J’avais vaguement entendu de morceaux de Stellar Circuits par le passé. Quelques écoutes, l’oreille qui décroche, le sentiment tenace d’une musique poussive, et on passe à autre chose. C’est le sort réservé à beaucoup de groupes tant il y a de choses à écouter. ça avait l’air sophistiqué et techniquement irréprochable, mais stylistiquement flottant et peu mémorable.
Le quatuor américain existe pourtant depuis 2015, est signé sur Nuclear Blast et compte déjà trois albums. Puis cette année, quatre singles sont arrivés dans mes écoutes avant d’être rassemblés sur cet EP. Et un par un, ils m’ont eu.
Il faut d’abord parler du décalage, parce qu’il est constitutif de leur identité. À l’écoute distraite, on les rangerait facilement dans une case Emo/Metalcore : chant clair parfois semi-crié haut perché, timbre fluide, fragile, cette blessure ouverte typique du Post-Hardcore. On se fabrique mentalement une image : des gus exsangues aux cheveux teints en noir. Puis on tombe sur une photo du groupe et ce sont des gaillards aux cheveux longs clairs, le chanteur tatoué et bâti comme un roadie de In Flames. Dans le Metal, les codes visuels sont d’une rigidité comique : les types qui chantent comme ça sont censés avoir un certain look. Que Stellar Circuits ressemble davantage à un groupe de Death mélodique suédois en dit long sur leur indifférence aux codes.
Et en fait c’est un groupe dont le coté Progressif est totalement assumé. Le guitariste joue sur une 8 cordes headless!
J’ai réécouté leurs albums et en particulier le dernier datant de 2025 et je le trouve poussif, le problème est assez évident : il n’a jamais été dans le talent, mais dans le filtrage. On ne sait jamais si le groupe est dans une veine Caligula’s Horse / Leprous, dans un Néo Metal au chant scandé à la Linkin Park, ou s’il va soudain s’énerver façon Metalcore moderne à la Silent Planet, sans parler du chant plaintif et vulnérable qui pourrait rappeler Circa Survive. Ça partait dans tous les sens et le coté Prog était noyé, tout comme leur volonté de quand même bourriner par moments. À vouloir tout faire simultanément, Stellar Circuits donnait souvent l’impression d’une colocation tendue entre trois générations de Metal alternatif.
Et c’est précisément ce qui rend les quatre titres de cet EP stimulants : le groupe a trouvé un son, un filtre. Et il propose quelque chose de cohérent sur 4 morceaux.
La disparition des passages rappés était indispensable. Ensuite, quand ça doit cogner, ça cogne, sans fioriture prog déposée en travers. Le groupe va chercher le groove anguleux et nerveux du metalcore moderne, avec guitares syncopées et batterie prolixe. Ce qui en ressort est une sorte de prog moderne extrême, futuriste dans les textures synthétiques et à fleur de peau dans l’exécution. Les riffs écrasants cèdent à des accalmies désorientées, l’atmosphère reste immersive sans servir de coussin. Stellar Circuits ne sonne plus comme trois groupes superposés : lourdeur, complexité et atmosphère participent enfin de la même musique.
Il reste un aspect pénible : les paroles sont encore beaucoup trop adolescentes. Plainte perpétuelle, vocabulaire de rupture, sentiment d’étouffement décliné sur quatre titres. « Please don’t shake me », « too late to find your love », « please don’t let me down», « I’m so out of love », « don’t leave me here without a fight »… ta copine te largue, on a compris mec. À cette fréquence, le motif vire au tic.
Le problème n’est pas le sujet mais le traitement. On peut écrire sur l’aliénation en construisant une métaphore ; ou mieux s’attaquer à des sujets historiques ou psychologiques documentés. Ici, on en reste encore trop souvent à « je me noie », « je suis perdu ». Cette naïveté renforce précisément ce que le chant peut avoir de geignard, alors que musicalement le groupe vient de franchir un vrai cap. Que le chanteur trouve un angle, une distance, une image, quelque chose qui hisse le texte au niveau du jeu de guitare, et Stellar Circuits change de catégorie.
In The Smoke est la meilleure chose que Stellar Circuits ait produite, et de loin. Non pas parce qu’ils ont ajouté quelque chose, mais parce qu’ils ont enfin retiré ce qu’il fallait. C’est une évolution nette, assumée et réussie. Et c’est mon petit péché gourmant du moment, au final j’adore cet EP!
Stellar Circuits
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