Troisième album du quatuor danois Feather Mountain, A Liminal Step est le premier dont j’entend parler, même si le groupe navigue dans des eaux musicales qui me plaisent a priori.
On y retrouve les bases du Metal Progressif moderne tel qu’il s’est imposé ces dernières années — on pense forcément à Leprous, VOLA ou Tesseract — mais Feather Mountain évite l’écueil du simple mimétisme. Le groupe a trouvé une identité propre, quelque part entre introspection fébrile et déferlements de décibels. Certains passages flirtent clairement avec une sensibilité Emo ou Post-Metal, tandis que d’autres installent un véritable mur de son, presque Blackgaze dans l’intention, avec des nappes saturées et la double grosse caisse à blinde pour poser une densité sonore parfois écrasante.
La dimension Djent est également bien assumée. Les riffs heurtés, syncopés, souvent joués en contretemps, structurent une grande partie de l’album, mais sans tomber dans l’exercice technique stérile. La musique électronique et l’Ambient viennent régulièrement fissurer cette ossature métallique, apportant des respirations troubles et des atmosphères suspendues qui renforcent le propos introspectif du disque.
A Liminal Step est un album centré sur la vulnérabilité psychologique, grand thème de notre époque, traumas, luttes intérieures, poids des normes sociales, rien d’original mais le traitement est intelligent, sans grandiloquence, dans une forme de mise à nu émotionnelle renforcée par un imaginaire inspiré du tarot. Cette approche confère au disque une cohérence conceptuelle appréciable, mais qu’on ne décèle qu’en s’intéressant aux paroles donc sans symbolisme forcé.
Les vocaux jouent un rôle central dans cette dynamique cathartique, avec une interprétation souvent à fleur de peau, majoritairement chantée, avec quelques points de growls, proche par moments du Metalcore moderne. Reste toutefois un point plus discutable : l’usage intensif d’effets sur les voix. Si le vocoder ou les traitements numériques ne sont évidemment pas nouveaux, Cynic en faisait déjà un usage audacieux dans les années 90, leur généralisation actuelle les associe désormais à une esthétique bien plus commerciale, héritée du rap et du RnB. Ici, l’abus de ces effets donne parfois l’impression d’un camouflage inutile, voire contre-productif, tant les lignes vocales auraient gagné à être exposées de manière plus brute.
Malgré cette réserve, A Liminal Step s’impose comme une œuvre personnelle et expressive. Un disque dense, parfois exigeant, mais sincère, qui confirme que ce groupe ne se contente plus d’exister dans le sillage de ses influences, et cherche désormais à creuser sa propre faille émotionnelle.
Feather Mountain
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