On ne chôme décidément pas chez les allemands de Lord of the Lost. Après l’excellent Blood and Glitter paru en 2022, il y a eu une participation à l’eurovision (qui s’est soldée par une cuisante et évidemment injuste dernière place, prouvant s’il le fallait encore qu’il n’y a rien à attendre de cette soi-disant « compétition musicale » même si Voyager ne s’en était pas trop mal sorti la même année) et la sortie d’un bien médiocre album de reprises Weapons of Mass Destruction en 2023, sur lequel on pouvait facilement faire l’impasse sans rien rater d’important. Et moins de 2 ans plus tard, revoilà Lord of the Lost qui annonce la sortie d’une trilogie derrière le titre « Opvs Noir », et qui nous livre déjà le premier volume, paru cet été.
Le titre de cette trilogie l’indique de façon assez directe et claire, de même que l’artwork et les nouveaux costumes des membres du groupe : finies les paillettes et les strass du très queer Blood and Glitter, et bonjour le sombre et le gothique. S’il s’agit d’abord d’un changement esthétique et d’image, on ne pourra que constater que le ton de l’album est à l’avenant avec des compositions globalement plus sombres aux tonalités effectivement bien « goth ». Et la mue est réussie, car les allemands se montrent une fois encore très pertinents, avec une capacité à écrire des tubes qui semble intacte. On démarre dès le grandiloquent « Bazaar Bizarre », presque du Dimmu Borgir sans les rares traces de black metal qui subsistent encore chez les Norvégiens, avec aussi des soupçons d’electronique qu’on retrouvera d’ailleurs distillés un peu partout sur le disque, tandis que le sautillant « My Sanctuary » m’a fait penser à du Nightwish période Wishmaster. On retrouve ensuite Within Temptation et en particulier sa chanteuse Sharon Den Adel qui nous propose un duo à la fois larmoyant mais pour autant plutôt de bonne tenue (même si ma préférence en terme de ballades ira à d’autres titres – cf plus bas), avec Chris Harms, le toujours excellent chanteur de Lord of the Lost, dont la prestation est une fois encore tout à fait remarquable.
Mais c’est après que le disque décolle encore davantage à mon sens avec l’enchaînement de quatre excellents titres : « I Will Die in It » puis « Moonstruck » auquel participent les méconnus (en tout cas chez nous) allemands de Stimmgewalt qui donnent dans l’a-capella aux tonalités dark, et proposent des chœurs opératiques très bien sentis, qui se marient une fois encore parfaitement avec le chant de Harms, lequel se fait d’ailleurs particulièrement agressif sur beaucoup de passages avec en prime un clavier, tout cela donnant à nouveau des airs de Dimmu Borgir grandiloquent à la musique des allemands. Et c’est particulièrement excellent à nouveau et extrêmement accrocheur. Sur « Damage » ce sont ensuite les suédois de Deathstars qui sont invités pour faire parler leur agressivité sur un morceau très dark-indus dansant particulièrement irresistible (quel refrain encore!), tandis que « Ghosts » voit le groupe s’associer à la violoncelliste Tina Guo, et c’est une réussite de plus, le violoncelle est intégré intelligemment sans verser dans le pompeux pénible, et le refrain emporte la mise.
L’album est riche en guests, même si certains sont un peu moins heureux, à l’image de la participation de Feuerschwanz sur le clichesque et un peu trop simpliste « Lords of Fyre » sur lequel le registre vocal du chanteur du groupe de folk metal, m’a personnellement un peu importuné (à l’image de cet atroce cri suraigu qui cloture le titre) mais il s’agit probablement d’une question de goût.
Dans le registre des ballades, deux titres tirent leur épingle du jeu : « The Things We Do for Love » d’abord, avec ses gros riffs de guitare qui sont de la partie régulièrement et ce break brutal qui viennent contrebalancer et apporter du muscle bienvenu à un titre qui marque encore des points grâce à un nouveau refrain qui vous restera en tête après une écoute (de même pour la très réussie partie de guitare qui l’accompagne). « The Sadness in Everything » est également une réussite, et là encore pour une ballade, il s’agit d’une ballade plutôt agressive, avec le concours du groupe de metal symphonique Tales of Time (encore un groupe que je ne connaissais pas personnellement) et de sa manifestement excellente chanteuse qui illumine vraiment le duo avec Chris Harms.
Il n’y a finalement que le titre qui conclut l’album qui m’ennuie quelque peu (sans être mauvais en soi) et viendra tempérer mon enthousiasme pour ces 44 minutes parfaitement calibrées, qui devraient sans mal ravir les fans de Lord of the Lost et qui donnent clairement envie d’entendre la suite de la trilogie, qui est déjà annoncée pour décembre prochain.
Tracklist :
1. Bazaar Bizarre
2. My Sanctuary
3. Light Can Only Shine in the Darkness (feat. Within Temptation)
4. I Will Die in It
5. Moonstruck (feat. Stimmgewalt)
6. Damage (feat. Deathstars)
7. Ghosts (feat. Tina Guo)
8. Lords of Fyre (feat. Feuerschwanz)
9. The Things We Do for Love
10. The Sadness in Everything (feat. Tales of Time)
11. Dreams are Never Alone
Lord of the Lost
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