All Them Witches faisait partie de ces groupes que je connaissais suffisamment pour savoir à peu près où les ranger, mais pas assez pour attendre fébrilement chaque nouvelle sortie. Du Stoner Rock, du Blues psychédélique, quelques morceaux croisés ici ou là, une réputation largement méritée, mais jamais vraiment le déclic qui pousse à creuser une discographie entière. Et puis House of Mirrors est arrivé, presque sans attentes particulières, et m’a complètement embarqué.
Il faut déjà oublier un peu l’étiquette Stoner, devenue tellement large qu’elle ne dit plus grand-chose. House of Mirrors fait plutôt se rencontrer le Blues Rock sombre et habité de The Doors, la lourdeur sabbathienne du Stoner façon Kyuss, le groove terreux de Clutch et les envolées psychédéliques de Pink Floyd. Le résultat reste pourtant parfaitement cohérent : un Blues Rock psychédélique organique, parfois lourd, parfois presque aérien, avec ce parfum d’Americana sombre qui donne au disque une personnalité immédiatement reconnaissable. La production est chaude, profonde, très vivante : on entend les instruments respirer et surtout jouer les uns avec les autres. Il y a de la fuzz, des riffs épais, des tempos qui savent prendre leur temps et un goût évident pour les sonorités héritées des années 70, y compris dans l’utilisation des guitares acoustiques.
Dès « Red Rocking Chair », le ton est donné avec une lourdeur presque cérémonielle. Mais l’une des grandes qualités de House of Mirrors est justement de ne pas se perdre dans de longues jams psychédéliques. Les morceaux restent étonnamment resserrés, développent leurs idées juste assez longtemps et passent naturellement d’une ambiance à l’autre.
« Culling Line » résume bien cet équilibre : la tension s’installe progressivement, les guitares prennent de l’ampleur et tout finit par décoller sans qu’on puisse vraiment déterminer à quel moment le morceau a basculé. À l’inverse, « Aethernet » revient vers quelque chose de beaucoup plus terrien et Blues, tandis que « Hold Up, Say What? » secoue l’ensemble avec un morceau plus nerveux et imprévisible. L’album possède une vraie cohérence sonore sans jamais donner l’impression de répéter dix fois la même chanson. All Them Witches peut passer du Blues au Hard Rock, du Heavy Psych à des passages progressifs sans avoir besoin de souligner chaque changement de direction.
Le chant participe beaucoup à cette sensation. Cette voix grave, légèrement nonchalante, parfois presque distante, s’intègre parfaitement à une musique qui préfère installer une ambiance plutôt que chercher constamment le moment spectaculaire. Même chose pour les guitares : il y a de très belles parties et des solos, mais au service des morceaux. Les amateurs de longue date trouveront peut-être House of Mirrors plus cadré et plus direct que certains travaux précédents. N’ayant justement pas suivi le groupe d’assez près pour avoir ce genre d’attentes, c’est probablement aussi ce qui m’a permis d’entrer aussi facilement dans l’album. Rien n’y semble simplifié pour autant : les compositions restent riches, les arrangements fourmillent de détails et plusieurs écoutes révèlent progressivement tout ce qui se cache derrière des morceaux pourtant immédiatement accessibles.
House of Mirrors ne réinvente finalement ni le Blues Rock, ni le Heavy Psych, ni le Stoner. Il rappelle simplement qu’avec suffisamment de personnalité, de maîtrise du son et surtout de bonnes chansons, il reste énormément de choses à faire avec ces ingrédients. Et le meilleur compliment que je puisse faire à cet album est probablement celui-ci : je l’ai lancé sans être particulièrement attaché à All Them Witches, et je l’ai terminé avec l’envie d’aller écouter tout ce que j’avais raté. Et surtout, j’essayerai de les voir en concert si j’en ai l’occasion, c’est surement là que cette musique se révèle le plus.
All Them Witches
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