Amour

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Annee de sortie: 2012

On ne va pas voir un film de Michael Haneke pour passer un bon moment. Du Septième continent à Amour, en passant par La pianiste : l’œuvre du réalisateur autrichien est radicale, dérangeante. À l’opposé de l’esthétisation flamboyante d’un Tarantino, Haneke aborde la violence physique et psychologique de façon austère et clinique. En ne montrant généralement pas l’horreur, ses épures assumées laissent le spectateur face à son imaginaire, à la fois libre, mais également contraint de ressentir la violence telle qu’elle est : insoutenable et extrême.

Amour ne déroge pas à la règle. Le film est dur, cruel. Mais pour la première fois, au-delà de la vision féroce et distanciée caractéristique du réalisateur autrichien, on sent également percer la sensibilité et l’empathie. Les acteurs ne sont sans doute pas étrangers à cela. Haneke admet d’ailleurs lui-même qu’il n’aurait pu faire ce film avec personne d’autre que Jean-Louis Trintignant. Mais plus encore, c’est le vécu personnel du cinéaste qui transperce à travers cette vision plus apaisée. Il confie d’ailleurs que l’idée de réaliser Amour lui est venue après des évènements familiaux personnels.

Dans ce huis-clos mettant en scène un mari âgé devant faire face à la lente souffrance et décrépitude de son épouse, Haneke ne se contente plus de filmer, mais prend réellement le temps de regarder évoluer ses acteurs : les longs plans fixes, les plans-séquences et les superbes champs/contrechamps symbolisent ce regard empli de respect que pose le réalisateur sur les deux protagonistes. Une vision qui n’en reste pas moins acérée, mais qui capte cependant également l’humain dans ce qu’il a de plus beau pour faire face à ce qu’il y a de plus fragile, filmant l’amour confronté à la vie qui s’échappe et s’amenuise. Dans cette bataille, l’Art donne provisoirement un sens à ce qu’il reste à vivre, tandis que la parole s’érige en ultime lien entre le mari et son épouse qui se meurt.

Formellement sobre et retenu, Amour est également d’une grande beauté picturale, sobre et austère. Par le propos, par la forme, le Cris et chuchotements de Bergman n’est jamais bien loin. Mais à l’inverse du réalisateur suédois, Haneke se refuse cependant à adopter une quelconque posture spirituelle, se contentant d’images, de mots, d’une histoire elle-même suffisamment forte pour s’auto-suffire. Refusant tout pathos et réduisant au possible la manipulation émotive du spectateur, Amour n’en reste pas moins d’une puissance évocatrice remarquable, usant habilement des hors-champs propres à Haneke qui laissent le spectateur dans un espace imaginaire dont il ne peut s’extraire. Utilisée uniquement en situation et avec une parcimonie qui souligne le rejet des mécanismes sentimentaux habituels, la musique n’en reste pas moins d’une importance capitale, à la fois vecteur du souvenir et vaine tentative pour s’extirper du silence de la mort.

Précis, juste, regorgeant d’une éclatante simplicité qui dévoile toute sa puissance, Amour est sûrement l’une des plus belles réussites de Michael Haneke. En abandonnant ses implacables démonstrations passées pour se muer en observateur de son propre cinéma, le réalisateur autrichien élargit son propos tout en conservant son habituelle puissance dérangeante. Et remporte une deuxième Palme d’or méritée.

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Commentaire

  1. Ennoia says:

    C’est intéressant que tu mentionnes la manière particulière d’Haneke pour évoquer la violence. Ce mélange entre pudeur, retenue et froideur clinique rend un ressenti à la fois intime et voyeuriste qui est particulièrement déroutant dans « Funny Games ». On accroche ou on accroche pas mais en tout cas ça ne laisse pas insensible.

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