Our Oceans – Right Here, Right Now
Chronique du Moment Rock Progressif Mélancolique

Our Oceans – Right Here, Right Now

jonben
jonben
Auteur
14 janvier 2026
il y a 8 mois
15,336 vues
Année de sortie
2025
Note
Un album de rock mélancolique et lumineux à la fois, où Our Oceans transforme la retenue, la dynamique et l’émotion pure en une œuvre mature, sincère et profondément habitée, aux arpèges clairs, voix à la Jeff Buckley, montées post-rock très maîtrisées.
Our Oceans – Right Here, Right Now

Our Oceans est un trio néerlandais mené par Tymon Kruidenier (chant, guitare), entouré de ses anciens compagnons du groupe Exivious, Robin Zielhorst (basse fretless) et Yuma van Eekelen (batterie). Leur musique a peu à voir avec le death technique/jazz fusion instrumental de Exivious, elle se situe à la croisée d’une sensibilité singer-songwriter très introspective et d’un rock progressif moderne, épuré, où la technicité reste constamment au service de l’émotion. Une musique mélancolique sans être plombante, lumineuse sans naïveté.

Avec Right Here, Right Now, le groupe franchit un nouveau cap. Le disque apparaît plus affirmé et plus lisible que ses prédécesseurs, sans rien perdre de cette profondeur émotionnelle qui fait l’identité d’Our Oceans. L’album est construit autour d’une idée simple mais exigeante : saisir la beauté de l’instant, accepter ce qui est, ici et maintenant. Cette philosophie irrigue autant l’écriture que la production, volontairement non forcée, laissant la musique respirer et s’installer dans la durée. Les harmonies sont riches, parfois subtiles, parfois immédiatement accrocheuses, mais jamais démonstratives malgré la technicité sous-jacente de ces trois musiciens virtuoses.

On retrouve ici un Tymon Kruidenier arrivé à maturité, notamment en tant que chanteur. Lors de mon interview du 14 octobre 2025, il expliquait à quel point le chant avait été pour lui un apprentissage long et presque obsessionnel, comparable à celui de la guitare : des années de travail avant de réellement accepter sa voix et d’en comprendre les limites. Cette acceptation transparaît pleinement sur Right Here, Right Now. Le chant est plus posé, plus incarné, et assume clairement certaines influences, Jeff Buckley en tête, et il y a pire comme comparaison.

La force du disque tient aussi à l’équilibre du trio. Tymon a expliqué avoir volontairement changé son approche : là où il imposait autrefois une vision très dirigiste, il a cette fois cherché à créer un espace dans lequel Robin et Yuma pouvaient pleinement s’exprimer. La basse fretless et la batterie jouent ainsi un rôle fondamental dans la respiration du disque, rappelant par instants l’héritage jazz et fusion d’Exivious, mais intégrés dans un langage émotionnel beaucoup plus direct.

On retrouve au cœur du disque un rock mélancolique construit autour d’un son de guitare majoritairement clair, souvent en arpèges, porté par une écriture très dynamique. Les morceaux évoluent souvent par paliers, laissant s’installer une tension émotionnelle avant d’exploser dans des montées qui évoquent le post-rock. Deux titres se détachent toutefois du cadre général : « Drifting In The Drops », qui s’oriente vers un groove plus marqué, flirtant à la fois avec une sensibilité 80s et des réminiscences de jazz fusion, et « If Only… », morceau beaucoup plus dépouillé, porté par une voix féminine et une instrumentation réduite à l’essentiel — piano et guitare — comme une parenthèse fragile et introspective au sein de l’album.

J’étais déjà profondément attaché aux musiciens à travers les deux premiers albums du groupe, et tout particulièrement à While Time Disappears. Retrouver ici cette atmosphère si singulière, portée par un groupe qui m’est cher, rendait toute résistance illusoire : il m’a été difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas succomber une nouvelle fois.

Il m’est difficile de ne pas ressentir cela dit une certaine frustration face à la relative discrétion médiatique dont souffre Our Oceans. Le projet semble cumuler plusieurs handicaps : un nom trop générique dans un paysage saturé de groupes et de contenus utilisant le mot “oceans”, une absence assumée de stratégie promotionnelle agressive, et sans doute aussi un manque de “tubes” au sens classique du terme. Pourtant, des titres comme “Golden Rain” ou “Lost in Blue” sont précisément le type de morceaux qui me touchent : des chansons immédiatement mémorisables, mais qui refusent les recettes faciles.

Le cas de Right Here, Right Now est d’autant plus particulier que sa sortie est volontairement atypique. L’album est paru en version physique le 24 octobre 2025, mais n’est pas disponible intégralement en streaming. Le groupe a fait le choix de diluer sa sortie digitale sur 16 mois, en publiant les morceaux un par un. À ce jour, seuls quatre titres sont accessibles sur les plateformes. Une stratégie que Tymon assume pleinement, expliquant lors de l’interview qu’il souhaitait donner à chaque morceau le temps et l’attention qu’il mérite, quitte à désorienter une partie du public.

Right Here, Right Now n’est donc pas un album qui cherche à convaincre à tout prix. C’est un disque sincère, profondément humain, porté par une vision artistique cohérente et assumée, loin des logiques d’optimisation et de visibilité. Peut-être est-ce précisément cette intégrité qui empêche Our Oceans de toucher un public plus large. Mais pour ceux qui prennent le temps de s’y plonger, l’expérience est d’une rare justesse.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Rock Progressif Mélancolique

Famille/Genre

jonben

jonben

Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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