Je ne sais pas pour vous, mais, en ce qui me concerne, le dernier album de Slift s’est révélé être une véritable déception après les immenses claques qu’avaient constituées les deux précédents. C’est d’abord sur le plan vocal que les Toulousains m’ont semblé rater la cible avec Fantasia. Le chant y est souvent éprouvant à écouter, au point de devenir parfois gênant, tant certaines approximations viennent gâcher le plaisir et détourner l’attention de qualités instrumentales pourtant indéniables.
Heureusement, il y a Travo. Le groupe portugais qui propose avec Wasteland son 4ème album (comme Slift), évolue clairement dans un registre voisin, avec son lot de guitares saturées de fuzz et d’envolées psychédéliques, mais livre avec Wasteland un album bien plus jubilatoire et immédiatement accrocheur que ce qu’a proposé Slift cette même année. La réussite tient notamment à la capacité de Travo à privilégier l’efficacité, avec des compositions relativement courtes qui vont droit au but. Dans cette recherche de concision et d’impact, qui semblait d’ailleurs également animer Slift sur son dernier opus, l’élève paraît cette fois avoir dépassé le maître.
La démonstration est éclatante dès « Decipher », dont le refrain explosif a tout du piège à auditeur : imparable, euphorisant, impossible à oublier après une seule écoute.
Même vocalement, les Portugais se montrent plus mesurés. Le chant oscille lui aussi entre passages rageurs et lignes plus aérées, notamment sur « Way Down », mais sans jamais tomber dans l’excès. Le résultat reste parfaitement intégré à cette esthétique heavy psych moderne popularisée par des groupes comme Slift, tout en conservant une lisibilité bienvenue.
Lorsque Travo choisit ponctuellement de ralentir le tempo pour installer une ambiance plus spatiale, comme sur « Silenced Soul », le groupe a au moins la bonne idée de ne pas s’y éterniser. En à peine deux minutes trente, l’atmosphère est posée avant que « Sleeper » ne relance immédiatement la machine. Plus porté sur le groove et les développements instrumentaux, ce morceau laisse davantage de place aux solos de guitare et à une approche presque jam, ce qui en fait paradoxalement le titre qui me convainc le moins.
Le morceau-titre qui suit retrouve en revanche toute l’efficacité qui fait le sel de l’album. Direct, musclé et sans esbroufe, il évite l’écueil de la démonstration guitaristique permanente et offre à Gonçalo une nouvelle occasion de laisser éclater toute sa rage derrière le micro. Après 39 minutes et un « Rapture » instrumental mais ô combien jouissif, plein de groove et de riffs en acier trempé, c’en est terminé de la leçon Wasteland.
On pourrait reprocher à Travo une musique excessivement référencée, voire un certain manque de personnalité. La critique ne serait d’ailleurs pas totalement infondée (même si on rappellera quand même que Travo est apparu sur la scène quasiment en même temps que nos français). Quoi qu’il en soit, lorsque l’exécution atteint un tel niveau de maîtrise et de plaisir immédiat, difficile de faire la fine bouche. Surtout après la déconvenue du dernier Slift (comment ça j’insiste lourdement ?)…
Tracklist :
01 – Burial
02 – Decipher
03 – Silenced Soul
04 – Sleeper
05 – Way Down
06 – Wasteland
07 – Rapture
Travo
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il y a 1 jourJ’adore le dernier Slift et ses lignes de chant bancales
Louiz' Mitch
il y a 1 jourNe connaissant pas Slift je ne peux comparer mais sur le titre en écoute, c’est quand même surtout Killing Joke qui me saute aux oreilles. Le chant c’est du Jaz Coleman (en moins possédé) et la rythmique ne dépareillerait pas non plus sur la zik de KJ. C’est sympa, j’approfondirai peut-être.
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