Stellar Circuits — In The Smoke
Chronique Metal Progressif

Stellar Circuits — In The Smoke

jonben
jonben
Auteur
30 août 2026
il y a 1 mois
14,091 vues
Année de sortie
2026
Note
Trois albums durant, Stellar Circuits a donné l'impression de trois groupes coincés dans le même studio. Sur ces quatre morceaux parus un par un tout au long de 2026, le quatuor de Caroline du Nord fait enfin le tri, et cet EP est une vraie réussite. Reste un dernier problème : la plume.
Stellar Circuits — In The Smoke

J’avais vaguement entendu de morceaux de Stellar Circuits par le passé. Quelques écoutes, l’oreille qui décroche, le sentiment tenace d’une musique poussive, et on passe à autre chose. C’est le sort réservé à beaucoup de groupes tant il y a de choses à écouter. ça avait l’air sophistiqué et techniquement irréprochable, mais stylistiquement flottant et peu mémorable.

Le quatuor américain existe pourtant depuis 2015, est signé sur Nuclear Blast et compte déjà trois albums. Puis cette année, quatre singles sont arrivés dans mes écoutes avant d’être rassemblés sur cet EP. Et un par un, ils m’ont eu.

Il faut d’abord parler du décalage, parce qu’il est constitutif de leur identité. À l’écoute distraite, on les rangerait facilement dans une case Emo/Metalcore : chant clair parfois semi-crié haut perché, timbre fluide, fragile, cette blessure ouverte typique du Post-Hardcore. On se fabrique mentalement une image : des gus exsangues aux cheveux teints en noir. Puis on tombe sur une photo du groupe et ce sont des gaillards aux cheveux longs clairs, le chanteur tatoué et bâti comme un roadie de In Flames. Dans le Metal, les codes visuels sont d’une rigidité comique : les types qui chantent comme ça sont censés avoir un certain look. Que Stellar Circuits ressemble davantage à un groupe de Death mélodique suédois en dit long sur leur indifférence aux codes.

Et en fait c’est un groupe dont le coté Progressif est totalement assumé. Le guitariste joue sur une 8 cordes headless!

J’ai réécouté leurs albums et en particulier le dernier datant de 2025 et je le trouve poussif, le problème est assez évident : il n’a jamais été dans le talent, mais dans le filtrage. On ne sait jamais si le groupe est dans une veine Caligula’s Horse / Leprous, dans un Néo Metal au chant scandé à la Linkin Park, ou s’il va soudain s’énerver façon Metalcore moderne à la Silent Planet, sans parler du chant plaintif et vulnérable qui pourrait rappeler Circa Survive. Ça partait dans tous les sens et le coté Prog était noyé, tout comme leur volonté de quand même bourriner par moments. À vouloir tout faire simultanément, Stellar Circuits donnait souvent l’impression d’une colocation tendue entre trois générations de Metal alternatif.

Et c’est précisément ce qui rend les quatre titres de cet EP stimulants : le groupe a trouvé un son, un filtre. Et il propose quelque chose de cohérent sur 4 morceaux.

La disparition des passages rappés était indispensable. Ensuite, quand ça doit cogner, ça cogne, sans fioriture prog déposée en travers. Le groupe va chercher le groove anguleux et nerveux du metalcore moderne, avec guitares syncopées et batterie prolixe. Ce qui en ressort est une sorte de prog moderne extrême, futuriste dans les textures synthétiques et à fleur de peau dans l’exécution. Les riffs écrasants cèdent à des accalmies désorientées, l’atmosphère reste immersive sans servir de coussin. Stellar Circuits ne sonne plus comme trois groupes superposés : lourdeur, complexité et atmosphère participent enfin de la même musique.

Il reste un aspect pénible : les paroles sont encore beaucoup trop adolescentes. Plainte perpétuelle, vocabulaire de rupture, sentiment d’étouffement décliné sur quatre titres. « Please don’t shake me », « too late to find your love », « please don’t let me down», « I’m so out of love », « don’t leave me here without a fight »… ta copine te largue, on a compris mec. À cette fréquence, le motif vire au tic.

Le problème n’est pas le sujet mais le traitement. On peut écrire sur l’aliénation en construisant une métaphore ; ou mieux s’attaquer à des sujets historiques ou psychologiques documentés. Ici, on en reste encore trop souvent à « je me noie », « je suis perdu ». Cette naïveté renforce précisément ce que le chant peut avoir de geignard, alors que musicalement le groupe vient de franchir un vrai cap. Que le chanteur trouve un angle, une distance, une image, quelque chose qui hisse le texte au niveau du jeu de guitare, et Stellar Circuits change de catégorie.

In The Smoke est la meilleure chose que Stellar Circuits ait produite, et de loin. Non pas parce qu’ils ont ajouté quelque chose, mais parce qu’ils ont enfin retiré ce qu’il fallait. C’est une évolution nette, assumée et réussie. Et c’est mon petit péché gourmant du moment, au final j’adore cet EP!

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Metal Progressif

Catégories

jonben

jonben

Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

691 articles publiés

0 commentaire

Soyez le premier à partager votre avis !

Laisser un commentaire

Minimum 10 caractères. HTML basique autorisé.

* Champs obligatoires

Partager cet article