Si j’étais très fan de Protest The Hero sur ses trois premiers albums à la fin des années 2000, j’ai progressivement décroché ensuite.
Kezia et Fortress avaient quelque chose de fascinant à leur sortie : un style unique, complètement hystérique, technique jusqu’à l’absurde mais assez mélodique pour ne jamais devenir un simple exercice. Un chant qui pouvait rappeler le Pop-Punk, collé sur un Thrash/Metalcore complexe à cent à l’heure. Avec le temps la formule s’est un peu répétée, sans que le groupe devienne mauvais, et après quatre albums coup sur coup de 2005 à 2013, ils se sont faits plus discrets. Je me rend compte qu’on n’a même pas chroniqué Palimpsest (2020), qui ne m’a pas vraiment marqué, il n’était pas mauvais sans apporter grand-chose, et je préférais réécouter les premiers albums.
Six ans plus tard, un nouvel album, Within. Premier constat presque arithmétique : c’est court. 36 minutes, 8 titres dont deux interludes d’à peine une minute, orchestrations façon musique de film qui servent surtout à ne pas dire que c’est un EP de six morceaux. Après une attente pareille, ça donne un sentiment de rationnement.
Heureusement, le single « Mouthpiece » rassure tout de suite. C’est du Protest The Hero dans toute sa superbe : riffs qui changent de direction en permanence, batterie hyperactive, mélodies immédiatement mémorisables, chœurs collectifs, accélérations punk, et Rody Walker qui virevolte au-dessus avec cette façon absolument reconnaissable de construire ses lignes. Un morceau qui pourrait servir de résumé du groupe à lui seul.
Within ne refait pas Fortress vingt ans plus tard. C’est plus sec, plus compact, plus Punk. « Fishhook » ou « The Orchard » rappellent bien davantage Propagandhi que le Metal Progressif de catalogue, et ce n’est pas un hasard. Autre groupe canadien, autre formation partie du Punk (meme esprit skate et politisé) pour finir par écrire des morceaux que plus personne n’oserait ranger dans une case trois-accords. Le Punk s’est construit contre le Prog : contre la démonstration, contre les mesures impaires, contre l’idée même que la virtuosité soit une valeur. Propagandhi a passé trente ans à trahir ça de l’intérieur, sans lâcher ni le discours ni l’urgence. Protest The Hero arrive de l’autre versant : le Metal technique avec un esprit Punk. Les deux se rencontrent au milieu.
« Grandfather’s Axe » mélange riffs Thrash, rythmiques biscornues et excentricités vocales, presque Faith No More ou At the Drive-In passés à la moulinette PTH. Et quand ils décident de faire du Prog Metal, comme sur « The Mariner », il reste peu de monde capable d’enchaîner autant d’idées avec cette fluidité. C’est toujours ça qui impressionne : la quantité de musique dans quelques minutes. Plus de riffs dans un morceau que sur certains albums entiers. Sauf qu’ils ont maintenant l’expérience pour que ça ne ressemble plus à du remplissage technique.
La bonne nouvelle, c’est surtout Rody. Les problèmes de cordes avaient laissé des traces ; le timbre sur Palimpsest me paraissait parfois altéré. Ici, plus ça. Les aigus sont de retour. Sur « Liberty Spike », il passe d’un registre intimiste à des passages beaucoup plus agressifs avant un final particulièrement efficace. Ses mélodies restent l’arme secrète du groupe : au milieu du chaos instrumental, il trouve des refrains qui restent.
Les musiciens sont toujours monstrueux, Rody a retrouvé ses moyens, les morceaux sont denses sans être longs pour rien, et le groupe évolue encore au lieu de recycler 2008, en bref un très bon retour. Pourtant je reste légèrement sur ma faim. Peut-être parce que, après six ans, ça fait quand même peu.
Protest The Hero
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