Moron Police – Pachinko
Chronique Prog Metal/Comedy Pop

Moron Police – Pachinko

jonben
jonben
Auteur
12 décembre 2025
il y a 9 mois
1 commentaire
10,692 vues
Année de sortie
2025
Note
Un album aussi ambitieux que polarisant, où Moron Police mêle virtuosité Prog, énergie Pop débridée et excentricité nordique pour un résultat aussi brillant par moments que profondément kitsch, passionnant mais finalement pas vraiment pour moi.
Moron Police – Pachinko

Moron Police est un groupe norvégien que je connais depuis longtemps sans jamais avoir vraiment accroché. Leur mélange de Prog et de Ppop hyperactive, d’humour excentrique et d’esthétique cartoon m’a toujours laissé à distance. Ce nouvel album, Pachinko, est ceci dit sensiblement différent. C’est clairement leur album le plus ambitieux à ce jour, et le bond réalisé en termes de densité musicale est impressionnant. En même temps, de nombreux éléments continuent de me rebuter : leur goût prononcé pour les mélodies pop exagérées, leur penchant assumé pour le kitsch, et une excentricité presque théâtrale qu’on aime ou qu’on déteste.

Il y a une dimension amère autour de ce disque : leur batteur est décédé dans un accident de voiture il y a trois ans, et le désormais trio a fait appel au batteur Billy Rymer, présent sur les trois derniers albums de The Dillinger Escape Plan et sur le Material Control de Glassjaw en 2017. Autant dire un crack. La musique de Moron Police est pourtant à des années-lumière du mathcore ou du post-hardcore, mais la présence de Rymer insuffle une précision et une énergie explosive indéniables. La batterie est, tout simplement, excellente.

Musicalement, Pachinko évolue dans un espace étrange : à la fois incroyablement simple et incroyablement complexe. Prenez “Waiting Around for You”, qui démarre sur une intro jazz-fusion ultra-rapide avant de se fondre dans un refrain purement pop. Ou “Alfredo and the Afterlife”, qui commence comme un titre perdu de Thank You Scientist — chromatismes, lignes façon cuivres, virtuosité débridée — pour basculer ensuite dans un couplet joyeux et sucré. Ces morceaux sont d’un enthousiasme presque insolent, rappelant les titres les plus lumineux de Freak Kitchen, et ils partagent ce même humour nordique un peu barré, doublé d’une exubérance similaire.

L’album mise partout sur des refrains accrocheurs, des mélodies larges et des tempos très élevés. C’est un peu comme si Mr. Bungle rencontrait Haken avec parfois une dose de mauvais gout en plus surjoué en plus. Le groupe a clairement renforcé son approche avec davantage de riffing Prog Metal, et j’apprécie vraiment cet aspect, on est parfois pas loin de Dream Theater. Mais leurs impulsions pop restent très présentes, parfois écrasantes.

Le concept derrière Pachinko est assez malin. Un pachinko, une sorte de flipper/machine à sou japonaise, est un labyrinthe chaotique où des billes métalliques rebondissent au milieu de lumières et de bruit. L’album suivrait un personnage qui semble être transformé en pachinko, métaphoriquement ou littéralement. L’histoire reste volontairement floue, plus thématique que narrative, mais elle offre un cadre surréaliste amusant.

Le cœur du disque, ce sont clairement les quinze minutes formées par “Pachinko, Pt. 1” et “Pachinko, Pt. 2”, une excellente suite en deux parties et de loin le meilleur moment de l’album. Tout y fonctionne : les riffs, les mélodies, l’excentricité, le sens du drama — tout converge vers quelque chose de vraiment enthousiasmant.

Malheureusement, d’autres titres prennent des directions plus discutables. “King Amongst Kittens” sonne comme le générique d’un dessin animé des années 90, avec une section électronique proche de l’auto-parodie. Les synthés rétro 80s sont douloureusement kitsch, et le solo de saxophone est — disons-le — l’un des plus cheesy que j’aie entendus. “Okinawa Sky”, avec son vernis synthpop vaporeux, n’est pas beaucoup plus digeste. La voix du chanteur contribue parfois à ce sentiment théâtral façon Tenacious D : un titre comme “Make Things Easier” pourrait presque sortir d’un sketch chanté par Jack Black.

Au final, je suis partagé. Pachinko est clairement un album bourré de travail, d’ambition et de savoir-faire. Il contient des passages que j’adore — les touches prog metal, les accès jazz-fusion, la virtuosité, l’élan de la suite-titre. Mais l’ensemble ne me correspond pas vraiment. Moron Police continue de marcher sur la corde raide entre génie et absurdité, et certains s’épanouissent dans ce chaos contrôlé, j’avoue que je me lasse assez vite de certaines de leurs excentricités.

Artistes / Groupes

Genre selon le Chroniqueur

Prog Metal/Comedy Pop

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Famille/Genre

jonben

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Krakoukass et moi avons fondé Eklektik en 2004, peu après mon installation à Paris, à la suite de la disparition du webzine dont le forum avait été notre terrain d’échanges. Avec des parcours musicaux proches, entre rock et metal, nous partagions le goût de l’ouverture et de la découverte permanente de nouveaux sons. Au fil du temps, mes goûts se sont affinés : je m’intéresse surtout aux groupes et styles des années 90 à aujourd’hui, avec une touche de 70s. J’ai longtemps profité des concerts parisiens et des festivals européens, et j’ai également joué de la guitare plusieurs années au sein d’Abzalon. Mes terrains de prédilection restent le metal/hardcore, le death technique, le sludge/postcore et le rock/metal progressif, avec des escapades régulières du côté du jazz fusion et du funk.

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1 commentaire

Antoine

il y a 9 mois

Je sais pas si c’est la réaction attendue, mais chaque changement de séquence me fait hurler de rire comme du stand-up. Les paroles sont fun aussi.

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