Il y a des groupes que l’on adopte pour longtemps. Pour ma part, Weedpecker fait partie de ceux-là depuis III en 2018. Je n’ai malheureusement jamais chroniqué cet album, et je le regrette car c’est un album qui a tourné et continue de tourner énormément chez moi, c’est un de mes albums de Stoner/Rock Psyché préférés.
Le Stoner/Doom était déjà un terrain balisé quand ce III est sorti, mais les Polonais proposaient une version plus psychédélique, plus expansive. III a tout simplement été une claque. Le suivant, IV: The Stream of Forgotten Thoughts, malgré ses qualités, m’avait laissé un peu plus distant. Trop lisse par moments, moins incisif dans l’écriture.
En février 2026, le groupe revient avec son cinquième album, sobrement intitulé V. Titre minimaliste, mais contenu ambitieux.
Dès l’“Intro”, le ton est donné : une pièce synthétique, presque intense par instants, qui met en avant une production d’un tout autre niveau. Là où IV pouvait sembler contraint (changements de line-up, période COVID), V sonne massif, ample, détaillé. L’apport des nouveaux membres issus notamment de 3 autres groupes polonais dans le genre, Dopelord, BelzebonG et Major Kong se ressent immédiatement : tout est plus large, plus incarné.
“Fading Whispers” ouvre réellement l’album avec un riff posant une ambiance aérienne et psychédélique, limpide et ensoleillée. Les premières minutes installent une douceur hypnotique avant que le groupe ne déploie toute sa dimension progressive. Ce qui frappe, c’est la richesse des arrangements : après l’explosion heavy, des touches presque acoustiques percent le mix et ramènent progressivement le morceau vers des hauteurs plus mélodiques. Onze minutes construites avec un sens remarquable de la dynamique.
“Ash” est probablement le moment le plus immédiat du disque. Intro brumeuse, atmosphère introspective, puis surgissement d’un motif central irrésistible. Les guitares ont ce grain épais, punchy, presque saturé à l’excès, évoquant par moments Boss Keloid, avant que d’immenses fills de batterie ne transforment le morceau en épopée prog, nappée de voix shoegaze et de synthés psychédéliques. Le climax dépasse tout ce que le groupe avait proposé sur IV et rivalise sans peine avec les grandes fresques modernes du heavy psych.
Le morceau suivant agit comme une respiration ambient bienvenue : acoustiques délicates, couches de synthés progressifs ondoyants, ambiance suspendue. Une manière intelligente de relâcher la tension avant “Mirrors”, qui replonge dans un heavy prog plus marqué. Les signatures rythmiques s’y bousculent, les guitares doom se frottent à des lignes plus progressives, et le final surprend par des envolées presque rock’n’roll dans l’esprit, surgissant de nulle part. C’est sans doute le titre le plus “accrocheur” pour un public élargi.
Enfin, “The Last Summer of Youth” conclut l’album sur une note majestueuse. Départ brumeux, voix planantes, puis montée progressive vers un final épique. Le solo qui traverse le morceau est particulièrement inspiré : lumineux, presque solaire, porté par un mixage qui laisse respirer chaque escalade dynamique. Une clôture parfaitement calibrée.
Ce qui distingue vraiment V, au-delà des influences évidentes, Elder en particulier, c’est la maîtrise des ambiances et des variations. On se perd dans les passages ambient, comme en contraste dans les sections heavy propres, larges, presque cinématographiques . Le groupe ne renie rien de son identité passée — “Fading Whispers” rappelle même certains accents psyché de II — mais l’ensemble est présenté avec une maturité et une cohérence supérieures.
V ne cherche pas à reproduire l’effet de surprise de III. Il synthétise. Il consolide. Il élargit. Et surtout, il rappelle qu’au sein d’un genre parfois figé, il est encore possible de proposer un heavy psych vivant, nuancé, et sincèrement inspiré. Un album abouti. Probablement le plus complet de leur discographie à ce jour.
Weedpecker
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