Suivre Elder depuis plus d’une décennie, c’est accepter de s’embarquer pour un voyage sans carte ni boussole, mais avec la certitude de traverser des paysages sonores grandioses. Pour beaucoup de puristes, le point culminant de cette épopée reste gravé en 2017 avec le monumental Reflections of a Floating World. Un album d’un équilibre absolu, sorte de Saint-Graal musical où la lourdeur tellurique et le groove sablonneux du Stoner fusionnaient à la perfection avec des envolées progressives d’une grande finesse.
Depuis ce sommet, le quatuor américano-berlinois a choisi de ne pas se répéter. Pas à pas, ils ont délaissé l’épaisseur brute des riffs pour s’aventurer vers un Rock psychédélique et un Prog plus lumineux, plus ample, parfois presque éthéré. Une transition qui a pu diviser — notamment sur Omens — mais qui, loin de rebuter les fidèles, a agi comme un révélateur. En conservant une identité forte et une musicalité que beaucoup de leurs pairs leur envient, Elder a prouvé qu’il n’était pas un groupe de chapelle, mais un grand groupe tout court.
Le qualificatif « Stoner » est désormais bien trop étroit pour eux. Elder ne joue plus dans un genre ; ils ont créé le leur. Et si il y a d’autres groupes qui s’en rapproche, ce sont des suiveurs, comme par exemple les non moins excellents Weedpecker.
C’est dans ce contexte de maturation qu’arrive Through Zero, et le constat est sans appel : ce nouvel album semble enfin mettre tout le monde d’accord, réconciliant les nostalgiques de la première heure et les amoureux de leur seconde époque.
L’album ne choisit pas son camp ; il sublime tout ce que le groupe a tenté jusqu’ici. Les compositions s’articulent autour d’un brillant paradoxe. Le retour du « gros riff » : des titres comme « Capture/Release » ou « Strata » reconnectent immédiatement avec la puissance physique et les structures complexes qui faisaient le sel de Lore. Mais aussi l’émancipation cosmique : les nappes de synthétiseurs vintage (très inspirées du Yes des années 70) apportent une texture aérienne inédite, offrant de longues plages de respiration texturées et méditatives.
Ce qui frappe à l’écoute de ce cru 2026, c’est la performance globale du groupe, qui joue comme une seule entité soudée. La basse, plus ronde et présente que jamais, s’imbrique parfaitement dans une batterie d’une précision chirurgicale. Même le chant de Nick DiSalvo, souvent considéré comme le point en retrait du groupe, trouve ici sa juste place : plus éthéré, il se fond dans le mix comme un instrument supplémentaire au service de l’ambiance, notamment sur le superbe et surprenant final acoustique, « Blighted Age ».
En fin de compte, Through Zero ressemble à l’album vers lequel toute leur carrière convergeait. Il ne renie rien — ni la boue Stoner des débuts, ni les étoiles Rock Progressif d’aujourd’hui. Pour le fan de la première heure, c’est une immense satisfaction : celle de voir son groupe favori trôner au sommet de son art, indéboulonnable, et définitivement unique.
Elder
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il y a 3 moisJ’aurais pu écrire cette chronique tellement je suis d’accord.
J’aurais juste ajouté un petit parallèle avec DELVING.
Krakou
il y a 3 moisJe n’ai jamais tellement accroché aux précédents albums du groupe, mais celui-ci m’a conquis immédiatement. Une petite merveille aux frontières du stoner et du prog.
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