Slift – Ilion

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Style: Space Metal Psychédélique et JouissifAnnee de sortie: 2024Label: Sub Pop

Il en fallait du cran pour s’attaquer à la suite d’un deuxième album de la trempe de leur deuxième album, à savoir le monumental Ummon. L’album de la consécration qui a clairement fait exploser nos toulousains de Slift, à force de concerts dantesques, autant de confirmations de leur classe et de leur talent conjugués pour en arriver même à une signature sur le label Sub Pop (excusez du peu) en vue de la sortie de leur très attendu troisième album, Ilion.

Et bonne nouvelle avec son nouvel album, loin de nous faire mariner d’entrée, le trio nous régale au contraire dès son ouverture, colossale, avec le morceau titre qui nous saute (quasi) immédiatement à la gueule. Ces riffs, cette batterie, ce son énorme et spatial à la fois… mazette, ils l’ont (re)fait!!

Ilion marche en effet dans les traces de son grand-frère en le regardant droit dans les yeux et en le toisant comme pour lui dire : tu étais fort, tu étais grand, je serai moi aussi fort et encore plus grand. Car oui, non seulement Slift transforment brillamment l’essai de leur précédent album, mais se permettent-ils aussi de le surpasser avec un Ilion tout aussi grandiose, rempli jusqu’à la gueule une fois de plus, mais plus direct aussi, encore mieux en place sur ses appuis pourrait-on dire en osant une analogie sportive.

Il y a toujours des longueurs chez Slift, on reste un groupe psychédélique dans l’approche, qui aime se laisser aller à des jams cosmiques qui pourront toujours en rebuter certains. J’étais d’ailleurs de ceux-là sur Ummon, mais j’ai tendance à constater que ces passages un peu longuets, s’ils existent encore (avec deux morceaux qui dépassent les 12 minutes notamment) sont mieux « dilués » et incorporés dans la masse d’Ilion, qu’ils l’étaient sur Ummon. Et j’ai le sentiment que le groupe met aussi davantage l’accent sur des passages plus accrocheurs et, malgré des titres très longs, part moins dans des délires parfois interminables reposant sur pas grand chose comme c’était par exemple le cas sur « It’s Coming », « Dark Was Space, Cold Were the Stars » ou en se laissant aller à des solos psyché parfois un peu lourdingues (celui de « Thousand Helmets of Gold » par exemple me gachait souvent le plaisir de l’écoute de ce titre). Il reste honnêtement difficile de s’enfiler l’album en une seule fois (parce que 78 minutes au compteur, on fait toujours dans l’étouffe chrétien chez Slift, même si les presque 5 minutes de « Enter the Loop » sont plus à considérer comme une outro bruitiste/drone un peu inutile et qu’on zappera volontiers) mais cette folie des grandeurs me semble mieux canalisée et j’ai beaucoup moins trouvé qu’il y avait des passages dispensables que j’aurais souhaité voir disparaître du disque. Certes on aime toujours s’étendre, se répandre même parfois chez Slift, mais on ne le fait plus en vain, et on garde toujours la préoccupation première de servir des compositions gargantuesques et puissantes (ce qui ne m’empêcherait pas de signer tout de suite pour les voir nous proposer la prochaine fois un album avec 10 tubes de 4 minutes maxi chacun!).

On a même droit, sans que cela passe pour une quelconque incongruité tant cela semble au contraire faire pleinement sens, à la participation active d’un saxophone inaugurée sur un « Confluence » qui vient un peu calmer le jeu et insuffler, au moins le temps de son introduction (avant que la batterie recommence à virevolter et sautiller en tous sens), une sorte de respiration instrumentale astucieuse. Mais l’opéra cosmique reprend vite ses droits, avec un « Weaver’s Weft » qui prend son temps pour installer sa délicieuse ambiance avant se sortir les crocs à nouveau.

Avec « Uruk », 9min15 très majoritairement instrumentales, on calme bien le jeu sur le début du titre, pour mieux accélerer et alourdir le propos en cours de morceau, avec même cette petite mélodie de guitare presque Mastodonienne qui revient plusieurs fois avant que le titre se métamorphose encore et nous emmène toujours plus haut! C’est beau, c’est fort, c’est puissant et ça troue le cul. Le dernier « vrai » titre est encore plus long puisque « the Story that Has Never Been told » dure plus de 12 minutes, et il permet de mesurer à nouveau combien Slift, loin d’être un combo frondeur bas du front, aime jouer avec les atmosphères et qu’il le fait bien même si pour chipoter je dirais quand même que je trouve la fin du titre pas assez puissante pour bien incarner un point final à un album aussi magnifique qu’Ilion (surtout en comparaison du monstrueux « Lions, Tigers and Bears » qui clôturait magnifiquement Ummon, malgré quelques longueurs encore une fois et une fin dronesque déjà). Mais c’est juste pour dire un peu de mal, parce que j’ai déjà dit trop de bien.

Et au fait, on n’a pas parlé du chant, il est toujours aussi singulier et constitue une part non négligeable de l’identité et de la signature sonore de Slift, même si en chipotant un peu, on pourrait déplorer un certain accent franchouillard encore un peu trop présent (et sinon, chanter en français on y pense ?), qui mériterait un peu plus de travail d’autant qu’il s’entend d’autant plus sur Ilion, qu’il est un peu plus en avant dans le mix que sur Ummon. Mais cela donne aussi un certain cachet aux vocaux des frangins Fossat, tellement ils sont forts ces toulousains.

Pour revenir aux comparaisons avec Ummon, il est un point sur lequel ce Ilion n’avait aucune chance de faire mieux et c’est évidemment au niveau de la pochette. Celle d’Ilion reste bien dans l’esprit Slift et colle bien au contenu, mais comme on disait il y a quelques années « elle ne peut pas test » face à celle de son aîné.

Bref il est temps de synthétiser (on a aussi bien jammé dans cette chronique non ?) : ça s’appelle Ilion, c’est déjà un album majeur de l’année 2024 qui débute à peine, et ça sort demain chez Sub Pop.

Tracklist :
01 – Ilion
02 – Nimh
03 – The Words That Have Never Been Heard
04 – Confluence
05 – Weavers’ Weft
06 – Uruk
07 – The Story That Has Never Been Told
08 – Enter the Loop

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 1167 articles sur Eklektik.

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Commentaire

  1. EricTR says:

    Très bon disque

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