Oxbow + Pneu – 08 novembre 2009 – Maroquinerie – Paris

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Oxbow est de retour à la Maroquinerie et ce n’est pas sans me surprendre. Je n’aurais jamais imaginé qu’un aussi large public puisse remplir la capacité de cette salle pour un concert aussi alambiqué et différent. Différent de tout et par conséquent unique en son genre. La musique de Pneu est donc, en comparaison, moins incroyable, mais réussira toutefois à ne pas se faire oublier après la performance du quartet de tête d’affiche.

La musique chaotique et explosive du duo guitare / batterie aurait pu être totalement hermétique au public de la Maroquinerie si elle avait été jouée sur la scène. Or, comme le duo choisit l’option Lightning Bolt en se plaçant au milieu du public avec ses amplis, leur martèlement chaotique et explosif de leurs instruments se transforme en événement où le public participe presque à la musique en étant collé au matériel. Les yeux rivés sur le centre de la salle, l’énergie dégagé par les deux musiciens donne envie de se rapprocher et de prendre part à l’orgie sonore.

La batterie est réduite à son plus simple appareil mais le jeu tout en roulement et en cymbales alterné à des tempos incalculables se colle magistralement bien au jeu du guitariste. La complicité entre les deux hommes est évidente et rend leur mélange de math et de noise rock encore plus jouïsif tant ils prennent visiblement leur pied tous les deux. Le public ne s’y trompera pas en demandant un rappel où ils donneront les cordes et les baguettes à différents membres du public avant de reprendre le contrôle du concert et de finir le concert comme il avait débuté : dans la joie et le bruit.

On aurait pu alors penser à une émulation de la performance de Pneu en voyant le concert d’Oxbow commencer dans la fosse mais d’après ce que j’ai pu lire sur un autres concert de leur tournée, cette introduction fait en fait partie de leur performance habituelle. Aux premières notes de guitare acoustique on ne capte pas forcement tout de suite ce qui se passe mais quand un Eugene Robinson vêtu d’un trench-coat, arborant fièrement moustache et bonnet, traverse le public pour rejoindre le fond de la salle, il n’y a plus de doute à avoir : Oxbow se met à faire du blues. Pas d’électricité pour cette introduction. Eugene Robinson fait porter sa voix à travers la salle sans l’aide d’un micro tandis que le public fait silence (à l’exception de quelques zigotos sur le devant de la scène) pour écouter la guitare, la batterie et le violon des trois autres musiciens exécuter avec précision un groove lancinant, nu et fascinant.

Au bout de trois morceaux ce moment d’intimité rare entre un groupe réduit à son plus simple appareil sonore se conclut et chacun prend son matériel pour se diriger vers la grande scène. Les cordes de The Narcotic Story envahissent l’espace tandis que les musiciens s’accordent et préparent la déflagration sonique qui va suivre. Car une fois le morceau commencé il n’y aura pas de question à se poser sur la qualité du son ou l’intensité de la performance. La bave coule des lèvres de Eugene Robinson pendant et entre les morceaux. Le corps partiellement dénudé il semble dégager autant de force de ses bras quand il danse au son des instruments que quand il chante de sa voix si particulière. A mi- chemin entre le chant blues qu’il vient d’interpréter en acoustique et le cri, la narration de Robinson agite les titres de Oxbow mais ne constitue en rien l’attraction principale du concert.

Il a peut-être suffit d’annoncer le strip tease d’un noir musclé et possédé pour faire venir une partie du public mais la musique d’Oxbow ne se résume en rien à une performance visuelle. L’emploi du terme de symbiose entre les musiciens a rarement été aussi justifié pour définir un groupe aussi spectaculaire. Le noise jazz art rock que le quatuor joue est aussi cohérent et complexe que la juxtaposition de tant de terme est absurde et ridicule. La collection de chansons que le groupe a accumulé au cours de ses vingt années d’existence est conséquente tant la cohésion et la qualité ne feront pas défaut au court de cette heure de concert consacré à une rétrospective complète de la carrière du groupe. De ce lot je ne reconnaîtrais que quelques titres de the Narcotic Story comme le fameux "Time Gentlemen, time" mais rien dans cette performance ne pourra me convaincre de ne pas écouter le reste de leur discographie.

Je pourrais parler plus en détails des quelques agités qui tenteront de "provoquer" (plus par jeu que par réelle envie d’en découdre) Robinson sur le devant de la scène mais ce serait oublier que malgré cela, ce concert fut tout simplement parfait et unique. Au bout de vingt ans, la musique d’Oxbow est toujours aussi unique et intense et à en juger par la qualité du concert et l’accueil enthousiaste du public (ainsi qu’au titre de leur dernière sortie vynil, Songs for the French) ce concert ne sera surement pas le dernier que le groupe donnera sur les planches parisiennes.

Chroniqueur

Mathieu Lubrun

Hororo est chroniqueur depuis 2004 sur Eklektik, bibliothécaire de profession, passionné de musique (metal, jazz, hip hop, electro …) et de comics. Alcoolique de concert et de disques, bavard et effervescent dès qu’il rentre en contact avec un artiste qu’il apprécie. Contactez-le pour lui dire tout ce que vous voulez à son adresse personnelle xhororox [AT] gmail [DOT] com et/ou suivez-le sur Twitter.

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