J’étais déjà fan de You Win Again Gravity depuis leur premier album Into the Dancing Blue sorti en 2023, que j’avais placé dans mon bilan annuel cette année. Je trouvais que ce disque se distinguait par sa manière de repousser les frontières du rock progressif et du post-hardcore., mais il n’a malheureusement pas vraiment trouvé de public à la hauteur de sa qualité malgré quelques singles tubesques. Avec Don’t Leave Me Here, Pt. 1, ce groupe britannique revient avec un format plus court et tout aussi abouti : cinq véritables morceaux entrecoupés d’interludes atmosphériques qui, loin de faire office de remplissage, s’imposent comme des moments-clés du disque.
Ce qui distingue ce groupe, c’est sa capacité à déjouer les codes habituels du post-hardcore et de l’emo. Plutôt que de canaliser la colère ou la frustration, ils privilégient une émotion brute mais lumineuse. Imaginez Thrice dans ses envolées les plus lyriques, ou Muse sans la grandiloquence, le tout infusé d’une structure progressive et d’un jeu instrumental d’une grande finesse, plus proche du math rock et du post-hardcore progressif.
Le groupe a parfois été associé au courant Swancore — une étiquette qui regroupe des groupes proche musicalement de Dance Gavin Dance et le label de leur leader Blue Swan Records, je les rapprocherais de Eidola ou Hail the Sun. Il y a effectivement des similitudes : des guitares complexes, des changements de signature rythmique fréquents, des alternances de chant clair et de cris hardcore. Mais You Win Again Gravity reste plus ancré dans une approche plus sobre et technique, rappelant davantage Corelia que les extravagances du Swancore classique.
Par rapport à Into the Dancing Blue, ce nouvel opus est plus mélancolique et introspectif, avec une influence claire des derniers albums plus mélodiques de The Contortionist. Les interludes, courts morceaux instrumentaux basés sur des arpèges aériens et des textures ambient, servent de respirations et de transitions thématiques. Ils enrichissent l’album au lieu d’en casser le rythme. Il y a des passages plus lourds, des accès de rage, mais l’ensemble reste marqué par une ambiance éthérée et un ton plus sombre, qui évoquent une forme de confrontation intime et d’évolution personnelle, là où l’album précédent était plus lumineux.
Avec ses trente minutes à peine, Don’t Leave Me Here, Pt. 1 est un disque compact mais dense, précis, sincère et émotionnellement très juste. Et avec un titre pareil, on devine déjà qu’une suite est prévue — et je serai clairement au rendez-vous.
You Win Again Gravity
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