Encore un groupe de Rock progressif que je découvre alors qu’il a déjà une certaine expérience, c’est le quatrième album de ces américains. Il y a quelque chose d’assez paradoxal chez eux, ils évoluent dans un Rock progressif moderne dont presque tous les ingrédients sont familiers : grosses guitares syncopées, claviers omniprésents, refrains très mélodiques, changements de rythmes et quelques incursions Metal beaucoup plus agressives. Pourtant, sur Falling Together, la formule fonctionne avec une étonnante fraîcheur, peut-être simplement parce que le groupe semble avoir compris exactement ce qu’il voulait en faire.
Dans une interview, leur leader (guitariste, chanteur et manifestement principal compositeur) expliquait avoir commencé à accumuler dès 2018 des riffs inspirés notamment par Haken, Leprous ou Between the Buried and Me, trop lourds à l’époque pour intégrer l’album précédent. Cet album verse donc sensiblement plus dans des riffs Metal. Il racontait aussi comment Falling Together a pris forme durant l’été 2024, lors de journées passées avec le batteur du groupe dans les montagnes de l’Utah à discuter et composer au bord d’un lac.
Mais ce qui donne surtout sa cohérence au disque est son sujet. Rylee McDonald et sa femme Kristen qui chante sur plusieurs titres de l’album ont grandi au sein de l’Église mormone, dont l’Utah est le véritable cœur historique et la religion dominante, avant de progressivement s’en éloigner. Falling Together parle donc de religion, mais certainement pas comme un album militant ou un manifeste athée : il s’intéresse plutôt au moment où l’on commence à examiner les convictions reçues pendant l’enfance pour essayer de distinguer celles que l’on a réellement choisies de celles qui ont simplement toujours été là. Le titre lui-même joue sur cette idée : Rylee et Kristen racontent avoir « chuté » ensemble hors de leur ancien système de croyances, mais également s’être reconstruits ensemble à travers cette remise en question.
Tout cela se cristallise dans les dix-neuf minutes de « In a Lone and Dreary World », morceau absolument démesuré placé dès l’ouverture. Il aurait facilement pu devenir l’un de ces interminables exercices de style dont le Prog est coutumier, et il faut certainement être un fan de Prog pour tenir aussi longtemps, mais c’est étonnamment un morceau relativement digeste. Advent Horizon y empile pourtant à peu près tout ce dont il dispose : riffs Djent, passages acoustiques, piano et synthétiseurs, grandes harmonies vocales, changements de métrique, solos, chant féminin et même quelques growls sur des riffs rappelant Opeth.
Le morceau raconte un personnage élevé dans une communauté coupée du monde qui finit par découvrir que l’extérieur, malgré tous les dangers dont on l’avait prévenu, mérite précisément d’être exploré. Une histoire qui rappelle d’ailleurs étrangement celle de Siddhartha Gautama, maintenu selon la tradition à l’abri des réalités du monde avant de découvrir ce qui existait au-delà de son environnement protégé (et qui atteindra ensuite l’éveil, devenant le Bouddha, avant d’entrer à sa mort dans le Nirvana, qui clôt le cycle des réincarnations). Il fonctionne donc autant comme résumé musical que comme résumé thématique de l’album.
Le groupe ne cherche pas ensuite à reproduire cette démonstration pendant le reste des cinquante minutes de l’albums. Le même contraste entre douceur et violence est proposé dans un format beaucoup plus direct : « Faith’s Window » possède une mélodie Pop progressivement rattrapée par les guitares et quelques hurlements particulièrement bien placés. « Patience » possède peut-être le refrain le plus immédiatement mémorisable du disque, tandis que « Past Life Parable » revient vers un Rock progressif lumineux, parsemé de guitares acoustiques.
La voix de McDonald est assez proche de celle de Steven Wilson, avec une touche « Heavy prog » un peu kitsch en de rares moments qui est un des reproches que je ferai en général à leur musique. Sa femme Kristen et le deuxième guitariste chantent aussi, elles ne servent pas uniquement à ajouter des harmonies : elle permet régulièrement de contrebalancer la densité des arrangements et surtout la voix très expressive de Rylee.
Je chroniquais récemment un EP du groupe Stellar Circuits, et c’est remarquable de constater comme Advent Horizon pourrait être classé dans le même genre alors que les deux groupes n’ont pratiquement rien à voir musicalement. J’ai également chroniqué il y a quelques mois le dernier album d’Artificial Silence, et on est encore ailleurs : un Prog moderne beaucoup plus excentrique et foisonnant, parfois presque Art Rock. Trois groupes qui peuvent donc se retrouver sous la même grande étiquette de Metal progressif tout en représentant trois manières presque opposées de l’aborder.
Des trois, Advent Horizon est certainement le plus académique, beaucoup plus ancré dans la tradition du Prog classique et du Metal Prog, quelque part entre Fates Warning, Big Big Train et Spock’s Beard, auxquels viennent se greffer des influences plus modernes comme Haken. Le groupe fait ainsi cohabiter un Prog très mélodique avec des sonorités contemporaines, des riffs presque Djent et quelques rares explosions plus extrêmes, sans qu’aucune de ces facettes ne donne vraiment l’impression d’avoir été greffée artificiellement.
On pourra simplement trouver que le morceau fleuve introductif « In a Lone and Dreary World » place la barre tellement haut qu’il aspire une partie du reste du disque, et que certains refrains particulièrement policés restent très ancrés dans cette esthétique Prog américaine où la perfection de l’exécution tend parfois à lisser les aspérités.
La production très détaillée de Zach Boorman, complétée par un mastering de Jens Bogren, met évidemment en valeur cette précision presque maniaque. Advent Horizon ne révolutionne probablement pas le Rock progressif moderne avec Falling Together, mais le groupe y trouve un équilibre particulièrement convaincant entre complexité, mélodie et personnalité.
Advent Horizon
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