Periphery – V: Djent Is Not a Genre

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Style: djent/metal progAnnee de sortie: 2023Label: 3DOT Recordings

Étant fan de la première heure de Periphery, je pars avec un a priori positif, et cette chronique sera donc une chronique de fanboy, mais je pense de fanboy circonspect, plus porté sur l’analyse qu’une critique basée sur du pur ressenti.

Que cela soit dit en préambule, Periphery reste un groupe que j’apprécie énormément mais j’ai trouvé leurs derniers albums inégaux, et ce nouvel album comporte malheureusement aussi certains titres dont je me serais passé.

Je suis fan de ce son “djent” mais au final d’assez peu de groupes, surtout de Tesseract, un peu de Monuments et de VOLA, et c’est à peu près tout. Vildhjarta, oui, mais je les classe à part, dans la pure ligne de Meshuggah. Il y a aussi les projets solo de Cloudkicker et Chimp Spanner, que je valide. Enfin tout ça est surtout du métal prog moderne. Tout le reste de ce qui est qualifié de djent est souvent en fait du metalcore avec quelques refrains mélodiques et une pointe de prog.

Donc d’accord avec le titre en pied de nez de l’album, le djent n’est pas un genre. Tout juste un type de riff métal, pompé sur Meshuggah, que Periphery s’applique particulièrement à utiliser. 

Je vais en profiter pour faire un point sur la carrière du  groupe. Leur premier album, le I, date de 2010, est pour moi un premier coup de maître qui démontrait le talent de Misha Mansoor, leur compositeur principal, et un des guitaristes les plus influents du son djent, qu’il a d’abord développé comme projet solo en home studio. Le genre s’est développé à mesure des technologies de home studio et ce premier album pêche un peu niveau production. Le chant y est tout à fait correct mais la plupart des fans du groupe aimeraient que Spencer, leur chanteur, enregistre ses parties. Il venait de rejoindre le groupe, les lignes de chant n‘étaient pas de lui, c’était sa première expérience d’enregistrement. Il a indéniablement progressé depuis. Pas sur qu’une nouvelle version voit le jour, ils ont un rapport curieux à ce premier album qui n’est même pas par exemple sur leur Spotify. 

Le 2ème album, le II, était une belle réussite, une claque à l’époque, mais c’est surtout l’album suivant, le double album Alpha/Juggernaut, qui reste pour moi leur pièce maîtresse. C’est indéniablement celui que je conseille, tout en ayant conscience du côté fourre tout que la musique du groupe avait déjà et d’autant plus sur un album double. 

Ça se gâte ensuite avec III – Select Difficulty qui est un album de Periphery typique mais pour moi avec une grosse perte de vitesse au niveau composition. Ça reste l’album d’eux que j’aime le moins – et je préfère ce nouvel album- mais j’ai des potes dont c’est l’album préféré. Peut-être que je n’ai juste jamais réussi à l’assimiler. Le IV était un retour en force, le morceau “Reptile” et ses 17 minutes en particulier, mais l’album comporte quand même quelques titres insipides, dont un titre mielleux assez insupportable.

Ce nouvel album malheureusement est lui aussi inégal, passant de l’excellence au mauvais, d’un titre à l’autre mais également au sein même de certains morceaux, on passe du coq à l’âne, du trop agressif au trop niais. Des morceaux qui pour la plupart ici durent plus de 7 minutes, avec trop souvent à la fin des interludes façon musique de film ou de jeu vidéo dispensables. Au final ils ont comblé exactement la durée max d’un CD.
Trop de personnalités, de compositeurs dans ce groupe, manifestement ils se battent pour caser « leurs » parties. Le fourre-tout en résultant fatigue. Si ils pouvaient canaliser leur composition en groupe, plutôt que d’essayer de tout faire, de marier le plus extrême et le plus sirupeux, ça aurait plus de gueule.

Il y a au moins 15 bonnes minutes en trop. Déjà toutes les interludes hors de propos, mais aussi « Silhouette », titre synth pop qui n’a rien à voir et ne me plaît vraiment pas, encore une sucrerie insipide de leur chanteur Spencer Sotelo, on est pas loin du boys band… Spencer est déjà assez borderline pour en plus se le taper en roue libre pop (et pourtant j’aime beaucoup sa voix, il est hyper versatile, monstrueux en growls et capable de mélodies très alambiquées).  Je trouve « Dying Star » qui le suit directement très moyen, un titre de rock alternatif qui ne colle pas avec le reste, comme un morceau de Thrice loupé. « Wax Wings » me paraît une tentative moyennement réussie de refaire un tube djent comme l’était « Scarlet », ça sent le riff de Mark Holcomb à plein nez (j’ai sa guitare signature, je pense savoir répéter son style!) mais Sotelo n’aura pas réussi à y apposer les mélodies vocales qu’il fallait. En fait, du 3ème au 6ème morceau je trouve ça pas terrible, même “Everything is Fine!” titre trop bourrin pour rien, qui précède le morceau de synth pop insipide, me gonfle.

Sans ces 4 morceaux, mon avis sur cet album aurait sûrement été dithyrambique, les 5 restant (45 minutes, ça aurait quasi suffi) sont excellents. L’album commence du feu de dieu avec un « Wildfire » explosif, le refrain est superbe, sur une suite d’accords jazz fusion qu’ils ont eu la bonne idée de reprendre d’une interlude de Alpha. « Atropos » est moins Meshuggesque mais c’est du métal prog djent de haute volée, vocalement impeccable avec des mélodies mémorables. Cet album commence vraiment fort et ce n’est pas étonnant que ces 2 morceaux soient des singles. Les 3 morceaux finaux sont également réussis même s’ils traînent un peu en longueur.

Bref grosse demi-teinte pour ce nouvel album de Periphery que j’attendais pourtant avec impatience. Cela dit, et c’est paradoxal, mais Periphery reste le meilleur groupe « djent » et c’est – aussi – leur meilleur album depuis le double Alpha/Juggernaut (qui n’a pas de numéro donc ce V est en fait un 6ème si ce n’est 7ème album, rien n’est jamais simple avec Periphery).

jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 528 articles sur Eklektik.

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