Après avoir marqué par surprise l’année 2024 avec son With Love From A Padded Room, les bostoniens de Crippling Alcoholism n’auront attendu qu’un an à peine pour en livrer une suite. Signé sur le label de Portrayal Of Guilt (qui porte donc le même nom du groupe, vous l’aurez sûrement remarqué), le groupe mené par la toujours surprenante voix de son leader Tony Castrati (ou Castrato, les deux noms sont mentionnés), toujours aussi bas (bien loin de la furie de Needle Play ou Nursing, groupes de mathcore où il officie également) vient prolonger l’esprit décrit par mon collègue Krakou dans sa chronique de ce second opus, mais avec beaucoup plus de sensualité.
Toujours à cheval entre gueule de bois cradingue et désespoir profond, le groupe vient pendant ces longues 64 minutes ajouter beaucoup de mélodies étonnamment lumineuses à sa tambouille pourtant si glauque dans ce Camgirl. Le groupe trouve en effet là un nouveau pouvoir d’accroche notamment grâce à la participation sur de nombreux titres de Luxury Skin (projet newyorkais entre goth et avant-garde), qui s’intègre assez facilement à l’univers de Crippling Alcoholism. Ainsi la chanteuse vient contrebalancer à de nombreuses reprises (notons aussi celles de Latter et d’Ameokama) les vocaux situés quelque part entre Peter Steele (Type O Negative) et Tom Waits.
Des mélodies plus prononcées, parfois venant à se fredonner tant ces dernières sont catchy (« Mr. Sentimental », « LADIES’NIGHT »ou bien l’énorme « I Have a Key to Your House » qui envoie une atmosphère très Type O dans l’âme sous une énergie post-punk), une optique plus facile d’accès mais qui ne gomme aucunement les rechutes fréquentes dans le caniveau après une soirée sous substances diverses arrosée à l’alcool marque repère. Camgirl évolue donc souvent comme un entre-deux, la mélancolie aux contours sexy (si si !) laissant place régulièrement aux expérimentations (avec voix féminines parfois filtrées dans le décor) puis au désespoir le plus profond, la rage venant d’ailleurs parfois accompagner le bad trip (« Pliers »).
Les amateurs du précédent album pourront regretter le malaise persistant qui en émanait, celui-ci en a aussi pas mal mais pouvant parfois paraître comme dissimulé derrière la fausse naïveté de ces tubes en puissance. La longueur de l’album peut aussi avoir un effet rédhibitoire, or aucune seconde n’est superflue, de l’intégration de synthés planants façon coldwave comme transition, le minimaliste piano de « MONET » (qui joue ensuite avec les échos) ou bien le gros morceau « CAMGIRL » nous entrainant dans une succession de tableaux disparates en apparence (des notes de synthés désuètes aux rares éructations death metal en passant par un refrain imparable) mais se complétant finalement parfaitement.
C’est un album paradoxal que propose ici le groupe, plus lisible, moins oppressant, un poil moins moite, mais plus sensuel et exigeant à la fois, Crippling Alcoholism possède aujourd’hui un style reconnaissable entre mille et le modèle à sa guise sur fond d’histoires sordides (c’est un concept album). Avec succès puisque ce Camgirl en devient simplement obsédant dans ce mix unique, aussi triste que sulfureux. Un des grands albums de l’année pour un groupe à ne pas manquer sur scène en Europe l’été prochain, les bostoniens étant (au moment où j’écris ces lignes) annoncés au Roadburn et au Brutal Assault 2026, peut-être que d’autres dates suivront (et en compagnie de Chat Pile, ce qui serait une bonne idée !).
- Mr. Sentimental
- Saran Wrapped Cash
- LADIES’NIGHT
- Pay Pigs
- bedrot
- MONET
- Pretty In Pink
- Pliers
- screentime
- I Have a Key to Your House
- CAMGIRL
- Sweet Talk
- TARAVISTA
- Mary Kate & Ashley
- despair
Crippling Alcoholism
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