Avec Please, The Reticent poursuit une démarche amorcée sur leur premier album sorti en 2020 The Oubliette, cet album de death metal progressif où Chris Hathcock — seul aux commandes — livrait une œuvre profondément marquée par l’influence d’Opeth (époque Ghost Reveries), entre passages Death, sections plus prog, percussions, piano et même du saxophone. J’avais été impressionné par la variété des arrangements et surtout par la qualité du chant, capable d’incarner toute la détresse d’un récit tournant autour de la maladie d’Alzheimer sans sombrer dans le pathos. Pour un projet entièrement solo, c’était déjà une véritable prouesse.
Please déplace la focale vers un terrain encore plus intime : la santé mentale, les crises de panique, l’insomnie, la dépression, les pensées destructrices. Là où The Oubliette racontait la décomposition d’un être cher, Please plonge dans la lutte intérieure et dans la manière dont ces démons étouffent le quotidien. Musicalement, l’album reste à la croisée du Death Metal et d’un Rock Progressif chargé d’émotions, renforcé par des guitares nerveuses. Des titres comme “Bed of Wasp” retranscrivent presque physiquement une crise d’angoisse, tandis que “The Riptide” et “The Chance” comptent parmi les passages les plus poignants de la carrière du projet, avec une intensité mélancolique qui pourra rappeler Woods of Ypres.
Mais Please pâtit d’un choix artistique qui, pour moi, affaiblit clairement l’ensemble : les multiples segments en spoken word. L’intro et les trois interludes sont centrés sur des messages “éducatifs” autour de la santé mentale. Franchement, sans ces quatre morceaux, l’album s’en porterait bien mieux. Il ne resterait que six véritables titres — chacun entre six et huit minutes — ce qui rend le disque un peu court mais cohérent. Pour être direct : je n’écoute pas de musique pour entendre des discours “santé mentale” en spoken word. Ça n’apporte rien aux morceaux, au contraire, ça en détourne l’attention : ils coupent l’élan, alourdissent l’écoute et rompent l’immersion émotionnelle.
Reste que lorsqu’il s’exprime à travers la musique pure, sans artifices narratifs, Hathcock touche juste : sincérité brute, fragilité assumée, une écriture frontale qui fait écho à ce que beaucoup traversent aujourd’hui. Après la narration maîtrisée de The Oubliette, Please fonctionne surtout comme un exutoire, un miroir émotionnel. Un album court, imparfait, mais profondément humain.
The Reticent
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire