Comptant parmi les secrets les mieux gardés de la scène nippone, voici Kokeshi, mystérieux groupe issu de l’underground tokyoïte que le label Moment Of Collapse Records (Closet Witch, Oracle Hands) est allé nous dénicher pour ressortir par chez nous leur discographie. Un EP et un album au son très cru mêlant éléments provenant du hardcore, du black metal ou encore de différentes scènes en « post » dans lesquels les japonais ajoutent une atmosphère d’épouvante notamment via des vocaux féminins fantomatiques.

Sorti en 2020 chez Tokyo Jupiter Records (Amenra, Suffocate For Fuck Sake…), Doukei installait alors les prémices de leur identité qui viendra encore plus s’enflammer et s’étendre sur leur album suivant. Ce premier EP nous introduit donc à l’univers très torturé des japonais, les impressionnants vocaux de Nana faisant notamment un grand écart permanent entre râles gras et cris stridents possédés (entrecoupés de spoken words inquiétants) tandis que, musicalement on nage entre tension et atmosphères parfois plus posées (en apparence).
Car chacun de ces cinq titres (plus une intro) est une alternance de gras groovy (on a droit à quelques breakdowns), de furie bien secouée et de fragilité sous-jacente, un peu comme si Swarrrm et Dir En Grey rencontraient Deafheaven. La vocaliste confère à ces débuts une aura dérangée en plus de l’ambiance bien lugubre qui en découle. Bref, loin du blackgaze passe-partout qu’on aurait pu anticiper.
Trois ans plus tard, Kokeshi est revenu avec un premier long-format intitulé Reikoku, soient neuf titres tout aussi torturés et intenses que leurs débuts. Le quartet poursuit sa route dans cette singulière mixture de poésie (les spoken words ayant à nouveau une place importante) et de folie furieuse.
Les champs apparaissent une nouvelle fois très ouverts car les moments éthérés explosent en vol dans les blasts-beats tandis que les vocaux sont toujours déments, Nana modulant sa voix dans un étonnant panel allant du plus strident au plus rauque en un éclair, installant à nouveau ce climat anxiogène si spécial.
Naviguant musicalement entre violence sonique et accalmies soudaines aux couleurs post-rock, Kokeshi va toujours où il veut et semble même insaisissable tant les directions sont nombreuses. De secousses parfaites pour le headbang à des breaks ou des atmosphères proche du screamo, le grain de folie est en action de manière permanente chez eux, ce qui rend l’écoute complète de cet album très dynamique malgré l’étendue des infos qui y figurent.
Bref, du blackened hardcore qui ne fait rien comme les autres, foisonnant et vous attaquant de tous les côtés. Une double-réédition pour sacrée découverte !
Kokeshi
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