Pointure hautement estimée du shoegaze, Nothing est le bébé de Domenic « Nicky » Palermo, frontman semblant un peu compliqué étant donné que les musiciens derrière lui changent régulièrement. Ayant récupéré Doyle Martin (guitare) et plus récemment (l’an dernier) Cam Smith (guitare aussi, tous deux évoluant aussi chez Cloakroom), Bobb Bruno (basse – Best Coast) et Zachary Jones (batterie – MSC, Manslaughter 777), c’est donc avec un line-up remanié aux deux tiers que le groupe de Philadelphie vient donner une suite à leur album collaboratif en compagnie de Full Of Hell (When No Birds Sang – 2023) mais surtout à leur excellent The Great Dismal (2020).
Pour a short history of decay, Nothing change d’ailleurs de crèmerie, quittant Relapse pour Run For Cover Records (AFI, Angel Du$t…) et se distingue d’emblée par sa cover du genre plutôt… hideuse (vous l’aurez remarqué). Fort heureusement, son contenu va venir nous apaiser les sens, à commencer par l’introductif « never come never morning », débutant de façon minimaliste avec le chant délicat de Palermo, seulement accompagné d’une guitare sèche. Une ouverture qui va « légèrement » se densifier avec l’arrivée de ses comparses et même de surprenants cuivres dans sa dernière partie, trouvant là une nouvelle manière de faire planer l’auditeur malgré la dureté de ses lyrics (traitant des abus vécus par Palermo de la part de son père).
Une autre surprise (et de taille !), c’est la rythmique drum’n’bass qui accompagne « cannibal world » (premier single présenté il y a quelques mois). Une rythmique sortant des clous qui va finalement de pair avec le voile noisy très My Bloody Valentine de ce morceau distordu mais envoûtant (l’ombre des papas de Loveless planera d’ailleurs encore sur des titres comme « a short history of decay » ou « toothless coal »).
Allant régulièrement dans des zones plus sensibles et éthérées, Nothing plonge davantage dans une mélancolie plus limpide, que ce soit sur des titres où la solitude s’accompagne d’effets orchestraux poignants (« purple strings » où l’on retrouve un violon, un violoncelle et la harpe de l’excellente Mary Lattimore) renforçant la fragilité de l’ensemble, ou encore l’habillage quasi trip-hop de « ballet of the traitor ».
Conservant une aura de tristesse jusqu’à son final « essential tremors » (conclusion faussement « calme »), ce nouvel album montre là un groupe qui, comme s’il égrainait ses souvenirs (les doux comme les tragiques, notamment les problèmes de santé de son leader), lui donnant cette allure de recueil de regrets (entre deux rappels noisy). Bref, ne vous fiez pas à sa cover dégueulasse, la musique de Nothing a rarement été aussi profonde et touchante.
Nothing
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire