Castle Rat est un groupe new-yorkais qui fait parler de lui récemment, surtout pour son esthétique heroic fantasy kitsch des 70s et ses prestations scéniques à base d’épées, d’armures et de chorégraphies mettant volontiers en valeur les formes de sa chanteuse. Le groupe n’en est pourtant qu’à son deuxième album, mais se taille déjà une place méritée sur les affiches doom/stoner, porté par des concerts qui ont beaucoup fait réagir.
Je l’avoue : les groupes à chanteuses ne m’attirent pas spontanément, ou en tout cas rarement dans les sphères doom ou heavy traditionnel. Mais comme toujours, il existe des exceptions — j’ai beaucoup apprécié plus tôt cette année le dernier album des Italiens de Messa — et The Bestiary de Castle Rat en est une autre. Le groupe parvient à dépasser son imagerie de foire médiévale sexy pour proposer quelque chose de plus solide, plus personnel, et finalement assez irrésistible dans son créneau. Le concept cesse d’être un simple gimmick pour devenir un écrin cohérent à une proposition doom/occult rock solide et ambitieuse.
Dès les premières mesures, Castle Rat assume une approche très directe : riffs massifs, groove doomesque, chant habité de la chanteuse qui se surnomme la Rat Queen. On reste dans un imaginaire à la croisée de The Sword, Uncle Acid & the Deadbeats et une version doom de Ghost. Mais pour être clair, c’est bien Black Sabbath qui représente leur influence matricielle : dans leur manière d’aborder le doom traditionnel — riffs simples mais plombés, atmosphères cérémonielles, chant flottant, sens du grandiloquent — Castle Rat revendique un héritage qui irrigue The Bestiary du premier au dernier titre.
L’album développe une atmosphère faite d’incantations occultes délicieusement kitsch, où le chant féminin apporte une couleur propre. Les textes déroulent un bestiaire de créatures, de rituels et d’ambiances oscillant entre heavy traditionnel et doom théâtral. On y décèle une vraie science du riff, quelques solos bien sentis, et des refrains qui ont de l’allonge. Les morceaux les plus accrocheurs montrent une progression réelle dans l’écriture : Castle Rat parvient souvent à conjuguer efficacité immédiate et immersion. Certaines lignes vocales restent en tête longtemps après écoute, preuve que le groupe sait manier l’accrocheur sans renier l’obscurité.
Reste quelques limites : une tendance à étirer certains titres au-delà du nécessaire, quelques baisses de tension sur la seconde moitié du disque, et bien sur il ne fait rien attendre de novateur dans le genre. Rien de rédhibitoire, mais cela rappelle que Castle Rat est encore un groupe en évolution.
Reste que The Bestiary atteint son objectif : confirmer que Castle Rat n’est pas qu’un phénomène visuel. Derrière l’imagerie, il y a des riffs, des chansons, une identité sonore qui prend forme. Dans une scène doom parfois saturée de clones interchangeables, leur mélange de théâtralité, de lourdeur et de sens du spectacle fait mouche.
En somme, un album globalement réussi, perfectible mais attachant, qui transforme la hype en quelque chose de plus concret. Castle Rat n’a peut-être pas encore livré son disque définitif, mais avec The Bestiary, il montre clairement qu’il pourrait être l’un des prochains noms qui comptent dans le doom heavy moderne.
Castle Rat
RBD
il y a 10 moisJe crois qu’ils sont plutôt New-Yorkais… Sinon c’est bien ça.
jonben
il y a 10 moisOui bien sur, c’est changé.
Laisser un commentaire