Godspeed You! Black Emperor – Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven

Godspeed You! Black Emperor – Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven

jonben
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Auteur
18 septembre 2026
il y a 20 heures
955 vues
Année de sortie
2000
Note
Cet album sorti en 2000 fera du Post-Rock un paysage monumental et narratif: quatre faces, crescendos exigés par tout ce qui les précède, désolation et espoir naïf. Le moment où le genre comprend qu’il peut devenir gigantesque.
Godspeed You! Black Emperor – Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven

J’étais étonné de constater que nous n’avions jamais chroniqué d’album de ce groupe canadien mythique, considéré comme un des précurseurs du Post-Rock. Il faut dire que leurs albums sont sortis avant la création du webzine.

Il faut prévoir un peu de place avec Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven, sorti en 2000, qui reste probablement l’œuvre qui représente le mieux la dimension monumentale que le Post-Rock allait bientôt acquérir.

Du temps aussi car si il n’y a que 4 morceaux, c’est quatre faces entières de vinyle, soit environ une heure vingt-cinq de musique. Des guitares, deux basses, deux batteries, des cordes, des samples, des drones, des bruitages attrapés quelque part dans le monde réel et cette impression permanente que Godspeed You! Black Emperor essaie moins d’enregistrer un album que de construire un paysage entier dans lequel on va devoir vivre pendant quelque temps.

Mais réduire le disque à ses crescendos serait passer à côté de l’essentiel. Godspeed sait faire monter une progression pendant une éternité avant de faire entrer simultanément guitares, cordes et batterie avec une efficacité redoutable. Le début de « Storm » est tellement parfait dans cet exercice qu’une partie du Post-Rock passera les vingt années suivantes à essayer de refaire quelque chose d’approchant.

Il faut s’accrocher parfois, Godspeed expérimente dans tous les sens, des conversations apparaissent sans contexte, des instruments disparaissent, une mélodie ressemblant à une fanfare mourante traverse le paysage, un drone peut occuper plusieurs minutes. La musique semble parfois s’arrêter complètement avant qu’une nouvelle idée n’émerge de ses décombres.

C’est ce qui donne au disque sa dimension narrative alors qu’il ne raconte aucune histoire explicite. Ou l’histoire d’un film Art et Essai qui laissera au spectateur le soin d’imaginer une compréhension. Une route vide, une ville après une catastrophe, une fête foraine abandonnée, une transmission radio reçue trop tard, quelques personnes qui continuent malgré tout à avancer. L’imagerie apocalyptique attachée au groupe est facile à caricaturer, mais elle fonctionne parce que la musique n’est jamais simplement sombre. Derrière toute cette désolation demeure une forme d’espoir presque naïve, et les plus grands crescendos du disque donnent justement l’impression que quelque chose peut encore surgir du chaos.

Chaque montée semble devoir arriver parce que tout ce qui la précédait l’exigeait. La différence paraît subtile, mais elle sépare probablement une bonne partie des grands disques de Post-Rock de leurs imitateurs.

Lift Your Skinny Fists est évidemment excessif. On peut lui reprocher sa durée, son emphase, son sérieux presque total, et il serait difficile d’écouter ce genre de disque tous les jours.

Mais l’excès fait partie du projet. Godspeed ne voulait pas écrire quatre bonnes chansons instrumentales. Le groupe voulait construire quelque chose de plus grand que ses membres, sans chanteur, sans véritable morceau au sens classique et sans avoir besoin de réduire ses idées pour les rendre digestes. Et en 2000, le résultat ressemble au moment précis où le Post-Rock comprend qu’il peut devenir gigantesque.

Genre selon le Chroniqueur

Post Rock

Famille/Genre

Tags Styles

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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