Presque quatre ans d’attente depuis son Quand Bien Même L’Enfer et le Déluge S’Abattraient sur Nous, Pilori aura entretemps fait quelques tournées et pris le temps qu’il faut pour composer ce nouvel album, enregistré une fois encore par Cyrille Gachet (Fange, Gravekult…). Le quartet rouennais revient donc avec un troisième album qui leur ressemble tout en amenant quelques évolutions notables.
Toujours basé sur un hardcore extrême qui emprunte autant au black metal qu’au grindcore et au crust en passant par le sludge, Sans Adieu débute sous les mêmes auspices que son prédécesseur (« Lèse-Majesté »). Et quitte à les mêler entre elles, autant faire ça bien comme sur « A Pierre Fendre » où l’entame lourde et poisseuse s’emballe soudain dans une vitesse ravageuse aux mouvements successifs particulièrement abrasifs et… mélodiques !
Le mot est lâché, elle est là l’une des évolutions de Pilori cuvée 2026 ! En effet, sans atténuer ses velléités offensives, le groupe place là des évidences mélodiques venant apporter un côté accrocheur, pas dans le sens « pop » du terme mais chaque titre tient un riff en trémolo ou un gimmick marquant, lisible et donnant forcément envie d’y revenir (le refrain de « Le Couteau par la lame », le final évidemment rampant de « Chaos Rampant » pour ne citer qu’eux).
Habitué au frontal, Pilori nous ajoute aussi quelques nuances mélancoliques venant apporter une nouvelle profondeur à leur son comme sur l’excellent « La Présence des absents » (joliment introduit par l’instrumental « Sans Adieu » et prenant tout son sens en lisant les crédits où l’on y découvre que certains ont perdu des membres de leur famille récemment) ou bien encore le pont plus sensible de « Avant que le vent ne se lève ». Autre surprise à retenir avec « Volontaire », titre à part étant une reprise d’Alain Bashung, plus minimaliste au chant clair désabusé sur les couplets (qui éructe sur le refrain hurlant son titre) montrant que Pilori sait aussi créer le malaise dans des phases en apparence apaisées (avec retour du violoncelle sur le second couplet).
Sans modifier son approche très crue de ce hardcore/crust enrichi à l’extrême, Pilori vient toutefois renouveler son impact en y intégrant naturellement des émotions comme le désespoir et le deuil. Sans Adieu s’affirme comme leur album le plus ouvert et créatif pour le quartet, l’occasion d’enfin percer à l’international comme il le mérite ?
Pilori
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