Plus les années passent, plus il m’est difficile de désigner un « album de l’année ». Non pas par manque de disques marquants, mais au contraire parce que mes écoutes couvrent aujourd’hui des territoires trop différents pour être hiérarchisés honnêtement. Comparer un album de Metal Progressif, de Hardcore ou de jazz instrumental n’a, au fond, que peu de sens.
2025 a été particulièrement riche dans les genres que j’affectionne. De nombreux groupes, y compris des formations actives depuis vingt ou trente ans, continuent de sortir d’excellents albums, tandis que de nouveaux projets émergent en permanence. Même dans les niches les plus étroites, la production est prolifique. Ce n’est pas un problème en soi, mais cela rend plus difficile l’identification de disques réellement majeurs au milieu d’une masse de sorties solides, souvent très bonnes, mais rarement décisives. Il faudrait ne serait-ce que le temps de tout écouter.
C’est aussi une conséquence directe de mon éclectisme. En écoutant des scènes très différentes, les repères se multiplient et les comparaisons deviennent artificielles. Plutôt que de forcer un classement, j’ai donc choisi de citer beaucoup d’albums et de les organiser par grandes scènes musicales, de manière volontairement souple et subjective, pour ne pas trop m’éparpiller (sans succès).
Ce bilan n’a aucune prétention à l’universalité. Plus ça va et plus je constate que les goûts se dispersent et chacun finit par construire sa propre cartographie de l’année écoulée. Ça illustre aussi une réalité plus large : il est devenu extrêmement difficile de produire un bilan collectif qui fasse consensus (noter dernier bilan commun chez Eklektik date de 2020). Il y a vingt ans, au sein d’un webzine comme le notre ou même d’un simple groupe d’amateurs éclairés, il existait encore suffisamment de disques marquants en commun pour dégager une photographie cohérente de l’année. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.
Il y a sans doute moins de groupes unanimement incontournables, mais une multitude de projets marquants, chacun fédérant son propre public. C’est dans ce paysage éclaté, foisonnant et parfois déroutant que s’inscrit ce bilan, non comme un classement définitif, mais comme une cartographie personnelle de l’année musicale écoulée.
Une playlist Spotify se trouve plus bas dans l’article.
Genres musicaux
Le cœur de mes écoutes reste le Metal progressif, en particulier dans ses formes les plus extrêmes, où je trouve une combinaison d’agressivité, de complexité et d’atmosphères froides qui me parle.
Le Metal extrême plus direct reste présent de façon marginale, surtout lorsque les albums se distinguent par leur solidité et leur originalité. Le Post-Metal, le Sludge et les formes lourdes atmosphériques et psychédéliques continuent de m’attirer, même si j’ai parfois le sentiment que ces scènes peinent à se renouveler, tout comme le Post-Rock.
Le rock progressif d’inspiration 70s me convainc encore lorsqu’il est bien maîtrisé, là où les approches plus marquées par les années 80 ou 2000 me touchent moins, notamment à cause de claviers trop kitsch et d’une « connotation Heavy ». Enfin, je conserve un intérêt constant pour les projets Jazz fusion et expérimentaux, ainsi que pour certaines scènes Punk/Hardcore et Emo.
Cette année je suis content, outre la refonte graphique du site web Eklektik, d’avoir travaillé sur certains articles de fond sur certains des genres que nous abordons (Metal Progressif, Death Metal, Post-Metal, Black Metal, Emo et L’art du cri dans la musique), d’autres articles dans le genre sont prévus pour 2026.
Metal Extreme Progressif
Le genre qui au fil du temps à fini par réunir toutes aspirations musicales. Fractal Universe incarne exactement ce que j’attends aujourd’hui : un genre de Metal abstrait, agressif, oscillant entre l’artificiel, presque inhumain, et l’émotion brute, solidement structuré techniquement et varié. C’est un groupe que je suis avec constance depuis plusieurs albums, et The Great Filters s’inscrit naturellement dans cette continuité très maîtrisée. Dans un registre proche, Fallujah et Rivers of Nihil signent chacun un retour marquant, avec une mention particulière pour Fallujah, qui livre ici à mon sens son album le plus abouti. Changeling sort un album remarquable qui occulte complètement celui d’Obscura au niveau originalité. Enfin, la surprise vient de Coroner, groupe culte des années 80/90, qui parvient à signer un album tardif crédible et inspiré. Quant à Vildhjarta, c’est encore autre chose : une proposition à part, hors cadre, qui ne se compare pas vraiment aux autres mais impose sa propre logique sonore. À côté de ces noms plus installés, Tómarúm, An Abstract Illusion et Dessiderium participent tous à la formulation d’un Death progressif très actuel, exigeant et conceptuel, sous différentes formes.
- Fractal Universe – The Great Filters
- Fallujah – Xenotaph
- Changeling – Changeling
- Rivers of Nihil – Rivers of Nihil
- Allegaeon – The Ossuary Lens
- An Abstract Illusion – The Sleeping City
- Tómarúm – Beyond Obsidian Euphoria
- Dessiderium – Keys to the Palace
- Coroner – Dissonance Theory
- Vildhjarta – + Där skogen sjunger under evighetens granar +
Metal Progressif
Dans le champ du Metal progressif moins extrême, ou du moins plus bigarré, l’année s’est révélée particulièrement solide. Between the Buried and Me signent encore un très bon album, et c’est presque ce qui force le plus le respect : avec une discographie aussi dense et déjà jalonnée de classiques, on pourrait croire le groupe à court d’idées, mais ils parviennent malgré tout à se renouveler sans se renier. Ce sont souvent des détails — comme ce solo de basse slapée inattendu — qui font la différence et rappellent leur sens aigu de la composition. À leurs côtés, bien d’autres groupes illustrent bien la vitalité du genre, souvent avec des approches spécifiques, mélodique ou atmosphérique, parfois teinté de Djent, où le chant clair domine et l’écriture privilégie la finesse, la progression et la durée plutôt que l’impact immédiat. Dream Theater, Coheed and Cambria, Amorphis et Jinjer ont aussi sortis des albums cette année mais sans me convaincre. Quant à Sleep Token, j’ai trouvé leur nouvel album dégueulasse, ce qui m’a d’autant plus surpris que j’appréciais le groupe, voir ma chronique à charge.
- Between the Buried and Me – The Blue Nowhere
- Tiktaalika – Gods of Pangaea
- Diagonal Path – This Was an Ocean
- Katatonia – Nightmares as Extensions of the Waking State
- Ihlo – Legacy
- AVKRVST – Waving at the Sky
- The Reticent – Please
- Feather Mountain – Feather Mountain
- Green Carnation – A Dark Poem, Pt I: The Shores of Melancholia
Death Metal et autres genres extremes
Si je me considère comme amateur de Death Metal, je ne le suis clairement pas de manière orthodoxe. Ce qui m’attire avant tout dans ces registres, ce sont les groupes capables de dépasser l’application stricte des codes pour proposer des disques denses, cohérents et identifiables. J’accorde plus d’importance à la qualité de l’écriture, à la personnalité sonore et à une certaine forme de maturité, la radicalité et la brutalité pure me laissant de marbre.
Les albums retenus ici se distinguent par leur solidité et leur efficacité, parfois à la croisée du Death, du Thrash moderne ou de formes plus hybrides. Rien de fondamentalement révolutionnaire, mais des disques bien construits, qui tiennent sur la durée et évitent l’écueil du remplissage. À l’inverse, j’écoute très peu de Black Metal et je n’ai pas retenu cette année d’album de black qui m’ait paru particulièrement marquant, je colle Blut Aus Nord cependant même si leur musique est unique et devenue très atmosphérique. Dormant Ordeal ont aussi sorti un album de Death moderne très intense, trop linéaire à mon gout cependant.
En Deathcore, je ne garde que Despised Icon mais Lorna Shore, Slaughter To Prevail et Paleface Swiss ont à raison plu à leur public.
- Revocation – New Gods, New Masters
- Cryptosis – Celestial Death
- Aversed – Erasure of Color
- Despised Icon – Shadow Work
- Ancient Death – Ego Dissolution
- Blut aus Nord – Ethereal Horizons
Post-Metal, Sludge & Psychedelic Heavy
On ralentit clairement le tempo ici, mais laisser tomber la pression. Ces musiques reposent sur la tension, la matière et la durée, avec une approche où le poids sonore compte autant que l’espace laissé entre les notes. Les formes de Metal les plus atmosphériques et psychédéliques continuent de m’attirer par leur capacité à installer des climats lourds, parfois oppressants, parfois méditatifs.
Parmi les disques de cette sélection, l’album des Italiens de Messa est sans doute celui que j’ai vu revenir le plus souvent dans les bilans annuels. Un constat qui fait sens tant le groupe parvient à proposer une musique lisible, identifiable et suffisamment singulière pour dépasser le cercle des amateurs du genre. Rwake, un groupe que j’adore de longue date revient avec un album de Sludge habité et traversé de dimensions plus mystiques et progressives. Le 3ème album de Psychonaut les confirment comme un des meilleurs groupes de Post-Metal actuel. Et je citerait pour finir Castle Rat qui aura bien percé cet année avec un univers Heavy Doom avec une esthétique très affirmée.
- Messa – The Spin
- Rwake – The Return of Magik
- Psychonaut – World Maker
- Pelican – Flickering Resonance
- Elder – Liminality / Dream State Return
- Grayceon – Then the Darkness
- Obscure Sphinx – Emovere (EP)
- Blood Vulture – Die Close
- Deafheaven – Lonely People With Power
- Castle Rat – Into the Realm
Progressive Rock & Art Rock
Une respiration au milieu de musiques plus lourdes et plus denses. Le Rock progressif que je retiens ici s’inscrit clairement dans une filiation 70s, où la composition, la narration et le sens des arrangements priment. Les approches plus modernes ou trop marquées par les années 80 ou 2000 me touchent en revanche beaucoup moins, notamment lorsque les claviers prennent des accents trop kitsch. Les albums sélectionnés ici montrent qu’il est encore possible de faire du Rock élégant, ambitieux et sincère, sans chercher à forcer la lourdeur ou la complexité.
- Steven Wilson – The Overview
- Moon Letters – This Dark Earth
- Squeaky Feet – Overview Effect
- Brass Camel – Camel
- Cardiacs – LSD
- The Tea Club – Chasm
- Lars Fredrik Frøislie – Gamle Mester
- Moron Police – A Boat on the Sea
- Our Oceans – Right Here, Right Now
Hardcore, Emo & Core-Adjacent
Cette section correspond davantage à une sensibilité qu’à un genre strict. J’y reviens pour l’énergie, l’urgence et une forme d’expressivité directe, parfois émotionnelle, parfois plus brutale. L’aspect « scène » y est important, avec tout ce que cela implique de spontanéité, de tension et parfois d’irrégularité. Je suis conscient que cette section est un peu fourre tout.
- L.S. Dunes – Violet
- Age of Apocalypse – In Oblivion
- The Sound of Animals Fighting – The Maiden
- Snooze – I Know How You Will Die
- You Win Again Gravity – Don’t Leave Me Here, Pt. 1 (2025)
- Dispirited Spirits – Winds Wept
- Hail the Sun – cut. turn. fade. back.
- Pupil Slicer – Fleshwork
- Conjurer – Unself
- Deftones – Private Music
Instrumental / Fusion / Experimental / Jazz
Si j’écoute souvent du Jazz, je dirais que c’est moins au format album que pour le Rock/Metal. J’aime bien par exemple le pianiste Greg Spero qui distille des morceaux tout au long de l’année. J’avoue que l’idée souvent pour moi et de proposer un fond sonore, en famille ou avec des amis qui ne soit pas trop envahissant.
Enfin cela dit, même si ce n’est pas de la musique abrasive, ce n’est pas une musique abordable pour autant. Elle pousse aussi les curseurs, parfois trop loin, et c’est précisément ce qui la rend stimulante et nécessaire. Ckraft et Panzerballet sont plus des groupes Metal qui font du Jazz. L’album du guitariste Josh Meader m’a concquis, j’ai beaucoup aimé aussi 2 virtuoses italiens Matteo Mancuso et Christian Mascetta. Mark Letteri et Cory Wong dans un registre de guitare plus funk. L’album de Matt Johnson est du Jamiroquai en mieux. Antibalas les maitres actuels de l’Afro Beat n’ont pas déçu. Gogo Penguin non plus, ils sont une influence majeure de mon modeste groupe.
- CKRAFT – Uncommon Grounds
- Panzerballett – Übercode Œuvre
- Mestis – Telenovela
- Josh Meader – Tides of Time
- Town Portal – Grindwork
- Maruja – Knocknarea
- Kayo Dot – Every Rock, Every Half-Truth Under Reason
- Matt Johnson – Warrior Princess
- Antibalas – Where the Gods Are in Peace
- Gogo Penguin – Everything Is Going to Be OK
- 44th Move (Alfa Mist) – Anthem
- The Fearless Flyers – V
- Coast – Ember
- Joe Armon-Jones – All The Quiet
Playlist de l’année
Les chroniques du webzine
Fractal Universe – The Great Filters
Death ProgressifPlutôt que de chercher à se réinventer, les Français de Fractal Universe poursuivent avec ce quatrième album un travail de consolidation, et proposent encore un album remarquable qui correspond exactement à mes gouts. Le groupe affine son équilibre entre death metal technique, structures progressives et touches mélodiques teintées de jazz.
L’intégration plus marquée du chant clair pourra diviser, mais elle s’inscrit dans une logique d’évolution cohérente. The Great Filters n’est pas un album de rupture, mais un disque solide, maîtrisé, qui confirme la singularité du groupe dans le paysage du metal progressif contemporain.Fallujah – Xenotaph
Death Technique/ProgressifAprès une discographie en dents de scie, Xenotaph marque un véritable retour en forme pour Fallujah, et je pense maintenant que c’est leur meilleur album. On retrouve l’intensité et la cohérence qui faisaient la force de The Flesh Prevails, tout en corrigeant ses principaux défauts, notamment sur le plan vocal.
Le nouveau chanteur apporte une diversité bienvenue, alternant growls puissants, screams nuancés et lignes mélodiques mémorables sans jamais alourdir les compositions. Porté par une écriture plus lisible et une production nettement plus aérée, Xenotaph s’impose comme un disque de Death Progressif cosmique abouti, ambitieux sans excès, et sans doute l’un des sommets récents du groupe.
Rwake – The Return of Magik
Sludge Metal PogressifTreize ans après Rest et 20 and après le magistral Voices of Omens, Rwake signe un retour aussi attendu que convaincant. On renoue avec l’essence du groupe : un sludge progressif massif, psychédélique, profondément immersif, où chaque morceau se déploie sur la durée.
Les longues compositions privilégient les dynamiques évolutives, les atmosphères lourdes et les tensions lentes. Les voix, tantôt incantatoires, tantôt viscérales, constituent le cœur émotionnel de l’album. Sans chercher à moderniser son propos, Rwake livre un disque dense et habité, qui s’impose comme l’un des retours les plus marquants de l’année dans le registre sludge.
Psychonaut – World Maker
Post-Metal ProgressifAvec World Maker, Psychonaut opère un virage plus introspectif sans renier la puissance qui faisait la force de ses précédents albums. Moins frontal que Violate Consensus Reality, ce disque privilégie l’équilibre entre lourdeur et douceur, entre montées hypnotiques et envolées mélodiques.
Les influences psychédéliques et progressives y sont pleinement assumées, avec une écriture plus émotionnelle et moins démonstrative. Sans être un album immédiatement spectaculaire, World Maker séduit par sa cohérence et sa maturité, confirmant Psychonaut comme l’un des acteurs les plus intéressants du post-metal européen actuel.
Between the Buried and Me – The Blue Nowhere
Metal extreme progressif burlesqueAvec The Blue Nowhere, Between the Buried and Me livrent un album aussi dense qu’exigeant, fidèle à leur réputation de groupe inclassable. Sur plus de soixante-dix minutes, le quatuor enchaîne brutalité technique, ruptures stylistiques et détours burlesques, sans jamais chercher la facilité.
Si certaines sections peuvent paraître éprouvantes par leur accumulation d’idées et l’omniprésence vocale, l’ensemble impressionne par sa maîtrise et son audace. The Blue Nowhere ne cherche pas à séduire immédiatement, mais récompense une écoute attentive et confirme la capacité du groupe à repousser ses propres limites.
Changeling – Changeling
Death Metal techniqueProjet collectif porté par Tom Geldschläger, Changeling s’inscrit dans la lignée du Death Metal technique moderne, tout en adoptant une approche nettement plus exploratoire. L’album se distingue par une richesse d’arrangements peu commune : fretless guitar, orchestrations, passages microtonaux et atmosphères travaillées.
Loin d’une simple démonstration instrumentale, Changeling séduit par la cohérence de son propos et la complémentarité de ses musiciens. Un disque ambitieux, dense mais lisible, qui s’adresse clairement aux amateurs de metal progressif en quête de renouvellement.
Cryptosis – Celestial Death
Thrash futuristeDans la continuité directe de leur excellent album précédent Bionic Swarm, Celestial Death confirme Cryptosis comme l’une des formations les plus solides du thrash technique contemporain. Le groupe affine ici sa formule futuriste sans en altérer l’agressivité.
Les synthétiseurs rétro, les riffs tranchants et le chant exclusivement hurlé contribuent à une identité immédiatement reconnaissable. Sans surprise majeure, l’album se distingue par sa rigueur et son efficacité, et confirme Cryptosis comme une valeur sûre du genre.
You Win Again Gravity – Don’t Leave Me Here, Pt. 1
Rock Progressif / Math Rock / EmoAvec cet EP, You Win Again Gravity poursuit son exploration d’un metal progressif émotionnel, à la croisée du post-hardcore et du rock atmosphérique. Les cinq morceaux, reliés par des interludes soignés, forment un ensemble cohérent et introspectif.
Loin des clichés du genre, le groupe privilégie une émotion retenue, presque lumineuse, portée par des arrangements précis et un chant clair expressif. Court mais dense, Don’t Leave Me Here, Pt. 1 agit comme une transition prometteuse vers un format plus ambitieux.
Rivers of Nihil – Rivers of Nihil
Death Metal ProgressifAprès un album précédent que je n’avais pas apprécié, Rivers of Nihil opte ici pour un recentrage brutal et sombre vers un Death Metal Progressif unique. Le départ de l’ancien chanteur permet une nouvelle dynamique vocale, plus variée et plus percutante.
Les compositions privilégient des tempos lourds et une atmosphère oppressante, enrichie de synthétiseurs et de saxophone. Sans bouleverser non plus leur écriture, le groupe retrouve une identité plus affirmée et signe un album solide, exigeant, qui marque un retour crédible au premier plan.
Charlie Griffiths/Tiktaalika – Gods of Pangaea
Heavy/Thrash Metal ProgressifAvec Gods of Pangaea, Charlie Griffiths assume pleinement son goût pour le heavy et le thrash metal classiques. Loin des textures progressives de Haken, ce projet solo privilégie les riffs massifs et une écriture directement héritée des années 80 et 90.
La présence de chanteurs invités apporte une diversité bienvenue, tandis que la production moderne évite tout effet nostalgique. Sans prétendre à l’innovation, l’album séduit par sa sincérité et sa solidité, et s’impose comme un hommage efficace au metal traditionnel.
Messa – The Spin
Doom Rock aux accents Death Rock et GothiquesAvec The Spin, Messa opère un recentrage salutaire. Le groupe conserve son mélange de doom, de rock gothique et de psychédélisme, mais l’ensemble paraît ici mieux maîtrisé, plus resserré.
La voix de Sara Bianchin reste le point d’ancrage émotionnel du disque, capable de passer de la retenue à des montées plus intenses sans jamais forcer le trait. Les compositions privilégient l’atmosphère et la progression lente plutôt que l’accumulation d’idées. The Spin s’impose par sa cohérence et marque une étape importante dans la maturation du groupe.
L.S. Dunes – Violet
emo/post-hardcoreAvec Violet, L.S. Dunes dépasse enfin le simple statut de supergroupe nostalgique. Ce second album est bien meilleur que leur premier, il trouve un équilibre plus convaincant entre émotion brute et structure.
La voix d’Anthony Green demeure centrale, toujours marquée par cette fragilité expressive qui a fait sa singularité, oscillant entre douceur et éclats cathartiques. Musicalement, l’album reste solidement ancré dans l’emo et le post-hardcore, sans chercher à moderniser artificiellement le genre. Violet ne révolutionne rien, mais propose une relecture sincère et mature, qui fonctionne précisément parce qu’elle évite le pastiche.
Ckraft – Uncommon Grounds
Jazz Fusion/MetalUncommon Grounds s’impose comme l’une des propositions les plus atypiques de l’année. En intégrant accordéon et saxophone à une base metal instrumentale, CKRAFT brouille volontairement les frontières entre jazz fusion, djent et musique progressive.
La richesse rythmique et la densité des arrangements impressionnent, tout comme la maîtrise instrumentale. Cette profusion peut parfois donner une impression de saturation, certaines idées méritant davantage d’espace pour respirer. Reste un album exigeant, audacieux, et profondément singulier, qui s’adresse avant tout aux amateurs de musiques hybrides et aventureuses.
Cardiacs – LSD
Prog-Punk PsychédéliqueAlbum posthume achevé plusieurs années après la disparition de Tim Smith, LSD prolonge fidèlement l’univers unique de Cardiacs. On y retrouve cette pop déconstruite, ces rythmiques bancales et ces arrangements foisonnants qui ont toujours rendu le groupe inclassable.
La durée conséquente et la fidélité absolue à une formule déjà éprouvée peuvent générer une sensation de redondance, certains morceaux semblant plus esquissés qu’aboutis. LSD n’en demeure pas moins un témoignage précieux, ultime prolongement d’une œuvre singulière qui n’a jamais cherché la facilité.
Aversed – Erasure of Color
Death Metal MélodiqueAvec Erasure of Color, Aversed propose un death metal mélodique technique solide et bien exécuté. Porté par une performance vocale convaincante, l’album alterne passages agressifs, lignes mélodiques plus accessibles et incursions dissonantes.
Sans véritable prise de risque, le disque s’inscrit clairement dans les codes du genre, mais le fait avec sérieux et efficacité. Un album cohérent, bien produit, qui confirme le potentiel du groupe sans encore le pousser dans ses derniers retranchements.
Moon Letters – This Dark Earth
Progressive Psychedelic RockJe ne connaissais pas ce groupe américain assez confidentiel mais j’aime beaucoup cet album qui s’inscrit dans une tradition de Rock Progressif très marquée par les années 70. Les morceaux privilégient les développements instrumentaux, les changements d’atmosphère et une palette sonore riche.
L’ensemble séduit par sa cohérence et son sens de la narration musicale, même si l’album ne cherche jamais la rupture ou la surprise radicale. Une proposition sérieuse et maîtrisée, qui trouvera naturellement son public parmi les amateurs de Prog classique revisité.
Steven Wilson – The Overview
Rock progressifSi j’avais suivi mais moyennement aimé ses derniers albums en solo orientés pop, avec The Overview, Steven Wilson signe un retour assumé vers un rock progressif plus ambitieux. Structuré en deux longues pièces, l’album privilégie l’atmosphère et les textures au détriment d’un véritable récit conceptuel.
Si certains choix — notamment les passages parlés — peuvent paraître superflus, l’ensemble rappelle les grandes heures de sa discographie solo. Sans être un sommet, The Overview rassure sur la capacité de Wilson à produire des œuvres progressives cohérentes et élégantes.
Revocation – New Gods, New Masters
Thrash/Death TechniqueRevocation poursuit son parcours avec un album fidèle à son death/thrash technique, précis et rigoureux. New Gods, New Masters ne cherche pas à bouleverser la formule, mais l’affine avec une production solide et quelques collaborations bien intégrées.
L’ensemble manque peut-être d’un véritable moment de rupture, mais conserve une efficacité constante. Un disque fiable, qui s’inscrit dans la continuité logique de la discographie du groupe.
Our Oceans – Right Here, Right Now
Rock Progressif MélancoliqueCe troisième album de montre Our Oceans arrivé à pleine maturité : un album à la fois mélancolique et lumineux, construit sur des arpèges de guitare clairs, une dynamique maîtrisée et une écriture profondément émotionnelle. Le chant désormais affirmé de Tymon Kruidenier, souvent évocateur de Jeff Buckley, s’élève au-dessus de montées post-rock subtiles et d’arrangements raffinés. Un disque sincère, retenu et profondément humain, qui privilégie l’atmosphère et l’authenticité aux accroches faciles et à la visibilité.
Vildhjarta – + Där skogen sjunger under evighetens granar +
Djent/Metal ProgVildhjarta poursuit son exploration d’un djent sombre et anguleux, immédiatement identifiable. Les rythmiques écrasantes, les textures dissonantes et les atmosphères inquiétantes constituent toujours le cœur de leur proposition.
Si la répétition de certains procédés finit par atténuer l’impact global, l’album reste cohérent et fidèle à l’identité du groupe. Un retour solide, plus convaincant sur la durée que dans l’effet de surprise.
Brass Camel – Camel
Hard Rock Progressif/FunkEncore un petit groupe découvert cette année, Brass Camel propose une fusion généreuse de rock progressif, funk et hard rock, clairement ancrée dans un esprit années 70. Les morceaux alternent entre longues plages instrumentales et titres plus concis, toujours portés par un groove affirmé.
L’album mise davantage sur le plaisir de jeu et la musicalité que sur l’innovation formelle. Une proposition chaleureuse et énergique, qui se distingue par sa sincérité.
Dispirited Spirits – Winds Wept
Art RockProjet solo ambitieux d’un portuguais dont j’avais déjà beaucoup aimé l’album précédent, Dispirited Spirits développe un univers dense mêlant Art Rock, Prog moderne et influences Post-Hardcore. Les compositions, souvent longues, privilégient les progressions linéaires et une approche cinématographique.
Malgré une densité parfois exigeante, l’album impressionne par la cohérence de son univers et la maîtrise de ses arrangements. Une œuvre singulière, qui s’inscrit davantage dans une logique de construction d’univers que dans celle du format chanson.
Despised Icon – Shadow Work
DeathcoreAvec Shadow Work, Despised Icon signent un retour fidèle à leur ADN. L’album mise sur une brutalité maîtrisée, une production massive et une alternance efficace entre passages techniques et sections plus directes.
Sans surprise majeure, le disque s’impose par sa conviction et son efficacité, rappelant pourquoi le groupe canadien reste une référence du Deathcore, même après plusieurs années d’absence.
Coroner – Dissonance Theory
Techno Thrash Metal ModerneAprès une longue absence discographique, Coroner livrent avec Dissonance Theory un retour particulièrement convaincant. L’album parvient à moderniser le son du groupe sans en trahir l’identité, grâce à une production actuelle et une écriture toujours aussi singulière.
Chaque morceau trouve naturellement sa place dans un ensemble dense mais lisible. Dissonance Theory s’impose comme l’un des retours les plus solides de l’année, capable de séduire aussi bien les anciens auditeurs que de nouveaux venus.
Moron Police – Pachinko
Prog Metal/Comedy PopPachinko est un album multi-facette, et si j’adore certaines, d’autres me laissent froid. La fusion de Metal progressif, de Pop exubérante et de Jazz Fusion de Moron Police impressionne par son ambition, mais peut rebuter par son goût prononcé pour l’excès et le kitsch assumé.
La suite centrale « Pachinko » concentre toutefois les meilleures idées du groupe, offrant un équilibre plus convaincant entre virtuosité et dramaturgie. Un disque audacieux, mais profondément affaire de goût.
Ihlo – Legacy
Prog Metal/Djent AtmosphériqueJusque maintenant le groupe anglais Ihlo faisait figure pour moi de clone de Tesseract/Periphery. Avec Legacy, le trio confirme son orientation vers un metal progressif émotionnel et accessible. Les textures électroniques et les mélodies aériennes occupent une place centrale, certes parfois au détriment de l’impact brut, on est plus du tout sur un groupe de djent classique. L’album séduit par sa cohérence et sa production soignée, même s’il reste relativement balisé dans son approche.
Age of Apocalypse – In Oblivion
Metal/Hardcore/AlternatifUn iconoclaste dans cette liste mais Age of Apocalypse a une formule déjà bien identifiée qui me plait bien : un hardcore métallique lourd, mais là où on s’attendrat à un énième chant hurlé hardcore, on a en fait un chant clair expressif qui assume pleinement l’héritage de Life of Agony. L’album gagne en maturité par rapport au précédent, tant sur le plan de l’écriture que de l’interprétation. Le chanteur se montre plus assuré, capable d’installer une véritable tension émotionnelle sans tomber dans le pathos. Les riffs, massifs mais lisibles, privilégient le groove et l’efficacité plutôt que la surenchère. Court et direct, In Oblivion va à l’essentiel et confirme le groupe comme une proposition solide dans un registre souvent formaté.
AVKRVST – Waving at the Sky
Rock/Metal ProgressifWaving at the Sky s’inscrit dans la continuité du premier album du groupe, en développant un metal progressif mélancolique fortement influencé par Porcupine Tree. L’écriture instrumentale se montre plus assurée, avec des ambiances soignées et des progressions bien construites.
Le chant reste toutefois le point faible de l’ensemble, manquant parfois de relief, ce qui devient particulièrement évident sur le morceau partagé avec Ross Jennings, dont la prestation surclasse nettement celle du chanteur principal. Le long titre final, qui donne son nom à l’album, constitue néanmoins un très beau moment de prog, confirmant le potentiel du groupe sur les formats étendus.
Squeeky Feet – Overview Effect
Rock ProgressifDerrière un nom peu engageant se cache un groupe de rock progressif étonnamment solide. Avec Overview Effect, Squeaky Feet gagnent en cohérence par rapport à leur précédent disque, en privilégiant une écriture plus structurée au détriment de l’improvisation pure.
Les influences — de King Crimson à Porcupine Tree en passant par le jazz-rock — sont assumées mais bien digérées. La musique reste technique, parfois complexe, mais conserve un groove constant qui empêche l’ensemble de devenir cérébral. Un album qui mérite clairement davantage d’attention.
Snooze – I Know How You Will Die
Math Rock/MathcoreImpossible à classer, Snooze propose ici un disque volontairement éclaté, naviguant entre Math Rock, Mathcore, Post-Hardcore et Indie Rock. L’album repose sur le contraste permanent : violence abrupte, ruptures soudaines, moments acoustiques fragiles et passages presque pop déconstruits.
Cette absence de cohérence linéaire peut s’avérer éprouvante sur la durée, mais elle constitue aussi la force du projet. I Know How You Will Die ne cherche pas à rassurer ni à s’inscrire dans un cadre précis, préférant l’expérimentation et l’impact émotionnel à toute forme de confort d’écoute.





























Corwin
il y a 8 moisMerci Jonben pour le bilan et le boulot colossal qu’il y a derrière, ce format est excellent et l’organisation par genre est très pertinente. Je rejoins complètement ton sentiment d’archipellisation du monde musical, ce n’est pas un mal, plutôt que de se retrouver autour d’un noyau commun, on peut se raconter nos parcours de découverte respectifs.
Laisser un commentaire