Pour tout amateur de mathcore, The Number Twelve Looks Like You (stylisé en #12) est le symbole de toute une époque. Celle de ces groupes à nom bien long (Fear Before The March Of Flames par exemple) et d’un style fourre-tout, complexe et déjanté, passant du grind à l’emo en un éclair. Débuté en 2001, le groupe ne possède pourtant que cinq albums (avant celui-ci), la faute à une pause de presque dix ans entamée à la suite de leur Worse Than Alone (2009). Un hiatus terminé avec la sortie de Wild Gods (2019) avant une nouvelle pause de sept ans, ponctuée par un double départ et donc une double arrivée aux postes de bassiste et batteur.
Howls From The Holographic Heart semble vouloir directement titiller les fans du culte Nuclear. Sad. Nuclear (2004, allez vite l’écouter après la lecture de cette chronique si vous ne le connaissez pas encore !), le quartet mené par l’inusable Jesse Korman ouvrant ce sixième album avec le tonitruant « Trust Chaos » (au nom prédestiné). Criard et plein de folie, c’est le visage des origines de #12, et il est réjouissant de le retrouver intact 25 ans après leurs débuts. Sauf que nos lascars du New Jersey ont aussi envie de calmer le jeu…
Calmer le jeu, si l’on puis dire car musicalement, le groupe est toujours très à l’aise pour offrir des motifs bardés de breaks, de changements rythmiques oscillant entre agressivité, toucher jazzy et même quelques sorties pop. De la pop même au niveau vocal, Korman ayant décidé de beaucoup moins vociférer qu’à l’accoutumée pour emmener son groupe du côté d’un Dance Gavin Dance ou d’un Protest The Hero.
Ainsi de nombreux titres comme « False Face » ou « Hard To Be Human » alternent virtuosité, structures plus progressives et mélodies vocales un brin sirupeuses, assez loin de leurs débuts mais qui parviennent à captiver grâce à leur originalité (« Indeciso », tubesque à la manière de The Mars Volta). Conservant aussi leur goût pour les surprises incongrues qui viennent parsemer certains titres sans les faire basculer vers la parodie (des notes tropicales, sonorités electro voire un peu de salsa sur le final) ainsi que quelques passages où la radicalité fait son retour (« Fangs Out » ou la conclusion « Joy Is A Weapon » où participe même les oubliés Foxy Shazam), Howls From The Holographic Heart est en quelque sorte un panorama explorant toutes les facettes du groupe.
Et même s’il manque d’agressivité et de folie dans sa globalité au profit de mélodies plus poppy, ce nouvel album n’atténue en rien toute l’inventivité et la technique du groupe. Les fans de la première heure auront l’impression (désagréable ?) d’entendre un nouveau groupe, ceux qui les découvrent aujourd’hui pourraient lui succomber.
The Number Twelve Looks Like You
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