Première chronique de Protomartyr sur le zine, il faut croire qu’aucun des 6 albums du groupe de Detroit, qui fêtera bientôt ses 20 ans d’existence, ne nous aura jamais suffisamment tapé dans l’oreille pour qu’on prenne le temps d’écrire quelques lignes à leur sujet.
Mais c’était avant cet incroyable 7ème album, Hotel Usona, un album absolument saisissant à la classe folle. Derrière le titre de l’album et l’image de l’hotel utilisée par le groupe dans le titre (jusque dans le nom USonA), le groupe nous invite à visiter 9 chambres d’un vieil hôtel fatigué (comprendre les US illustés notamment par cette photo jaunie du pygarque, symbole de la gloire passée -et bien passée- de l’Amérique), qui représentent autant de pans de la très malade société américaine. Joe Casey, conteur en chef de la troupe (dont le timbre pourra évoquer entre autres références Nick Cave ou le chanteur de The Drones) s’étale ainsi dans des diatribes très politiques, sur l’IA (“Feed the Sewer”), la déportation et les affres d’ICE (“Third Country”), le patriotisme aveugle dégénérant en suprémacisme nationaliste (“Exalted Eagles”), la violence (“The Knife Dream”), jusqu’à même dédier un titre au vice-trou du cul JD Vance (“Converts”)…
Le post-punk de Protomartyr, rendu déjà si particulier du fait du chant de Joe Casey, est ici transfiguré par l’utilisation quasiment systématique de cuivres (signés Jon Fridman fils de Dave Fridmann, un temps membre de Mercury Rev et producteur notamment de cet Hotel Usona) qui viennent apporter un cachet supplémentaire à la musique des américains et disons-le également, une sacrée classe également.
Il en résulte un album noir qui distille à merveille une tension latente (à son paroxysme sur « Checking Out ») et un regard pessimiste (comment ne pas l’être…) face au fascisme rampant et aux politiques iniques de dirigeants corrompus et de plus en plus atteints de folie et d’absence totale d’humanité…
Une musique cynique, sombre, mais tellement belle et tout simplement essentielle en ces temps si troubles, ne serait-ce que pour continuer à s’indigner. A ranger pas loin des albums de Chat Pile ou Crippling Alcoholism, , ses compatriotes avec qui Protomartyr partage ce regard désabusé sur une société américaine exsangue qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la fange, sans qu’on décèle pour le moment la moindre étincelle d’espoir de la voir revenir sur les rails de la raison…
Tracklist :
01 – The Old Hotel
02 – Sounds We Cannot Hear
03 – Converts
04 – Exalted Eagles
05 – The Knife Dream
06 – Feed the Sewer
07 – Lavender – Gospel
08 – Third Country
09 – Checking Out
Protomartyr
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