Klone – Le Grand Voyage (Chronique et Interview)

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Style: Rock Metal AtmosphériqueAnnee de sortie: 2019Label: K-ScopeProducteur: Francis Castes

Après quelques péripéties ayant entraîné un décalage de la date de sortie d’un album qui devait initialement paraître en début d’année, Klone est finalement de retour en cette rentrée, sur K-Scope, et ça tombe bien, on imagine difficilement un label qui correspondrait mieux au groupe poitevin. Avant l’écoute de ce nouvel opus qui fait suite à l’excellent Here Comes the Sun, vient d’abord le choc visuel, avec cette (une fois encore) superbe pochette qui donne envie de découvrir le contenu et de partir vivre le grand voyage que propose le groupe. Si vous vous demandez : non, malgré ce titre d’album en français, le groupe n’a aucunement décidé de s’ouvrir au chant en français (on aimerait entendre ça un jour!).

Dès l’entame du majestueux « Yonder », on reconnaît immédiatement Klone. Un très beau titre de plus de 7 minutes, une majesté quasiment symphonique qui s’achève en apothéose quand les guitares sortent le plomb à quelques minutes de la fin. Entrée en matière qui ne surprend cependant pas, l’album s’inscrivant complètement dans la continuité du précédent c’est-à-dire sous le signe d’un rock/metal atmosphérique au tempo plutôt medium. Une musique placée sous le signe de l’emphase, très atmosphérique, à l’instrumentation riche et incroyablement travaillée (ces parties de piano quelque peu en arrière-plan ou ces cordes discrètes mais superbes sur « Yonder » par exemple). On sent bien que le groupe a travaillé les arrangements à l’extrême, ne laissant rien au détail, c’est pourquoi l’écoute au casque sera importante pour bien saisir et capter toute cette richesse. Chaque partie est à sa place, chaque morceau parfaitement orchestré, au service de l’atmosphère une fois encore.

Si le mid-tempo est plutôt à l’honneur une fois encore on le disait, les variations de tempos sont heureusement de la partie. Un titre comme « Sad and Slow » fait figure de balade et porte bien son nom là où « Indelible » brouille les pistes démarrant sur un rythme très lent, très contemplatif, avant que la batterie de Morgan Berthet (batteur de Myrath venu prêter main forte aux poitevins) montre qu’elle n’entend pas se laisser tenir la dragée haute, s’accouplant littéralement avec le saxo pour un final presque jazz. Pourtant, malgré les variations de tempos, certains trouveront certainement l’album trop monocorde, mais l’ambiance est ainsi sur Le Grand Voyage : mélancolique, contemplative, au service de la beauté pure. Quelques accélérations de circonstance (« The Great Oblivion », titre le plus heavy de l’album, et celui qui renvoie certainement le plus aux débuts plus metal du groupe) sont aussi là pour démentir partiellement cette impression. Partiellement seulement car cette impression demeure fondée sur la globalité de l’album, ce n’est pas un affront fait au groupe de le constater, tant on sent en même temps qu’il a simplement trouvé sa voie.

Evidemment, inutile de dire que techniquement on est encore sur du très très lourd, que ce soit sur la batterie donc, la guitare lumineuse mais paradoxalement plus discrète (mais toujours pertinente et efficace) que la basse superbement mise en avant pour notre plus grand plaisir. Les parties de basse de Jean Etienne Maillard sont effet superbes, celui-ci ne se contentant jamais de doubler la guitare bêtement comme c’est si souvent le cas dans beaucoup de groupes de rock/metal. Son interprétation est ici décisive, la basse se distinguant assez nettement de l’ensemble sur la plupart des morceaux comme sur « Breach » par exemple, conférant une richesse et une profondeur jouissives à un morceau dont la structure globale paraît d’abord plutôt simple.

La synergie du groupe est impressionnante, avec évidemment toujours la voix superbe de Yann qui permet à la plupart des morceaux et des refrains en particulier de décoller complètement, avec également cet écho sur sa voix qui lui permet de prendre possession de l’espace sonore et de donner une impression de plénitude très agréable. Le son de l’album est lui-même assez énorme, permettant de bien distinguer chaque instrument et de donner également une dimension spatiale, une plénitude, et une profondeur impressionnantes qui collent parfaitement à l’atmosphère générale mélancolique, calme, maîtrisée. La production de Francis Castes est lumineuse, ronde, puissante, renforçant là encore cette impression générale de possession complète de l’espace sonore et de scène très large.

L’album se termine en beauté sur « The Silver Gate » et sa mélodie contagieuse que vous risquez de fredonner dans la douche pendant plusieurs jours. Laissez tourner le disque après ce final et vous aurez droit à une sympathique reprise cachée de « The Spy » des Doors.

On se laisse facilement bercer par le talent mélodique et la richesse instrumentale et orchestrale proposés une fois encore par Klone sur la durée de l’album. Reste qu’on n’est à aucun moment vraiment surpris, le groupe ayant choisi la maturité, la maîtrise et la beauté pure, peut-être au détriment de l’originalité ou de la surprise. Comment lui en vouloir quand le voyage est si beau ?

Tracklist :
01 – Yonder
02 – Breach
03 – Sealed
04 – Indelible
05 – Keystone
06 – Hidden Passenger
07 – The Great Oblivion
08 – Sad and Slow
09 – Silver Gate
Ghost track : The Spy (the Doors cover)

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Pour compléter la chronique, voici une interview réalisée (par mail) avec Yann (chant) et Guillaume (guitare) dans le cadre de la sortie du nouvel album :

Pourquoi cette pochette (magnifique) et en quoi illustre-t-elle le contenu de ce nouvel album ? L’album s’ouvre sur un bruit d’orage, j’imagine que c’est pour illustrer cette tonalité assez tempétueuse ? 

Yann : Avec Le Grand Voyage on voulait une pochette d’album percutante et pertinente, qu’elle soit explicite tout en gardant une part de ‘poésie’ et qu’elle donne surtout le climat adéquat à la musique. Puis nous sommes tombés sur cette photo qui illustrait parfaitement l’ambiance dans laquelle les morceaux nous portaient. Ce fut un vrai coup de cœur.  Et après Here Comes The Sun, on souhaitait partir plus loin et plus haut ! Et c’est le cas avec ce visuel signé Francesco Dell’Orto.

On voulait donner un climat particulier et identifiable dès l’entame de l’album. La pluie et l’orage se sont donc invités sur l’intro de « Yonder ». Ça donne sens également à la pochette de l’album et illustre, comme tu le soulignes, une tonalité assez tempétueuse.

Comment décrirais-tu l’influence et l’importance qu’a pu avoir l’expérience acoustique pour Klone ? Quel en était l’objectif ? Un hommage aux grands albums unplugged des années 90/2000 comme ceux de Nirvana ou Alice in Chains ?

Yann : C’était un défi qu’on voulait relever depuis un moment, de se mettre ‘à poil’ musicalement, de court-circuiter nos habitudes… On a enregistré l’album ‘Unplugged’ puis on a tourné quasiment 2 ans en faisant à peu près une centaine de concerts. Ça à enrichi inévitablement notre expérience, notre rapport à la scène, la manière d’aborder les instruments, etc.. Ça change beaucoup de choses et au final c’est que du bonus. On s’est éclaté à tourner dans cette configuration, on a joué devant pas mal de monde, dans des lieux très différents, et les gens nous ont découverts sous un autre jour. Alors oui il y a un petit clin d’œil à la scène grunge des années 90 car elle nous a tous beaucoup influencés. L’objectif était avant tout de se faire plaisir et de proposer quelque choses de différent, de retrouver les morceaux de Klone mais avec un autre visage. On a eu de très bon retours sur cette parenthèse ‘unplugged’ et je pense qu’on la réitérera plus tard.

Une fois de plus, comme sur Here Comes the Sun, on remarque rapidement que contrairement à d’autres groupes, Klone valorise énormément les parties de basse (par exemple sur « Yonder » ) . La basse est d’ailleurs particulièrement audible, ce qui n’est pas toujours le cas sur un album de rock. J’ai même eu le sentiment sur certains morceaux qu’elle était plus en avant que la guitare. Était-ce un choix délibéré de mettre cet instrument en valeur ou les nouvelles compositions vous ont « dicté »ce choix ?

Yann : Un peu des deux… La basse est primordiale dans la stabilité et les fondations d’un morceau rock, et il se trouve que dans la musique de Klone il y a beaucoup de place pour tout le monde. C’est Jean Etienne Maillard qui a enregistré les parties de basse. Il a une approche singulière de l’instrument et ses lignes s’intègrent intelligemment aux morceaux. C’est très chantant et il arrive à se décrocher des lignes de grattes tout en gardant une cohésion forte et en racontant son histoire. Un morceau comme « Yonder » justement s’y prête à merveille.

Comme sur chaque album de Klone depuis un moment on a » le moment saxo » (à moins qu’il s’agisse d’une clarinette ?) sur « Indelible ». Pourquoi ce gimmick et pourquoi cet instrument ne prend-il pas, pourquoi pas, encore plus de place sur vos albums ?

Yann : Oui il s’agit bien d’un saxophone type sopranino. C’est à Matthieu Metzger que l’on doit ces sonorités et ce depuis la genèse du groupe. Matthieu intervient pendant les enregistrements, et il a sous le coude tout un tas de son, dont ces fameux saxophones. Le fait qu’il ne nous accompagne plus en live ne nous permet pas non plus d’insister sur cet instrument. En concert nous jouons au clic avec des séquences, et on essaye de faire attention à l’utilisation d’instrument acoustique sur bande. Mais on ne peut pas s’en passer car on adore tous son touché et ses phrasés et ça fait partie de l’identité ‘klonienne’.. alors il apparaît avec parcimonie, et ça tombe bien car la rareté fait la valeur.

J’ai l’impression que Klone est un groupe qui a évolué un peu à la manière d’un Anathema. Comme les anglais, vous êtes en quelque sorte sortis du cadre « métal » pour devenir finalement un groupe de rock (aux frontières du prog). Que penses tu de cette comparaison et est-ce qu’Anathema est un groupe influent pour vous ? 

Yann : Je ne connais pas toute la discographie d’Anathema mais il y a quelques morceaux de l’album We’re Here Because We’re Here que je trouve vraiment très bon. Après, ils suivent leur chemin, tout comme nous suivons le nôtre.  Evidemment que nous évoluons, je ne nous vois pas faire la même musique indéfiniment… Effectivement, avec le temps on a glissé vers quelque chose de plus rock prog, mais cette évolution s’est faite naturellement.

Je pense que le gros challenge d’un groupe est de se renouveler à chaque album, tout en essayant de garder son identité. Et c’est ce qu’on essaye de faire avec Klone.

J’ai retrouvé sur internet un commentaire de Guillaume glané par un forum de fans de Klone dans lequel tu annonçais que vous aviez à la fois de la matière soft et de la matière plus couillue pour le prochain album. Manifestement la partie couillue a été finalement mise de côté ou faisais-tu référence aux rares passages où ça tape un peu plus comme sur « Hidden Passenger » ? 

Guillaume : On a mis le titre « The Great Oblivion » sur le nouvel album, titre qui est pour moi un morceau plus metal.
Mais en effet en période de composition , j’accumule pas mal de choses et à la fin il faut faire des choix pour être cohérent sur tout un album . Donc en effet il y a pas mal de matière de coté plus «  couillue  », rien n’est perdu, donc c’est possible que ça serve pour plus tard ! Mais sur le titre dont tu parles « Hidden Passenger » , je pense aussi qu’il y a bien de la grosse guitare et une certaine noirceur dans le refrain , avec un gros développement prog sur toute la fin du morceau. Après avec Klone on n’a jamais vraiment été très bourrins non plus !

Question pour Guillaume : il me semblait que tu avais pour projet de lancer un nouveau magazine de chroniques et news metal/rock puisque tu avais lancé un appel à candidature. Qu’est devenu ce projet ?

Guillaume : Oh c’est un projet en suspension car je n’ai pas assez de temps pour gérer tout ça là maintenant , mais ça reste dans un coin de ma tête pour plus tard. Je me suis vite rendu compte que ce genre de projet allait me faire brasser encore plus de mails etc, et ça devient difficile d’être partout. Mais je pense que je finirais un jour par faire aboutir ce projet , il va falloir être patient  !

Autre question pour Guillaume : je sais que tu es investi dans de nombreux projets mais il me semble que tu n’as pas encore de side project dans lequel tu t’adonnerais à nouveau à un gros Metal riffu. Tu ne sens plus d’affinité avec le genre où c’est quelque chose qui pourrait venir / revenir ? Faut il d’ailleurs s’attendre à ce que Klone poursuive sur la voie du rock ou un retour aux voies du métal est il envisagé ?

Guillaume : C’est vrai que là je me suis beaucoup ouvert à quelque chose de plus pop avec Polar Moon et Cloud Cuckoo Land, mais j’en avais besoin et j’aime beaucoup la direction qui a été prise.
Après parfois ça m’arrive de jammer sur des riffs plus cochons etc .. J’ai pas mal travaillé avec Uncut pour leur premier album et j’aimerais bien pouvoir sortir quelques chansons avec le chanteur du groupe.
Donc le retour à un projet plus metal se fera au moment où je le sentirais le mieux. Là en ce moment , j’ai pas assez de temps pour ça… Développer de nouveaux projets ça demande beaucoup de temps et d’énergie, et c’est pas facile de repartir de zéro.
Du coté de Klone il n’y a rien de defini sur la musique qu’on fera plus tard, mais on compte bien se faire plaisir et on a envie de tester des choses. On a créé pas mal de chose pour un spectacle de Theâtre sur Lyon et on a de la matière bien metal qui a été composée et qu’on aimerait bien pouvoir utiliser  !

Quels sont vos derniers coups de cœur musicaux dans le groupe et les dernières claques que vous avez prises ?

Yann : En ce moment j’écoute Childish Gambino, le dernier Thom Yorke, Anima... Côté concert, le dimanche du dernier Hellfest avec Phil Anselmo and the Illegals (instant nostalgie avec les morceaux de Pantera) et le soir Tool pour le gros son et le revival 90’s ( Opiate, Undertow, Aenima).

Est-ce que vous arrivez à vivre de votre musique dans Klone et si non, quelles sont les activités alimentaires des uns et des autres dans le groupe ?

Yann : Oui nous arrivons à vivre de notre musique, mais c’est assez récent par rapport à l’âge du groupe. De mon côté je donne quelques cours de chant.. Et nos quelques boulots extra ‘klonien’ sont essentiellement dans la musique.

Vous faites rarement appel à d’autres groupes ou artistes pour venir faire des featuring sur vos albums. Quels sont ceux que vous aimeriez éventuellement convier à une future collaboration ?

Yann : Sur ‘Le Grand Voyage’ il y a 2 featurings. Luis Roux (chanteur de Hacride) qui intervient à la steal guitare et Raphael Badawi à la programmation des cordes sur « Yonder » et « Keystone ». Sur l’album All Seeing Eye on a collaboré avec Joe Duplantier de Gojira qui chante sur le morceau du même nom. Dans l’album The Dreamer’s Hideaway c’est Doug Pinnick de King’s X qui vient chanter sur le morceau « A Finger Snaps ».

Nous ne sommes pas fermés à des featurings, mais il faut que ça s’inscrive dans un intérêt artistique, et pas seulement pour le nom de l’artiste. On était en contact avec Devin Townsend et Mikael Akerfeldt, mais ils étaient trop occupés à ce moment là pour concrétiser quelque chose…

 

Merci à Valérie et au groupe pour les propos recueillis!

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 893 articles sur Eklektik.

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