Le groupe s’appelle Brass Camel, ils sortent un album nommé Brass en 2022, un autre nommé Camel en 2025… et un autre nommé Brass Camel en 2026. On pourrait croire que le groupe tourne en rond avec ses titres, voire se tire une balle dans le pied niveau marketing. Heureusement, musicalement, c’est tout l’inverse.
Le groupe canadien conclut donc sa trilogie nominale avec un troisième album éponyme. Si la productivité impressionne, ce disque marque surtout une mutation stylistique : le funk rock des débuts s’efface pour laisser place à un rock progressif plus dense, plus sombre et techniquement plus affûté.
Ce troisième volet est l’album de la maturité et d’une identité enfin totalement assumée. Exit les déhanchements funk qui faisaient le sel du précédent opus ; ici, le quintet durcit le ton et plonge tête la première dans un prog complexe, quelque part entre la rigueur de Rush et l’excentricité de Frank Zappa.
Le changement de texture s’explique sans doute par les noms derrière la console : co-produit par Kevin Comeau (Crown Lands) et mixé par le légendaire Terry Brown (l’homme derrière les grandes heures de Rush), l’album gagne en profondeur organique ce qu’il perd en légèreté dansante. Sur dix morceaux, le groupe explore des structures plus ramassées mais paradoxalement plus aventureuses.
L’ouverture, « You’ve Got Time », donne immédiatement le ton : signatures rythmiques asymétriques, harmonies vocales empilées à la Queen et une intensité dramatique qui rappelle l’école Van der Graaf Generator. On sent un groupe qui ne cherche plus à faire taper du pied, mais à captiver par l’intelligence de ses arrangements. « Ice Cold » et « Everybody Loves a Scandal » confirment cette direction avec une nervosité angulaire, presque mathématique, où les synthés analogiques et les guitares s’entremêlent avec une précision chirurgicale.
Pourtant, Brass Camel n’oublie pas le « rock » dans « rock progressif ». « What Are You Going to Do » déploie une lourdeur Heavy Rock bienvenue, tandis que « This is Goodbye » clôt l’album sur une note puissante, avec riffs massifs et solos de synthés épiques. On notera également la pièce centrale, « Careful What You Wish For », qui prouve que le groupe sait aussi gérer l’espace et l’émotion, avec une montée en puissance progressive et une section chorale d’une grande finesse.
Si la musique du groupe est entièrement originale, on pourrait croire à un album sorti tout droit des 70s. Sur certains passages, on se prend même à se demander quel groupe on est en train d’écouter, tant tout — que ce soit la voix lead, les chœurs ou la texture instrumentale — rappelle immédiatement les références mentionnées plus haut, ou d’autres. Mais c’est tellement bien fait que l’on oublie vite le jeu des comparaisons pour simplement savourer l’exécution. Après tout ce ne sont pas les seuls à reprendre le son des 70s, les excellent Wobbler et Beardfish sont aussi coupables, et comme pour ces derniers, l’expérience doit etre exceptionnelle en concert.
Ce nouvel album impose en tout cas Brass Camel comme un acteur incontournable du prog à l’ancienne. C’est un disque exigeant, superbement produit, qui demande plusieurs écoutes pour en saisir toutes les subtilités, mais qui finit par s’imposer par sa cohérence. Le « Chameau de Cuivre » a trouvé son rythme de croisière, plus sérieux, plus complexe, et résolument tourné vers l’avenir.
Brass Camel
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