Textures – Genotype
Chronique Metal Progressif

Textures – Genotype

jonben
jonben
Auteur
30 janvier 2026
il y a 7 mois
20,403 vues
Année de sortie
2026
Note
Textures signe un retour solide et maîtrisé, proposant un metal progressif plus accessible et mélodique qui confirme leur savoir-faire tout en actant l’abandon d’une audace jazz-fusion et d’une prise de risque qui faisaient le sel de leurs œuvres les plus marquantes.
Textures – Genotype

Lorsqu’en 2018 Textures annonce sa séparation, on pense alors l’histoire définitivement close. Le groupe réapparaît pourtant quelques années plus tard sur scène, comme un spectre familier mais bien réel — je les ai d’ailleurs vus en concert à Tokyo fin 2024 — laissant planer l’idée qu’il restait peut-être quelque chose à dire. Deux ans plus tard, la confirmation tombe : Textures ne se contente pas de rejouer son passé et décide d’enregistrer un nouvel album. Genotype est le résultat de ce retour inattendu.

Suite conceptuelle de Phenotype (2016), il marque le retour discographique d’un groupe que je suis depuis ses débuts, au point d’avoir interviewé Textures sur ce webzine il y a plus de vingt ans. Autant dire que l’attente était réelle, et que je vais tâcher d’être le plus honnête possible, quitte à être parfois un peu sévère.

Dès l’introduction instrumentale, le disque évoque immédiatement Drawing Circles (2006). Certaines lignes mélodiques rappellent clairement cette période, ce qui est plutôt bon signe. On peut toutefois regretter que l’album n’en prolonge pas pleinement l’audace, Drawing Circles restant, à mes yeux, le sommet artistique du groupe.

Pour resituer le contexte : le premier album de Textures avait été une véritable brique jetée dans la mare. Les Néerlandais portaient déjà parfaitement leur nom, proposant l’un des tout premiers disques à marier les polymétries explosives de Meshuggah avec des textures atmosphériques et mélodiques. Avec l’arrivée sur l’album suivant du chanteur Eric Kalsbeek, le groupe enchaîne ensuite deux albums majeurs, Drawing Circles puis Silhouettes (2008), qui constituent encore aujourd’hui des pierres angulaires de mon panthéon musical personnel.

Sur Genotype, tous les morceaux sont bons, bien écrits, bien construits. Mais je trouve qu’il manque cette étincelle qui poussait autrefois le groupe à chercher l’originalité sur chaque titre. Ce glissement artistique est difficile à ne pas relier au départ du guitariste Jochem Jacobs.

Jacobs était le principal compositeur et arrangeur d’une grande partie du catalogue du groupe. Son écriture portait des influences Jazz fusion très nettes : accords étendus, harmonies non fonctionnelles, phrasés polyrhythmique, et un rapport au groove beaucoup plus fluide que strictement metal. Ses guitares claires et ses arrangements en couches donnaient souvent à Textures une identité éloignée des codes classiques du metal. Peu de groupes pouvaient réellement se targuer d’une telle intégration de ce type de langage dans un contexte metal — à part Candiria ou leurs compatriotes d’Exivious.

Cela n’enlève évidemment rien au travail de Bart Hennephof, qui a repris le flambeau avec une approche plus directe, plus riff-oriented. La section rythmique, elle, reste irréprochable : Stef Broks demeure l’un des batteurs les plus solides et inventifs de sa génération.

Aujourd’hui, l’esthétique globale du groupe s’éloigne des polymétries façon Meshuggah mais aussi des moments plus Thrash/Metalcore pour se rapprocher d’une forme plus classique de metal progressif, avec principalement du chant clair. Il faut accepter l’idée que Textures a volontairement choisi de produire un album dans une veine qui rappelle plus Devin Townsend et Dream Theater. Pas que ce soit nouveau pour eux, « Reaching Home » sur Dualism représentait déjà cette veine, et le groupe la maîtrise : un chanteur exceptionnel, des musiciens virtuoses, et une expérience telle que rien n’est laissé au hasard. Daniel de Jongh est, comme toujours, irréprochable techniquement ; je n’avais d’ailleurs pas regretté son arrivée dans le groupe en 2013, appréciant déjà sa voix au sein de Cilice, il a une chaleur rare (presque comparable à celle de Sevendust par moments).

Les lignes vocales sont cependant bien plus accessible que par le passé, j’aurais préféré plus de prise de risque. J’aimais davantage Textures lorsqu’ils s’essayaient à des structures plus complexes, et matinaient leurs morceaux de moments Thrash/Death techniques. Ici, les structures reste familière, « Rock », avec cependant toujours ces rythmiques djent qu’ils ont contribué à démocratiser bien avant Periphery, mais dans des formes plus amples, plus mélodiques, avec un chant clair majoritaire.

Le titre avec la chanteuse de Delain est objectivement très réussi, probablement l’un des morceaux les plus efficaces que le groupe ait jamais composés, mais c’est précisément ce type de metal mélodique très policé qui me parle le moins. À l’inverse, « A Seat for the Like-minded » se distingue nettement et rappelle ce que Textures peut produire de plus inspiré lorsqu’ils tendent la composition sans la lisser.

Genotype est un bon album, solide, réfléchi, impeccablement produit. Il confirme la maîtrise totale de Textures et leur capacité à écrire un metal progressif accessible sans tomber dans la facilité. Mais c’est aussi un disque qui acte un changement de registre. Ceux qui découvriront le groupe aujourd’hui y trouveront sans doute une porte d’entrée idéale. Les fans de la première heure, eux, devront accepter que l’audace et la prise de risque permanente aient laissé place à une vision plus classique, certes très bien exécutée, du Metal progressif moderne.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Metal Progressif

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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