Un peu comme Angine de Poitrine, Polyphia connait une énorme popularité alors que sa musique instrumentale est assez complexe à assimiler. En quatre albums, le quartet mené par le guitariste virtuose Tim Henson aura cherché à diversifier au maximum son approche du metal progressif instrumental en y ajoutant énormément d’éléments plus modernes, electro et trap notamment. Pour ce Be Not Afraid (sonnant comme un avertissement), le groupe aura quelque peu revu sa manière de composer…
En effet, partagé entre Miami, Los Angeles et Dallas, le groupe aura travaillé beaucoup plus à l’instinct, Henson chantant la majorité des mélodies avant de les traduire à la guitare. Laissant libre court à leur créativité, les quatre musiciens intègreront énormément de nouveautés à leur musique, à commencer par… des voix. Ainsi « With Eyes To See » calera une voix féminine samplée un peu à la manière de r’n’b des 90’s (voire de dance de la même époque), celle-ci (souvent déformée) viendra enrichir la lourde mais complexe rythmique de ce titre. Il en sera de même sur « Can You Feel It » ou bien « Power In The Blood » où l’on a le sentiment d’entendre un titre taillé pour le dancefloor perturbé par des riffs progressifs (allant même vers le saturé sur la fin).
Certains titres privilégient même l’aspect electro aux beats déments (« Mark Of The Beast » ou « J-Bomb » où l’on passe d’un sentiment trap à quelque chose de plus sautillant), mais c’est davantage vers un parti pris expérimental que tend ce Be Not Afraid. Plus haché et beaucoup moins lisible que pouvaient l’être ses prédécesseurs, ce nouvel album multiplie les chemins de traverse au point d’égarer l’auditeur en chemin devant tant de bifurcations inattendues et d’effets de production un peu trop appuyés (les basses donnant fatalement la migraine).
Ce qui est assez regrettable car le niveau technique des guitaristes est une fois de plus impressionnant, mais noyé dans cette masse bouillonnante de beats et voix trafiquées, donne l’impression d’un groupe ayant voulu en faire trop (ah ça, on dira bien qu’ils sont uniques en leur genre !). Quelques moments intéressants surnagent tout de même (le plus doux « They Know Not What They Do » par exemple) mais comme son titre nous avait prévenus: vous êtes bien en droit d’avoir peur…
Polyphia
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