse les limites dans pas mal de domaines.
Pour évacuer le coté visuel, ils sont anonymes, en masques blancs et vêtements à capuches noirs, formes fantomatiques pour une ambiance glauque forcément très efficace sur scène (Ghost?). Très métal comme image donc, même si leur musique ne l’est pas toujours. Rien à voir avec Slipknot par exemple, c’est bien plus propre (enfin quoique pour ces derniers, j’ai pas trop suivi les albums récents…). Les passages qualifiables de metal extrême dans cet album sont plus là pour apporter un choc dans le récit, mais aussi démontrer un extrémisme dans le spectre des genres proposées, du plus mielleux au plus acerbe, qui comme on va le voir devient un gadget assez gonflant sur la fin de l’album.

Cet album est le 3ème album du groupe, et j’ai entendu parler du groupe récemment car ils ont fait tout de suite une impression dingue sur les compteurs d’écoutes/vues d’applications web comme Tik Tok ou Spotify, ils étaient dans les tendances, et des gens ont commencé à parler d’eux sur les réseaux sociaux. « The Summoning », un des singles, était à 35 millions d’écoutes juste sur Spotify, 6 millions sur Youtube, alors que l’album n’était pas encore sorti. Gros succès façon buzz pour un morceau tout de même très métallisé. Il y a eu 6 singles en tout soit la moitié de l’album, de quoi faire monter la sauce.

En aparté ça semble être la façon dont beaucoup d’albums sont dévoilés aujourd’hui. Je dirais que ça oblige à écouter plus en profondeur les singles quand on les apprécie, mais du coup on appréhende moins l’album en entier, mais plutôt chaque morceau indépendamment, et quand l’album entier sort, la comparaison entre les singles et « le reste » est plus marquée.

Des dizaines de millions d’écoutes à causes d’un buzz débile sur TikTok donc. Pas forcément un succès d’estime, un peu la lose, mais tant mieux pour eux, et pour une fois c’est mérité, c’est rare.
Il faut dire que les singles et « The Summoning » en particulier ont mis la barre très haut. « The Summoning » est une claque de métal moderne, à la fois accessible mais très recherché, avec du « gros son » bien massif, un Deftones matiné de Loathe ou Black Peaks, un néo/alt-metal/djent mais avec une personnalité unique, plus synthétique et un coté intime, sensuel. Il y a une perfection dans l’exécution étonnante dans leur musique. Les mecs sont des pros, tout est impeccable, c’est instrumentalement hyper soigné, le batteur est phénoménal.
La fin du morceau a en fait créé le buzz. Les 4 premières minutes sont « metal alternatif », puis on part sur 1 minutes d’ambiant paisible mais assez futuriste dans les nappes de clavier, on flotte dans ce passage planant, puis déboule une outro funky hyper original. Pas funk des 70s, un funk joué avec leur gros son à eux d’aujourd’hui. Et dessus la voix sensuelle et hyper maniérée du chanteur, ça fait un cocktail explosif qui a plu au delà des frontière de la scène metal. Le coté sexuel a aidé, et donc ça a fait un buzz de neuneu sur des vidéos selfies sans intérêt de quelques secondes dont c’était la bande son.

Les autres singles qu’ils ont sorti un par un ont continué à faire monter la hype. Les 5 premiers morceaux de l’albums ont d’abord été dévoilés.
« Chokehold » qui introduit l’album est aussi une belle réussite, l’ambiance est tout de suite posée, calme et volupté, un lyrisme puissant, des guitares en nappes de saturation. C’est je dirais le Sleep Token classique. « The Summoning » suit, puis « Granite » est un autre morceau qui sonne typiquement comme du Sleep Token et un autre moment fort de l’album.

Ensuite, « Aqua Regia » occupe une place particulière pour moi car j’adore ce morceau. J’y trouve un peu d’esprit Zeal & Order pour le coté lyrisme gospel (la voix fait très soul/noire), mais avec un piano jazz, et d’ailleurs un solo superbe au milieu du morceau. Pour autant le morceau est hyper moderne dans les sonorités, hyper produit, et la voix est suave au possible. Je suis conquis quand le solo de clavier arrive avec sa montée sublime. Un morceau assez pépère, l’album commence à s’enliser dans le langoureux? Non « Vore » qui suit n’aura rien à voir, on est carrément sur une intro blackgaze, avec des cris viscéraux (du gratteux je pense), une minute de rage en intro d’un morceau bien metal, aussi « djent » qu’un Car Bomb dans sa version ultra mélodique.

Tous ces singles laissait présager du meilleur pour la suite, mais le reste de l’album m’a surpris, et pas franchement positivement.

« Ascensionsim » est un choc entre 2 univers, un début au piano hyper mélancolique et simpliste – j’ai un peu de mal avec ce passage qui s’étire et sonne trop pop, un pop surproduite  exagérément syrupeuse – qui passe ensuite sur un passage hip hop/trap gentillet/autotune, un gros what the fuck, mais ça sonne plutôt pas mal. Puis PAM! Gros refrain djent, un peu gratuitement je trouve, rien ne laissait penser à ça, à part que le groupe s’appelle Sleep Token. Ça part ensuite du niveau des groupes les plus extremes du djent, Car Bomb/Frontierer, polymétries à block, cris black. Ils arrivent à revenir ensuite sur le petit piano. Je suis très circonspect sur ce morceau, même si il y a de bons moments.

Je trouve un peu dommage que « Are You Really Okay? » reprenne le même principe, intro longuette super calme, ici avec une guitare seule sur 3 accords de base et la voix qui commence à sonner un peu poussive. La batterie et la basse arrivent, c’est hyper bateau, bizarre, ce moment de l’album est totalement incongru pour moi. Pourquoi passer sur du rock alternatif radio moisi à ce moment? L’album s’enlise sur ce titre niais, puis encore plus sur le suivant, « The Apparition », qui commence lui aussi, 3ème fois de suite sur un long passage avec juste guitare claire légère et voix. On repart dans un passage avec beats trap commerciaux, puis quand même des guitares saturées, mais ça reste très mou, et sans intérêt pour moi.

« DYWTYLM » était le dernier single, bizarre en position 9 après avoir dévoilé les 5 premiers titres. J’avais cru à une erreur isolée mais ce morceau devait me mettre la puce à l’oreille sur le coté mitigé de cette album dont j’aime beaucoup une grosse première moitié mais dont pas mal de titres me laissent de marbre dont celui là. En gros un trip boite à rythme/voix autotunée, avec des petits bruits électro. Certes c’est du Jul mais c’est pas terrible non plus. Meme les paroles sont gonflantes. « Do you wish that you loved me? ». « Non ». Encore un paradoxe incongru, le fait de pondre ces paroles nazes alors que celles de « Aqua Regia » ou « The Summoning » sont vraiment bien écrites et originales.

« Rain » début en voix piano sur une minute… ça devient vraiment redondant. Pourquoi avoir collé tous les morceaux calmes à la fin de l’album? Calme au début puis gros son à la moitié. On pourrait pardonner pour un groupe de post rock de toujours jouer sur le crescendo, mais quand ça devient systématique…

« Take Me Back to Eden » et c’est encore une parodie de leur style. Quand je dis que le groupe est calé, il l’est instrumentalement par certains plans de batterie virtuoses, des soli de clavier ou guitare. Alors pourquoi pondre des plans en 4 accords binaires insipides et déjà composés des millions de fois par d’autres? prog metal ou pop simpliste, ils n’arrivent pas à choisir. Certes ce morceau qui donne son nom à l’album est une fresque de 8 minutes, un vrai morceau prog d’une certaine manière, mais je en suis pas convaincu, même par la fin Meshuggesque.

« Euclid » débute… piano/voix! Pile dans le moule. Il y aura des guitares saturées pour accompagner le refrain, on ne s’en doutait pas…

Très très bizarre cet album, excellent sur le début puis ça part en zig zag réguliers, et en influences douteuses je dirais. Ils sont capables du pire comme du meilleur. En fait Sleep Token surfe sur le fait que les amateurs de metal des générations les plus jeunes ont souvent une perméabilité plus grande aux genres musicaux grand public. Dans leurs écoutes souvent plus de singles que d’albums, le metal extreme côtoie la suproduction pop/rock sans guitares façon Imagine Dragons ou Bastille, la pop de Ed Sheeran ou The 1975, ou les relents rap/trap commercial, et Sleep Token réunit tout ça dans un melting pot parfois réussi mais pas toujours, et qui sur un album entier finit par lasser à force de répétition. Pas un album parfait loin de là mais un des albums de l’année sans aucun doute.

01. Chokehold
02. The Summoning
03. Granite
04. Aqua Regia
05. Vore
06. Ascensionism
07. Are You Really Okay?
08. The Apparition
09. DYWTYLM
10. Rain
11. Take Me Back To Eden
12. Euclid

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 528 articles sur Eklektik.

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