A snake of june de Shinya Tsukamoto

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Annee de sortie: 2010

Shinya Tsukamoto n’est pas homme à se limiter à un genre et il s’attaque donc ici à l’érotisme. Cependant, là où certains se contentent de satisfaire un quota de femmes nues et de scènes de sexe simulés, A snake of june prend la forme d’ un tryptique au cours du quel les pulsions de trois personnages vont se révéler au travers des désirs refoulés par la société japonaise.
Rinko Tatsumi (Asuka Kurosawa), jeune conseillère dans un centre d’appel, aide des inconnus à trouver le courage de vivre et de dépasser leurs peurs. Marié à Shigehiko Tatsumi (Yuji Kohtari), obsédé par la propreté, et apparemment plus âgé qu’elle, ses désirs sont réprimés par une vie de couple dénuées de sexualité et de sensualité (la révulsion de Shigehiko pour la propreté ou les odeurs en sont des manifestations) mais vont être révélés par Iguchi (Shinya Tsukamoto) au moyen d’un chantage.
Ce mystérieux voyeur soumet des clichés intimes à Rinko pour la forcer à « révéler ses propres désirs ». Contrainte, pour que ne soit pas révélé ses plaisirs secrets, elle va rentrer dans le jeu au prix de sa fierté et de sa peur du regard et du jugement des autres. Il est alors important de préciser que la honte des femmes peut-être très prisée et fait l’objet de films érotiques au Japon. Etrange et même douloureuse, cette épreuve peut donc être percue comme une scène érotique pour un public japonais.
Toutefois, à l’issu de cette épreuve, Rinko va progressivement devenir maîtresse du jeu auquel elle a été contrainte et s’affirmer comme femme. La deuxième partie du film peut donc commencer pour se focaliser sur le personnage de Shigehiko. A snake of june devient alors le théâtre de l’évolution du rapport entre les sexes au sein de la société japonaise. Contraint à des horaires de travail et à un régime d’entreprise épuisant, les hommes ne dominent plus autant les femmes qui s’affirment sexuellement beaucoup plus qu’eux. Le couple va donc progresser pour s’épanouir au sein de cette nouvelle relation dans laquelle Iguchi jouera le rôle d’electrochoc.
Visuellement proche de Bullet ballet par le choix d’un étrange bleu, noir et blanc, Tsukamoto retourne aussi, l’espace de la première scène dans le grand magasin, au style nerveux qui caractérise ce film. Cependant, à l’opposé de la noirceur de Bullet ballet, le mélange de lumière bleu et gris qui recouvre la pellicule pendant toute la durée du film permet de saisir l’intensité de l’évolution du personnage de Rinko. La scène de strip tease sous la pluie avant le dernier quart d’heure de film en est même un des moments les plus intenses où la jeune femme exprime, par un érotisme catharsique, toute la douleur et le désir qu’elle a réprimée jusqu’alors. En conséquence, le personnage de Shigehiko paraitrait presque terne si son évolution parallèle, mise en image par des scènes oniriques (évoquant Brazil) comme celle que l’on aperçoit sur la couverture.
En dépit d’une histoire complexe contée de manière parfois chaotique, la puissance d’A snake of june triomphe grâce au talent de réalisateur et de photographe de Tsukamoto et l’interprétation de son actrice principale. Encore une fois, l’originalité de Tsukamoto dans un genre aussi stéréotypé que l’érotisme, s’exprime dans une histoire complexe où sont à la fois retranscrit le malaise de la société japonaise et les difficultés d’un couple à exprimer leurs désirs.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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