Phlebotomized – Immense Intense Suspense

4 Commentaires      1 341
Style: death metal symphoniqueAnnee de sortie: 1994

Phlebotomized fait parti de ces groupes passés à la trappe, un parmi tant d’autres des grands oubliés de l’histoire du death metal me direz-vous et pourtant…
Il n’était pas gagné que la musique que propose le groupe sur Immense Intense Suspense ait cet aspect; car les hollandais avaient débuté leur carrière par quelque chose d’autrement plus vile et classique, plus tôt le groupe s’appelait Bacterial Disease et mangeait aux rateliers de Carcass ou Napalm Death, ça met dans le bain. Après ils sont passés au miel, bon il faut aimer, mais la singularité du disque pousse à en discuter.

Il n’empêche que le tournant pris sur le, déjà, magnifique EP Preach Eternal Gospels (que je recommande chaudement) de 1993 démontrait avec une certaine classe tout ce dont les bataves étaient capables, les mélodies étaient palpables,l’application progressive beaucoup plus en vue et l’addition de cordes donnaient au groupe l’occasion de tester de nouvelles directions.
C’est donc avec un certain recul que ce premier véritable album fut enregistré et que sa parution en 1994 allait sceller un nouveau destin pour le combo.

Immense Intense Suspense surprend à tous les étages,sa consistance death métallique est bien réelle et cependant l’on ne saurait s’arrêter à cataloguer aussi facilement le groupe qui joue ,sur plusieurs plans,à éviter les schémas trop vite assimilables.
L’assemblage complexe donne lieu à de vives incartades dans des registres aussi proches du doom que du thrash et on passe avec une facilité assez déconcertante d’envolées oniriques à des phases beaucoup plus obscures et sclérosées.
L’application avec laquelle les musiciens pratiquent leurs hymnes symphonisés propulsant soli et envolées théâtrales dans des sphères immatérielles et kitsch a tout de la patte arachnéenne et nous rappellent que bien avant Haggard ou Opeth certains exégètes jouaient déjà avec les limites du genre.

 

Le résultat ? Un opus brillant par ses prises de risque, parcouru par le son du violon de Maarten Post,du son des grattes sèches subtilement agencées tout du long pour saisir des moments mélodiques forts et aussi des intonations de voix d’un Dennis Geestman oscillant entre un growl caverneux et une voix pleine pour rendre toute la dimension de l’éventail des directions que Phlebotomized s’autorise, on n’est pas loin de la claque d’un Crimson de qui vous savez dans le fond, le côté progressif des morceaux y étant pour beaucoup, avec,et cela n’est pas spécialement pour me réjouir, un clavier omniprésent tenu par un Ben Quak inspiré. Iil faut cependant avouer que l’arpenteur du damier et aussi un des membres fondateurs du groupe accompagne avec un certain brio la charge de ses camarades, érodant la cabale que ses collègues Van Der Zee, Tom Palms et Lawrence Payne véritables têtes pensantes du combo,derrière les fûts,expriment sans faiblir,passant titres après titres les ambiances en revue et le catalogue est loin d’être restrictif au niveau du choix,il n’y a qu’à écouter « Dubbed Forswearer » pour se rendre compte de la portée de leur inspiration,touffue,alternant avec style la véhémence au calme salutaire surtout quand vient pointer derrière ça « In search of tranquility » petite escapade atmosphérique des plus abouties..

Véritable vivier acoustique, le sextet n’oublie pas de délivrer un message au travers des 9 titres du disque qui tournent essentiellement autour de la résiliation du dogme chrétien et ses incohérences,de la nature technocratique des religions et de la recherche de soi à travers l’athéisme, chemins que le death metal a parcouru depuis son alpha en long et en large mais qui donne une certaine dimension à cet album, loin du simple clivage mortuaire.
Juste qu’Immense intense souffre un peu plus du poids des années quand on l’écoute aujourd’hui, mais les vieilles oreilles qui trainent en ces lieux sauront faire fi des à priori.

Au final avec ce premier album Phlebotomized frappe un énorme coup, avant gardiste et maîtrisé d’une main de maître,à la fois classique et aventureux,il ravira tous les amateurs de death mélodique symphonique à coup sûr.
Après 13 ans d’ombre,il serait peut être temps que le disque retrouve la lumière …

 

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4 Commentaires

  1. krakoukass Krakoukass says:

    J’ai écouté, et je ne suis pas loin de penser que c’est excellent en effet. Par contre le skeud est visiblement devenu complètement introuvable…

  2. guim says:

    Sur leur myspace ils écoulent les disuqes au compte goutte.Sinon dans le commerce c’est de l’occase (si on trouve),je ne pense pas que le disque ait été réédité depuis 95.

  3. Arnaud says:

    Merci pour la découverte. Très bonne initiative de mettre en valeur des albums, de qualité, qui sont passés inaperçu à l’époque de leur sortie.
    Cela semble bien bon en plus.

  4. guim says:

    On remercie la ligne éditoriale du zine héhé.

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