Jehnny Beth de son vrai nom Camille Berthomier, fut la chanteuse des excellentes Savages qui nous ont offert 2 albums dans un registre plutôt post-punk, Silence Yourself en 2013 puis Adore Life en 2016, avant de décider de mettre le groupe en pause pour voler de ses propres ailes et se lancer dans une double carrière d’actrice (on a ainsi pu la voir dans le film « Un Amour Impossible » de Catherine Corsini avec Virginie Efira en tête d’affiche) et de musicienne/chanteuse avec ses projets solos.
Son premier album solo To Love is to Live paru en 2020 la voyait explorer des contrées moins post-punk mais beaucoup plus électronico-expérimentales (qui pouvaient évoquer par certains côtés les expérimentations notamment vocales de Fever Ray ou de Jeanne Added à d’autres moments plus classiques) sans convaincre totalement, pour ma part en tout cas (même si je retiens toujours de l’album l’excellent « Flower »), tout en permettant de confirmer s’il en était besoin le grand talent vocal de la demoiselle.
Quelle surprise donc de voir débarquer de nouveaux titres à partir de mai 2025, annonciateurs d’un deuxième album (ce You Heartbreaker, You donc), dans une direction assez différente, beaucoup plus agressive, rock et même indus en fait, l’influence d’un Trent Reznor (voire d’un Marilyn Manson par moments, dès l’entame du premier titre « Broken Rib » qui peut faire penser aux anciens titres du Révérend lorsqu’il était sous l’influence du leader de Nine Inch Nails) n’étant pas loin cette fois.
Il y avait de quoi être intrigué et excité par ce « revirement » (même si la première moitié de « I’m the Man » sur le précédent album montrait déjà que Jehnny Beth n’avait pas peur des registres bruitistes) et j’étais pour ma part assez impatient de poser mes esgourdes sur l’album complet pour savoir de quoi il allait en retourner au final.
Le résultat final est une réussite, dans un registre effectivement proche de l’univers de Trent Reznor, entre rock musclé avec guitares et machines qui copulent sauvagement, bruitisme indus ou beats musclés (« No Good for People » du pur Nine Inch Nails en effet). Jehnny Beth pose son timbre parfois désabusé en parfaite adéquation avec la musique proposée, et propose 9 titres hyper concis, directs et efficaces, puisque l’album dure moins de 30 minutes (à peine plus de 28 en réalité).
Rien à jeter heureusement, et on apprécie même de se faire parfois bien fracasser dans les règles (cf « Obsession » sur lequel Jehnny durcit le ton à l’avenant des beats agressifs qui dominent les débats, plus loin sur « Reality » et ses riffs bien burnés, et plus encore sur « High Resolution Sadness »).
Même « Out of Reach », tout lent qu’il démarre n’en est pas moins « agressif » dans ses tonalités avant de proposer le refrain le plus « pop » de l’album par la suite.
On pourra certes reprocher, de façon assez juste il est vrai, à Jehnny de proposer un album hyper référencé et qui peine à se détacher de ses influences, mais après tout, Trent Reznor lui-même ayant du mal à satisfaire les attentes de ses fans qui souhaitent entendre des nouveaux titres de Nine Inch Nails (et en attendant la sortie de sa B.O. du prochain film de la licence Tron), difficile de bouder son plaisir et de ne pas accueillir ce You Heartbreaker, You favorablement, comme le cadeau qu’il représente potentiellement pour les amateurs d’indus/rock.
Jehnny Beth
Soyez le premier à partager votre avis !
Laisser un commentaire